‹ Le fils d'AntonyChapitre 16 sur 34 · VINGT- CINQ ANS APRES · texte numérisé non relu

VINGT- CINQ ANS APRES

Par un matin de juin 1856, c'est-à-dire vingt ans après la mort glorieuse du général baron d'Hervey, à laquelle nous venons de faire assister le lecteur — un individu ayant l'aspect d'un clerc d'huissier — d'un de ces malheureux que les hnissiers emmènent avec eux pour signer les procès-verbaux de saisie, suivait la rue de Bourgogne, s'orientant, regardant en l'air, cherchant un numéro de maison, consultant sans cesse un petit carnet. Il était entré chez un marchand de vin et avait demandé :

L'hôtel du comte de Sancy...

C'est plus bas...

Et l'individu s'était dirigé vers l'endroit indiqué. Il s'arrêta devant un vieil hôtel fermé sur la rue par un mur assez élevé, terminé par une rampe à balustre Louis XVI ; on eût pu croire qu'il existait une terrasse, mais c'était Un simple chemin qui permettait de voir dans la rue sans ouvrir la porte. La porte de chêne, artistement sculptée, était toujours fermée. Entre le mur et l'hôtel était une cour immense ; entre les pavés, l'herbe poussait, et l'on voyait de la porte le sentier étroit par lequel les maîtres de l'hôtel et les voitures passaient pour se rendre au péristyle, élevé de cinq marches et abrité par une grande marquise. De hautes tapisseiies de Beauvais protégeaient le vestibule sur lequel se trouvait l'escalier, contre le vent d'hiver.

L'hôtel de Chalus avait appartenu à la famille de Gesvres, qui ne l'occupait pas. On n'avait jamais su pour quelle raison il était devenu depuis vingt-cinq ans la propriété du comte de Sancy.

Quand l'hôtel avait changé de propriétaire, on avait cru qu'il allait être restauré, et il en avait besoin; l'abandon plus que l'usage ruine une propriété. Mais les voisins avaient remarqué que le nouveau propriétaire, hi comte de Sancy, ne faisait pas plus de folies, pour ses propriétés, que son

prédécesseur. Les contrevents étaient restés fermés pendant vingt-deux ans. Un homme venait, deux ou trois fois la semaine, une espèce d'intendant, pour parler au seul locataire de l'hôtel, le concierge qui vivait là, avec sa femme... L'hôtel était tombé dans un tel délahrement que les voisins, outrés de cette rapacité, ne qualifiaient l'avarice qu'en disant :

Il est chien comme le comte de Sancy.

Tout à coup, le comte de Sancy était venu, il avait visité l'hôtel et, deux jours après, les ouvriers l'avaient envahi; pendant trois mois, jour et nuit, on avait travaillé. Et après vingt-deux années d'abandon, l'hôtel était redevenu

vivant.

Le comte de Sancy avait monté sa maison sur un train princier. Le vieux concierge en était tout stupéfait, sa femme n'osait plus aller dans la cour, où du matin au soir des chevaux piaffaient; dans l'hôtel c'était pis : un monde de gens, depuis le garçon d'office jusqu'au valet da chambre, l'avait envahi. Le concierge n'était plus maître chez lui : après vingt-deux années de calme, il se croyait le propriétaire, le pauvre homme! il n'était plus rien.

Mais toute cette vie était superficielle. La maison était calme toujours. Le comte de Sancy ne sortait guère. Il vivait chez lui, on ne le voyait qu'à l'heure du Bois. Alors, il accompagnait sa nièce, une jeune fille d'allures étranges, admirablement belle, qu'il appelait Rachel, qui vivait avec lui, pour laquelle il avait une affection toute paternelle.

Rachel était la folle du logis, l'enfant aimée... Nous reviendrons plus tard sur l'intérieur du comte de Sancy, et nous allons suivre le singulier individu que nous avons signalé aux lecteurs.

Après avoir bien regardé l'hôtel, il frappa. On ouvrit. Il entra et dit au concierge :

— C'est ici que demeure monsieur le comte de Sancy.

— Oui, monsieur, mais il n'est pas visible.

Oh! monsieur, ce n'est pas à lui que je voudrais parler, c'est à vous.

— A moi?

— Si vous voulez le permettre, monsieur.

— Entrez! dit le concierge surpris, pendant que sa femme clignait des yeux et, hochant la tête avec méfi.ince, s'avançait pour prendre part à l'entretien.

— Monsieur, pour une affaire des plus importantes... et tout à fait agrénbleà monsieur le comte... Je suis chargé de prendre quelques ren-sei-

gnem^'uts.

— Dos rensignements...

— Oui, sur lui, sur M"'^ Rachel, sa nièce et sur leur parenté... Ln f(îmtne du concierge interrompit en criant à son mari : Tu shIs ce que moiisifïur le coni ^ a dit... C'en c;st un..»

— Oui, oui, je le vois l)i(-n...

— Que voycz-vuus dune, monsieur?

LE FILS D'AiNTONY.

— Avez-vous été longtemps au service du comte de Sancy ? (Page 171. )

Le concierge s'emportant, dit aussitôt :

— Vous nous êtes signalé..., fichez-nous le camp, pas de mouchard ici..;

— Mais, Monsieur...

— Voulez-vous que j'appelle le palefrenier... voulez-vous?...

— J'y vais, j'y vais, moi, fit la femme en se précipitant, il faut Qu'on le connaisse...

En deux temps, l'individu avait rentré ses papiers dans sa serviette il arrêtait I;i concierge, se précipitait au dehors en maugréant •

— En voilà des affaires pour rien!...

Lorsqu'il fut dans la rue, il consulta ses papiers et dit :

— Celui-là, paraît -il, a quelques renseignements et en donne.

Il regarda encore autour de lui, et, après s'être assuré qu'il n'était pas épié de l'hôtel, il se dirigea vers un petit caboulot qui se trouvait à une centaine de pas de l'hôtel.

C'était un endroit où venaient habituellement les cochers du voisinage, lé soir, pour faire la partie de piquet. Il se fit servir une consommation et, appelant le maître de la maison, il lui demanda très nettement s'il ne pouvait lui donner des renseignements sur M. le comte de Sancy et sur sa nièce. C'était pour une grosse affaire, et on voulait savoir ce que valait le comte.

Le marchand de vin ne parut nullement surpris ; il dit que, pour son compte et malgré îe mystère de la maison, il n'avait que du bien à en dire. Mais il y avait quelqu'un, un valet de pied, qui avait été renvoyé six mois auparavant, qui s'était replacé dans le voisinage et qui venait tous les jours vers dix heures, qui pourrait peut-être le renseigner.

L'individu remercia, en disant qu'il attendrait. — Effectivement, moins d'une heure après, un homme qu'à son allure on pouvait immédiatement reconnaître pour un valet de chambre, entra ; le marchand de vin l'arrêta et le conduisit à l'individu.

— Vous voulez me parler, monsieur.

— Monsieur , je voulais avoir des renseignements sur M. le comte de Sancy.

— Des renseignements ! fit le domestique méfiant... pourquoi faire? Je suis parti de chez lui, pour pas grand chose, on m'a bien payé et je n'ai rien à en dire.

— Pardon, monsieur, fit l'individu. Youlez-vous me faire l'honneur d'accepter quelque chose, pour trinquer?... Je ne viens pas vous demander de dire du mal de M. le comte ou de sa nièce, je viens vous demander des renseignements d'affaires... On me paie pour ça... Naturellement, je fais mon métier, mais si vous m'aidez aie faire, je partage avec vous. J'ai vingt francs... Youlezvous dix francs ?...

Et l'individu avait mis les deux pièces dans la main du domestique.

— Qu'est-ce que vous voulez pour ça ?... fit celui-ci en s'asseyant.

— Ce que vous savez... d'où vient le comte, quels senties parents de sa nièce... — ce n'est pas un Français, paraît-il... — d'où il est... et ce que vous pensez de sa fortune...

— Ah! ce sont des renseignements pour les affaires.

— Oui... '«

— Ah ! bien, je vais vous dire ça.

Le valet de pied se plaça en face de son interlocuteur, et, après avoir (rinque avec lui, il lui demanda :

— Qu'est-ce qui vous intéresse, qu'est-ce que vous voulez savoir?

LE FILS D'ANTONY. ITl

— Avez -vous été longtemps au service du comte de Sancy ?

— Non, mais j'en sais long tout de même. J'étais très ami avec le père Louis, un valet de chambre qui le connaît depuis son enfance. Voilà ce que je sais: jusqu'à l'âge de vingt-trois ou vingt-quatre ans, il vivait très mal avec sa famille ; on ne voulait pas s'occuper de lui. Il paraît qu'à ce moment-là, il a fait des excentricités. Sa famille...

— Qu'était sa famille I

— Ah ! ça, je ne sais rien concernant les Sancy.

— Parfaitement ; mais avez - vous vu jamais ces gens-là venir chez lui ?

— Jamais. Un vieux bonhomme vient quelquefois, et il s'en cache.

— Ah ! qui est-ce ?

— L'intendant du duc de Gesvres, ce vieux coquin...

— C'est vrai; on dit qu'ils sont alliés, les Gesvres et les Sancy?

— Je ne sais pas s'ils sont parents, mais je sais qu'ils se méprisent mutuellement... et cependant on dit qu'ils sont frères.

— Ah ! ils sont frères, très bien.

Et l'individu prenait des notes.

— Je ne vous affirme pas, on le dit... Le comte de Sancy vit seul absolument.

— On m'a dit qu'il y avait chez lui des fêtes, des réceptions...

— Oui, mais vous pouvez y aller, du diable si vous comprenez un mot à la langue de ses invités, ce sont des étrangers. On ne voit à l'hôtel que des Orientaux et des personnages des ministères. Si jamais on vous a parlé delà gaieté de ces dîners-là...

— M. le comte de Sancy a beaucoup voyagé.

— Il n'a fait que ça, je suis justement rentré chez lui, lorsqu*il est venu se fixer en France. Il revenait de Syrie.

— Et la famille de sa nièce ?

— Mais M"' Rachel, n'a pas d'autre famille que son oncle ; écoutez, autant l'autre , le comte , est triste , sérieux , autant la petite youte est gaie. C'est la joie delà maison, la petite juive, douce, bonne, rieuse; aussi, il l'adore.

— Et cette jeune fille est... seulement sa nièce.

— Oh I dites donc... je suis prêt à dire ce qu'on voudra sur lui, il est hautain, il est sévère avec les domestiques... mais, c'est un honnête homme, et AI"'-' Raehel c'est une vierge... sur ça, pas un mot. Il l'adore ; si on manquait à mademoiselle, bon sang ! il étranglerait celui-là; il l'aime comme sa fille, elle est servie comme une reine, eUe a deux femmes de chambre : La mère Louis qui la soigne comme son erifant, et sa fille Zizi, sa petite servante ; elle a seize ans, elle ne la quitte pas... M"' Rachel, c'est un ange...

— C'est la fille de sa sœur ? de son frère?

— Mais vous ne savez donc rien?

— Sur cette parenté, non, et c'est cela qui est le plus intéressant dans mes recherches.

— Dites donc, ça n'est pas un reproche, mais vous me faites beaucoup parler, fit le valet de pied, et ça sèche joliment la gorge. Vous pourriez vous fendre d'une vieille bouteille.

— Mais certainement , commandez ; vous êtes connu , on vous servira mieux.

Le valet appela aussitôt le patron de la maison et se fit apporter une vieille bouteille d'un vin spécial à la clientèle.

— A votre santé. Maintenant que vous avez le gosier moins sec, je vous écoute.

— Voici ce que je sais ; le père Louis noua a conté ça bien des fois le soir, autour du feu... C'est par là qu'il a épousé aussi sa femme, la négresse, la mère Louis.

— Je ne vous comprends pas. •

— Je vous dis que le vieux valet de chambre de monsieur, le père Louis, qui est avec lui depuis son enfance, l'a suivi partout; il a épousé là-bas une négresse, pas tout à fait noire, mais un peu rissolée. — C'est cette femme, la Zouma, qui est la servante de M'*^ Rachel avec sa fille Zizi-Zizi, qui n'est ni noire ni blanche : elle attend l'âge pour choisir.

— A la vôtre.

Ils trinquèrent, et l'individu demanda :

— Dans quel pays était allé le comte ?

— C'est ce que je veux vous dire, — voilà ce que Louis m'a raconté — à la suite d'affaires ennuyeuses ; j'ai vu là dedans, des aff'aires de femmes, et probablement poussé par sa famille, M. le comte et un de ses amis, un médecin nommé... Attendez, il y a un portrait chez nous, et puis c'est le nom de mademoiselle, que je suis bête... nommé Olivier Delaunay. Ils partirent en Orient, et ils s'y trouvèrent si bien que le docteur épousa la fille du banquier juif de par là. Aussitôt, M. le comte devint amoureux de la sœur de la femme de son ami et l'épousa. Alors, ils s'établirent par là en Syrie, vous savez, où Ton s'assassine toujours... Eux, se trouvaient heureux, comme tout. Si vous entendiez le père Louis parler de ça. C'était étourdissant, des palais , des jardins où il pousse de tout pendant toute l'année. C'est l'heure du déjeuner, on va cueillir sa nourriture à un arbre; et cependant, il paraît que la misère est épouvantable... Vous savez, il y a des gens qui ne se contentent de rien. — A la vôtre !

— A la vôtre, fit l'individu en trinquant; et ils sont restés longtemps par là?

— Oh oui... très longtemps, une quinzaine d'années au moins, parce qu'ils avaient d'abord été plus loin. C'est au retour qu'ils s'étaient fixés.là...Il paraît que c'était une toquade de M. le comte, il ne voulait pas revenir en France, il prétendait que les femmes y prenaient trop de place, il voulait la femme esclave, ça fait suer... Vous savez, maintenant, il en est revenu.

— Cette jeune fille, M"" Rachel.

— Attendez donc — c'a été très bien pendant un certain temps; là on était joyeux, on vivait bien... il paraît que le père des demoiselles était éuormément riche; tous, on vivait en famille comme des patriarches... Tout à coup, il arrive des émeutes. — Vous savez ce que c'est quand il y a des émeutes en France, il y en a partout. Voilà le docteur Delaimay qui s'en mêle, il guérissait celui-ci, celui-là, les vieux de là-bas montent la tête à leurs compagnons, on le fait passer pour un sorcier.— Déjà le beau-père, le banquier juif... attendez donc, il se nommait... tenez, au fond du verre je vais trouver ça. — A la vôtre.

— A la vôtre.

L'homme trinquait, buvait, mais écrivait toujours plus vite à mesure que son compagnon devenait plus loquace.

— J'ai ie nom sur le bout de la langue : Machin... machin...

— Le nom importe peu I

— Si, ça fait souvenir du reste... Mohi-Delha, c'est ça, Mohi-Delha... c'est écrit sur l'argenterie de M"" Rachel. Je vous disais que le beau-père Mohi- Delha n'était pas aimé par les Musulmans... pour lors, un jour, non, une nuit de révolte, on a mis le feu à tous les coins de son habitation... il paraît qu'ils en faisaient autant dans toute la ville aux Juifs et aux Européens... Brûler la maison, c'était raide, mais ils attendaient aux portes pour tuer ceux qui étaient dedans... Il paraît que c'a été effrayant, M. le comte, le docteur et le vieux banquier se sont battus comme des damnés. Ils ont été délivrés, le soir, mais le docteur était tué, le vieux banquier blessé, la femme du docteur avait une telle frayeur qu'elle en mourut. C'est alors que M. le comte adopta l'enfant de son beau-frère.

Le vieux banquier mourut quelques jours après. Après des secousses semblables, une femme peut tomber malade ; c'est ce qui arriva à la comtesse — qui mourut. Alors, le comte de Sancy régla ses affaires là-bas et revint en France. Donnez-moi donc à boire... Vous en savez assez, vous pouvez payer une autre bouteille.

— Parfaitement. Patron, une autre bouteille.

— Ainsi, la jeune fille qui vit avec son oncle, M"^ Rachel, est la fille du docteur Delaunay, elle n'a d'autres parents que son oncle, le comte de Sancy... et elle doit avoir une assez belle fortune en propriétés, venant de son grandpère et de son père.

— Dame I on le dit.

— Merci... A la vôtre.

L'individu qui interrogeait le valet de chambre, nos lecteurs l'ont deviné, était un employé de ces agences singulières qui se chargent de vous donner tous les renseignements que vous désirez sur telle ou telle personne.

De la police, le métier de mouchard est passé dans nos mœurs.

Il désirait savoir ce qu'était ce mystérieux comte de Sancy qu'on entre- Toyait à peine un mois, avec sa nièce, que tout le monde remarquait ^.our son

étrange beauté. Personne, dans la société parisienne ne connaissait le comte ; il n'avait de relations qu'avec la colonie étrangère. En été, l'hôtel se fermait, le comte et sa nièce disparaissaient sans qu'on sût jamais où ils allaient.

Le valet de chambre était docile ; il ne demandait qu'à parler. Plus il buvait, plus il avait soif, son compagnon ne voulait pas le laisser altéré. Aussi n'avait-il plus besoin de l'interroger pour savoir ce qu'il cherchait.

Le valet de pied, essuyant sa bouche, continua:

— Mais, vous savez... prévenez ceux qui s'informent, comme ça, du comte de Sancy : il a l'air froid, il a l'air calme, mais, au fond, il faut s'en méfier!

Le comte est une fine lame. Avant de faire son grand voyage en Orient, il a couru l'Europe, menant la vie la plus extravagante du monde, il parait, vous savez, comme quelqu'un qui veut oublier quelque chose, cherchant toujours des aventures nouvelles, se battant toutes les semaines. On dit qu'il n'a pas d'égal à l'épée. Du reste, chez lui, il y a une salle d'armes, et, tous les matins, pour se donner de l'appétit, il se met à ferrailler pendant deux heures, avec un professeur étranger. Mais il n'est pas seulement fort qu'à l'épée. Dans le jardin, des fois il s'amuse, sur le commandement de sa nièce, à tirer sur les arbres : elle désigne une branche, une feuille, elle dit : Feu! et la feuille tombe, toujours coupée à la tige. Eh bien ! vous savez, prévenez les particuliers qui s'occupent de lui.

— Mais, est-ce qu'il y a longtemps qu'il est veuf?

— Il y a six ans. Eh! vous savez tien, ces affaires qu'il y a eu... ces massacres?

— Oui, mais il y en a toujours !

— Je sais bien, puisque l'on parle d'une Intervention là-bas. C'est à un moment où il y a eu de ces grosses affaires ; ils ont été tous tués.

— Mais, avarit de partir pour ces longs voyages, saviez-vous où résidait le comte?

— Non. Du reste, ça, c'est assez drôle. Je vous dirai que le père Louis est un capricieux, réservé sur ces détails-là. Il parle volontiers de leurs voyages en Orient; il paraît qu'ils ont été à Jérusalem. Mais sitôt qu'on veut causer de Paris, il devient muet.

— Ah! il habitait Paris auparavant?

— Mais, oui; je croyais qu'il vous avait dit ça.

— Non !

— Voilà ce que je crois qui est. Il a mené à Paris une vie de polichinelle, tsi bien que sa famille ne voulait plus le voir. On lui a dit : « Si vous voulez être raisonnable, on vous rendra ça et ça, seulement, il faut quitter Paris, alors, il est parti. » Versez-moi donc un petit peu à boire. Mais vous ne buvez pas, vous invitez les gens I

— Puisque je vous dis de commander vous-même ce que vous voulez.

— Le valet de pied emplit les verres et but, pour reprendre aussitôt :

— Qu'est-ce que vous voulez savoir encore?

— Connaissez-vous à peu près l'état de sa fortune ?

— Non, mais on dit qu'il est iramensémcnt riche, et la nièce ajssi, vous savez. Ce sera un bon parti pour celui qui l'obtiendra . Mais ça ne m'étonnerait pas qu'il voulût jamais la marier ici. On ne se figure pas l'aversion qu'il a pour la société, cet homme-là. Vous savez bien que, depuis qu'il est à Paris, on n'a pas manqué de tout faire pour l'inviter. Il refusa toute invitation et ne voit le monde que chez lui. Et, comme il épluche toutes les invitations! Quand on lui parle de lui amener quelqu'un, il refuse toujours.

— Mais cet homme ne vit pas seul?

— Gomment, il ne vit pas seul?

— Oui, il doit avoir sa maîtresse?

— Çal personne ne s'en aperçoit. Il n'y en a qu'un qui le sait, c'est le père Louis, et celui qui irait le lui demander serait, je crois, mal reçu.

— Vous n'avez jamais eu connaissance d'intrigues?

— Jamais I il mène une vie exemplaire, je vous dis, c'est un homme à part, il semble avoir peur du monde. Ainsi, quand il va à l'Opéra, mademoiselle est sur le devant de la loge, lui est toujours dans le fond. On croirait qu'il se cache, qu'il ne veut pas être vu.

— Mais enfin il est jeune encore, cet homme, il est élégant, savez-vous son âge ?

— Écoutez, moi, je sais à peu près son âge, mais on ne le lui donnerait pas.

— Vous ne l'avez pas vu ?

— Non.

— Il est très élégant ; c'est vraiment un bel homme et un beau garçon. Il ne paraît pas quarante ans, et je crois qu'il passe la cinquantaine; mais je sais qu'il est aussi vif, aussi jeune, aussi alerte qu'un jeune homme de vingt-cinq ans.

— Eh bien ! je vous remercie. J'ai à peu près tous les renseignements qui me sont nécessaires, fit l'homme en consultant ses notes.

— Oh ! à votre service, fit le valet de pied, vous comprenez que tout ce que je vous ai dit là est très simple. Il n'y a pas une méchanceté, pas une médisance : il n'y a rien de mauvais. Je n'ai pas à dire du mal d'un homme qui ne m'a jamais rien fait. Si j'ai quitté la maison, c'a été pour avoir manqué à mon service, je n'ai rien fait de mal, et cet homme a été convenable avec moi. Allez, voyez-vous, il ne manque pas de mauvais bougres qui seront prêts à vous dire du mal de ceux chez qui ils ont servi. Moi, je ne suis pas de ceux-là. A la maison, je fais mon service, mon devoir ; une fois dehors, je suis libre, et, voilà tout. A la vôtre !

— Merci ! fit l'individu.

Et, comme le valet de pied voulait absolument offrir une bouteille à son tour, il refusa.

Ayant soigneusement rangé ses notes, il serra la main de son compagnon et se retira, pendant que ce dernier lui disait :

— Vous savez, ne vous gênez pas; si vous avez besoin d'un renseignement, je suis là, à côté, Baptiste, vous demanderez Baptiste.

L'individu se retira. Au moment où il passait devant l'hôtel de Ghalus, la porte s'ouvrait. Un équipage en sortait, dans lequel se trouvait le comte de Sancy, que nos lecteurs connaissent.

C'était Antony, sur lequel vingt-cinq années avaient passé sans altérer la beauté de son fier visage. Mais ce n'était plus le même homme ; on l'aurait difficilement reconnu. Sa beauté était toute différente. Ainsi que l'avait dit le valet de pied, il était loin de paraître son âge. C'est à peine si on lui eût donné de trente-cinq à quarante ans. A côté de lui était une admirable créature, sa nièce, la brune Rachel.

L'équipage tourna la rue et disparut. II se dirigea vers les Champs-Elysées.

En se retirant, l'individu disait :

— J'ai tous mes renseignements, et, de plus, je pourrai en quelques lignes faire un portrait.

Deux jours après, le même individu se représentait au petit cabaret de la rue de Bourgogne, et il envoyait chercher son ami Baptiste. Lorsqu'il dit ce nom, le maître de la maison sourit, et, lui montrant le fond de la boutique où se trouvait une petite salle particulière qui prenait jour par un plafond vitré, il dit :

— Vous ne serez pas long à l'attendre, il est là.

L'individu commença à comprendre le motif qui lui avait fait perdre sa place chez le comte de Sancy, il avait vu deux jours avant la façon dont il se conduisait devant les bouteilles; il le trouvait, le soir, cette fois, à l'heure du service, attablé. C'était un valet de pied qu'on ne rencontrait guère chez son maître. Lorsqu'il vint se placer devant lui, Baptiste, qui était maussade, devint gai et dit aussitôt ;

— Tiens, vous voilà, vous... est-ce que vous avez encore besoin de moi ?

— Oui, pour peu de chose.

— Ça tombe bien... j'ai justement perdu le dîner. Si vous me faites gagner un peu d'argent, ça me rattrapera.

— Je viens pour ça...

— Je suis votre homme. Et Baptiste se leva pour aller causer dans un coin avec rhomme. Les deux individus qui jouaient avec lai regardaient le nouveau venu avec étonnement.

— Qu'est-ce que vous voulez? demanda Baptiste à voix basse.

— Les' renseignements que vous m'avez donnés sont très précis, mais on voudrait probablement se trouver avec le comte de Sancy. et peut-être avec sa nièce, et on m'a chargé de savoir où il se rendait.

— Comment, où il se rendait?

— Oui, il paraît que, contrairement à ce que vous m'avez dit, ils vont quelquefois dans le monde, ^

La baronne d'Hervey avait quarante-cinq ans, elle en paraissait dix de moins. (Page 184.)

— C'est vrai, on me Ta dit ce soir, — mais de mon temps il ne sortait pas... ils sortent plus souvent, ils vent à des fêtes officielles, dans les ambassades et les ministères.

— C'est cela, il faudrait que j'eusse connaissance d'une de ces invitations.

— Ça tombe merveilleusement — si vous êtes généreux — je suis justement là avec un des gens de chez eux qui aide le père Louis. Il aide pour le

service des appartements et il sert de valet de pied. C'est un curieux, mais c'est un défiant. Si vous voulez savoir, il faut me laisser faire, ne rien dire de ce que vous cherchez. Ce soir, ils ont congé. Le comte et sa nièce sont à l'Opéra. Et, vous le voyez, nous venons de jouer notre dîner. Je l'ai perdu.

— Et hien ! si vous le voulez, je l'offre...

— Tiens, c'est un moyen ça... Voilà ce que nous allons faire : je vais vous présenter comme mon homme d'affaires. Vous venez m' annoncer une bonne nouvelle Vous m'apportez de TargenL.

— Combien d'argent '^

— Vous marchandez déjà.

— Non!... Je ne peux pas dépasser ce qu'on me donne.

— Si ça dépasse, vous demanderez plus, ça vous regarde, c'est à prendre ou à laisser.

— Mais, je ne vous dis pas ça... Je vous demande le prix.

— Oh ! mon Dieu ! je suis bon bougre. . . le dîner, quoi...

— Ça me va. . . très bien.

— Vous comprenez, dînant ensemble vous me laissez faire ; je vous place comme un homme qui sait faire valoir les économies et je vous ai aussi confié les miennes, vous venez pour ça...

— Permettez. Vous savez que si pareille affaire était à faire, je suis cet homme-là... Je m'occupe très bien de ça, faire prêter de l'argent à des petites gens très solvables, et sur garantie et qui donnent de gros intérêts.

— Tiens... Vous voyez comme ça tombe, mais c'est toujours bon à savoir... Je reviens à notre affaire. Vous m'apportez des bénéfices. Moi, je fais le bon enfant et je les emploie à payer le dîner que jo vieas de perdre. En dînant, on cause des domestiques, du mal qu'on a à faire des économies, des maisons qui rapportent plus ou moins ; j'en arrive à parler du comte de Sancy, — de ce qui se passait chez lui, des privations qu'on y endurait, qu'on n'avait jamais de bénéfices, car il ne recevait personne, on n'aîlait nulle part... J'exagère. — J'attrape un peu la maison et fais valoir la mienne, l'autre prend la mouche et il raconte, que, maintenant, on est bien mieux. Je fais des comparaisons en disant: ainsi, chez nous, cette semaine, nous serons libres, tel jour et tel joar, parce que Monsieur va là et là... L'autre ne manquera pas de dire : Chez nous aussi, tel jour, ils sont invités ici et là.

— Très bien, je comprends... mais vous êtes très adroit, monsieur Baptiste.

— Vous trouve/ ça... vous n'êtes pas difficile, mon petit père, il y a longtemps que je le sais... et je vous le prouverai.

— Les derniers mots firent un peu froncer le sourcil à l'homme.

— Voyons, c'est pas tout ça, ils nous regardent... Vous allez voir comme je vais jouer ça... Ah! miis avant... comment vous nommez-vous? Car enfin nous sommes censé nous connaître depuis longtemps.

— Je me nomme Leclaqué, ancien huissier.

— Très bien... et changeant de ton avec une bruyante gaieté, Baptiste s'écria :

— Ah ! bien, voilà une bonne affaire et qui tombe à pic... et je vous en prie, vous allez pour la peine dîner avec nous... Je viens de perdre le dîner... avec deux bons amis... Venez donc...

Et il entraînait l'homme un peu étonné de la rapidité avec laquelle maître Baptiste avait bâti un plan.

— Mes enfants, je vous présente M. Leclaqué, mon homme d'affaires, qui vient justement m'apporter uapeu de sac... sur une petite affaire que j'avais en train... Il n'est pas de trop, n'est-ce pas... d'autant que je vous le recommande, c'est un malin. Si vous avez des petits placements à faire, il connaît des bons placements... ça rapporte le double...

— Qu'est-ce ces actions-là...

— Messieurs, M. Baptiste en dit trop ; voici ce que je lui disais. Il se reprit aussitôt... Voici ce que je fais pour lui et pour mes clients. Je connais des petits boutiquiers qui ont une certaine surface, des fruitiers, des charbonniers, des braves qui quelquefois, les jours d'échéance, sont un peu gênés...

— C'est ce que je voulais dire...

— Oui; or ils viennent me trouver. Je les mets en rapport avec vous. Vous prêtez trois, quatre, cinq cents francs qu'ils rendent en deux mois par fractions... Eh bien! je me fais fort pour deux cents francs pour deux mois d'avoir trente ou quarante francs.

— Ehl eh! c'est gentil... Asseyez-vous donc, monsieur Leclaqué, nous causerons de ça...

— On fit place au nouveau venu. On mit le couvert, et. dix minutes après, le dîner commençait. Les deux convives de Baptiste se montrèrent pleins de prévenances pour M. Leclaqué.

M. Leclaqué ne pouvait pas regretter son argent, car ce fut un dîner copieux, gai et bruyant. Bruyant par les discussions entre M. Baptiste et son collègue, discussions desquelles jaillirent tous ies renseignements promis et des indiscrétions que M. Leclaqué n'avait pas espérées.

D'abord M. le comte de Sancy n'accompagnait pas toujours sa nièce; il paraissait avoir pour le monde une grande aversion, sa vie se passait avec des étrangers, des gens qu'il avait connus dans ses voyages. Au fond, cela s'expliquait assez naturellement : le comte avait quitté Paris ayant vingt-cinq ans environ ; il pouvait avoir oublié ceux qu'il avait connus alors qu'il n'était qu'un jeune homme, tandis que, depuis vingt-cinq ans, il avait vu un monde nouveau, dans lequel il s'était créé des relations. — A Paris, le comte de Sancy était presque un étranger, il ne connaissait guère de gens que dans la maison du souverain, dans les ministères et dans les ambassades. — Il était donc difficile de rencontrer le comte dans le monde, ailleurs qu'aux Tuileries, aux bals du ministère des affaires étrangères et dans certaines familles nomades.

La jeune nièce du comte de Sancy, M"*' Rachel Delaunay, l'accompagnait

toujours dans ces fêtes, mais n'ayant que peu dé distractions en dehors de ces fêtes assez rares, et n'ayant pas d'amies à Paris, elle allait souvent aux Italiens et à l'Opéra. Alors elle était toujours accompagnée des deux personnes qui la servaient et qu'elle considérait plutôt comme des compagnes que comme des servantes : la mère Zanna et sa sœur de lait Zizi...

Et ces deux servantes étranges, près de cette jeune fille d'une si singulière beauté, n'avaient pas peu contribué à la faire remarquer et signaler par toute la haute société. Ne sachant si elle était la fille ou la nièce du comte, on ne la connaissait que sous le nom de M"*' de Sancy.

M. Leclaqué apprit encore qu'il semblait y avoir, dans la vie du comte de Sancy, une mystérieuse intrigue; il n'était véritablement si réservé chez lui, assurait le valet de pied, que parce que sa nièce se trouvait chez lui. Au fond, le comte n'avait qu'un désir : marier sa nièce et revivre brillamment comme il semblait avoir vécu autrefois, ce qui était l'espoir de ses gens, au reste. On juge que, quelques minutes après, l'ami de M. Baptiste n'hésita pas à déclarer que la maison du comte était la plus lugubre du monde. Certainement, M'*" Rachel était rieuse; mais il n'y avait de gaieté que pour elle. On riait chez M"' Rachel, mais c'était là une gaieté d'enfant qui ne rejaillissait pas sur la maison.

Interrogé si son maître n'était pas un ambitieux, caressant l'espoir d'une grande situation, le valet de chambre hésita un peu et finit par dire qu'une fois il avait surpris son maître disant :

Lorsque ma chère Rachel se mariant devra m'abandonner, je ne sais ce que je ferai. Une chose pourrait me faire rester à Paris, et m'y fixer définitivement. Si j'avais une désillusion de ce côté, je n'hésiterais pas, je repartirais et recommencerais mes voyages, mais comme j'avais l'intention de les faire lorsque nous nous mîmes en route avec ce pauvre Olivier : un voyage utile à la science et à mon pays.

M. Leclaqué ne manqua pas d'écrire la phrase entière sur son carnet.

Mais on n'était pas arrivé au renseignement précis que cherchait l'ancien huissier. Un clignement d'yeux l'avertit qu'il amènerait la conversation sur ce sujet. Baptiste était pratique, il allait droit au but, il dit donc :

— Messieurs, certainement que c'est moi qui vous off're le dîner. Pardon, tu l'as perdu.

J'ai perdu un dîner, mais pas encore celui que je vous offre là.

— Nous n'avons pas à t'en savoir gré; c'est à cause de M. Leclaqué que tu fais proprement les choses...

— C'est vrai, et c'est justement ce que je veux dire... Or, nous avons fort bien dîné, vous devez avoir la reconnaissance de l'estomac pour nous offrir un dîner semblable ces jours-ci.

M. Leclaqué ne comprenait pas ; il ne voyait qu'un ajournement aux renseignements qu'il cherchait, et il fit la grimace; il ne comprit qu'après avoir entendu la réponse :

— Mais certainement — d'autant que j'aurai peut-être besoin de monsieur, pas pour de l'argent à placer, mais pour do l'argent à toucher, au contraire, et je ne peux pas arracher un sou...

— C'est tout à fait mon afïaire, j'achète les créances, je...

— Mais, mon vieux Leclaqué, vous faites tout... Revenons à notre affaire. Nous dînerons ces jours-ci.

— Parfaitement, ça va.

— Il faudrait fixer un jour... où nous soyons libres comme aujourd'hui. D'un coup d'œil échangé avec Baptiste, M. Leclaqué, souriant, fit voir qu'il

avait compris. Baptiste reprit :

— Chez nous, il n'y a qu'un jour de la semaine où nous serons occupés, un jour ou deux. Mercredi on reçoit après le dîner. Vendredi nous allons à une soirée... Tous les autres jours je suis libre à compter de six heures jusqu'à dix. Quel jour es-tu libre, toi?

— Moi, voyons; lundi, pris ; mardi, c'est le jour où monsieur part après le dîner et, selon le spectacle, il emmène M"^ Rachel; mercredi, pris; jeudi, je suis libre... eh! non, ça dépend, c'est le grand tralala du ministère de la guerre. Si monsieur reste, on nous fait rentrer et on nous dit l'heure de revenir les chercher. Mais, d'autres fois, ils ne font qu'entrer et sortir, alors nous attendons jusqu'à une heure...

— Avec tout ça, tu ne fixes rien.

— Mais, demanda M. Leclaqué, ce jour-là serait un bon jour, si \ous êtes certain que M. de Sancy et sa fille iront à la fête du ministère de la guerre... Il faut que ce soit sûr.

— C'est certain— ils y vont, je le sais bien, depuis dix jours, on ne s'occupe que de la toilette de mademoiselle ; mais ce que je ne sais pas, c'est s'ils resteront une partie de la nuit ou s'ils ne feront qu'acte de présence...

— 11 n'y a que ce jour-là où ils sont invités ?...

— Oui.

— Eh bien! à tout hasard choisissons-le — fit M. Leclaqué revenant encore sur ce point : si vous êtes bien certain que M. le comte de Sancy et sa nièce iront à cette fête.

— Oui! oui! oh! ils ne manqueront pas; mademoiselle a trop le désir d'y aller, elle ne parle que de ça..., songez qu'il n'y a qu'à ces fêtes qu'ils risquent de rencontrer des amis...

— Eh bien! c'est entendu, à jeudi...

— Messieurs, vous m'excuserez, n'est-ce pas — je suis obligé de partir. Au revoir, à jeudi— et si vous avez des petites affaires litigieuses à me confier, préparez-les, je suis votre homme.

— C'est cela, à jeudi.

Baptiste le reconduisit jusqu'à la porte.

— Êtes-vous content de moi?

— Très bien, et c'est sérieux, je viens jeudi. Mais, cette fois, pour les pe-

tites aflaires dont nous avons parlé, et si vous m'en procurez, vous savez, vous en aurez votre part.

M* Leclaqué se hâta de rentrer chez lui , rue Pagevin. Installé devant son bureau, il prit un petit papier sur lequel était imprimé :

JVoins :

Adresse :

Age :

Célibataire:

Moralité :

Solvabilité :

Renseignements divers.

L'agence ne donne ces renseignements que sous toutes réserves et en déclina la responsabilité.

Il biffa les premières lignes et écrivit :

— Complétant les renseignements donnés. Le comte de Sancy et sa nièce se rendront jeudi soir à la fête du ministère des affaires étrangères.

Ayant glissé la fiche sous l'enveloppe, après avoir écrit l'adresse, il la porta à la poste.

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