‹ Le fils d'AntonyChapitre 14 sur 34 · A ANTONY DE SANCY · texte numérisé non relu

A ANTONY DE SANCY

Le vieillard fit un effort, prit les papiers et les tendit à Antony en disant d'une voix à peine perceptible :

— Antony, nous rachetons notre faute. Voici les titres... Mon fils, tu es noble, tu es riche... Sois bon I...

Le duc de Gesvres retomba lourdement dans les bras du jeune homme ; Antony jeta un cri ; on se précipita. — Olivier releva la tête du vieillard, et d'un signe de tête il affirma qu'il avait cessé de vivre.

Le vieux Séjournet fondit en larmes. Antony vivement ému, restait près du lit, tenant encore dans sa main la main du vieux duc, que le docteur étendait sur le lit.

Ainsi, toute sa vie Antony avait demandé à connaître son père, et il ne le retrouvait que pour le perdre aussitôt. Lorsque Olivier se fût assuré que la mort était certaine, il dit à Séjournet qu'il se mettait à sa disposition pour les démarches funéraires. Le vieux serviteur, tout en pleurant, raconta que, depuis plus d'un an déjà, le duc de Gesvres, sentant sa fin prochaine, avait tout arrêté. Le lendemain de sa mort, il devait être enseveli, mis en bière, et après une messe basse dite dans l'église de la ville ou du village où il mourrait, il devait être conduit par Séjournet jusqu'à Paris et inhumé au Père-Lachaise dans le caveau de la famille.

Le docteur pensait toujours à Adèle qui devait l'attendre anxieusement ; les incidents survenus depuis le matin le délivraient d'Antony. Il prit le jeune homme à part, il lui expliqu'a qu'à cause de sa malade il était obligé de retourner à Cannes. Antony, après ce qui s'était passé, devait rester à veiller celui qui l'avait appelé son fils. Aatojiy lai dit aussitôt :

— Mon ami, j'y étais décidé. Vous allez partir, je reste. Je suis douloureusement ému par ce qui vient d'arriver, parce que j'apprends. Mais la voix du sang, je dois le reconnaître, est un mensonge, car je n'éprouve que le n.alaise banal que ressent tout homme qui en voit mourir un autre. Je n'ai pas de douleur. Je suis dévoré d'une curiosité qui, devant ce corps à peine iroid, me semble un sacrilège et contre laquelle je veux réagir. Seulement, lorsque Séjournet partira , conduisant la dépouille mortelle de son maître à Paris, je veux connaître le contenu de cette lettre. Je redoute de n'en avoir pas la force. Olivier, vous allez partir ; prenez ces papiers, et venez après demain à Nice. Je vous attendrai et, devant vous, je les dépouillerai.

Liv. 21.

Mort du général baron d'Hervey. (Page 166.)

LK FILS D'ANTDNV. ' 103

— Donnez, mon ami, il sera fait selon votre désir... A après demain, ù

Tsice.

Le docteur quitta Antony et se hâta do retourner à Cannes. Qunnd il parut, l;i sœur de M""" d'Hervey, Clara, toute bouleversée, les yeux en larmes, courut au-devant de lui en criant.

— Venez, vene;^ vite, monsieur Olivier.

— Qu'y a-t-il ?

— Oh! un malheur... Mais venez voir ma sœur, depuis une heure elle esc snns connaissance.

Le docteur se précipita — et no s'occupa d'abord que des soins nécessaires pour faire revenir la jeune accouchée de son évanouissement. Lorsqu'elle commença à rouvrir les yeux, le docteur, plus tranquille, entraina Clara dans l'embrasure d'une fenêtre et lui demanda ce qui s'était passé.

— Je l'ignore; pendant que j'étais avec la nourrice: le notaire est venu, il a tlit qu'une dame était venue le prier de la part de ma sœur de venir aussitôt lui faire les communications qu'il avait à lui faire.

— Et il est venu, elle l'a vu, et il lui a tout dit.

— Tout...

— Il lui a remis la lettre...

— Oui, j'ai vu une lettre qu'elle a cachée dans ses draps...

— C'est encore l'œuvre de cette misérable du Camp.

— Oh! l'épouvantable femme! Craignez-vous que cela n'amène une complic:iiion dans l'état de ma sœur ?

— Non... à quelque chose malheur est bon... elle sait tout, il faut que vous la décidiez à retourner au plus tôt à Paris.

— Maintenant.

— Dès que son état le permettra...

— Docteur, vous pouvez être certain qu'elle partira.-

Adèle était tout ù fait remise; elle appela sa sœur; en voyant le docteur, elle lui demanda :

— Sait-il ?

— Il sait tout...

— Eh bien ! docteur, vous savez le nouveau coup qui me frappe ? C'est le scandale... c'est...

— Ma chère malade, taisez-vous, ne vous tourmentez pas... C'est le bonheur de votre enfant d'abord... et vous, vous n'avez rien à redouter.

Cinq jours après, dans la même voiture qui avait amené la belle baronne d'Hervey (]v. Paris à Strasbourg et de Strasbourg à Nice, les deux femmes, l'enfant et la nourice montaient, se rendant à petites journées à Marseille, où le docteur, parti depuis le matin pour affaire, à Nice, devait les rejoindre.

Olivier Delaunay était allé au rendez-vous que lui avait donné Antony. Il lui remettait la lettre qu'il lui avait confiée. Dans celte lettre, Antony trouva son exlrait de naissance — il était lo fils de dem nselle Anlonine comtesse de

Sanc}^ et de père inconnu, Tacte de décès de sa mère, morte au couvent des Filles-de-Dieu, où elle portait le nom de sœur Ste-Madeleine.

Il y trouva une lettre de sa mère, qu'il baisa, puis en ayant lu les premiers mots, il se tut... et la serra soigneusement, se réservant de la lire seul avec recueillement : c'était une confession. Enfin, se trouvaient dans la lettre les indications nécessaires pour qu'il pût, guidé par Séjoumet, entrer personnellement en possession de sa fortune.

Antony se trouva riche, très riche, il devenait possesseur d'un vaste domaine venant de sa mère, le château de Sancy ; et de son père et de sa mère, il se trouvait à la tête de quatre-vingt mille francs de rente.

Il resta bien un peu stupéfait et le docteur remarqua qu'il ne parlait plus du tout, du tout d'Adèle. Antony avait hâte d'être seul, il n'osait proposer au docteur de le reconduire, c'est celui-ci qui dit :

— Enfin, vous restez àNice.

— Dame ! — vous le voulez — mais, au moins, expliquez-moi la cause du changement survenu dans le plan arrêté.

— Aujourd'hui, vous êtes calme. Je puis vous parler. Le baron d'Hervey savait la situation de sa femme, et il a fait déclarer son enfant...

— Son enfant !

— Il le croit..

— C'est qu'il a des raisons de le croire, fit Antony avec amertume... Je reste à Nice.

— Et nous nous reverrons à Paris.

Et le docteur partit.

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