LE PETIT -JEUNE
Les jeunes gens, en sortant du bal du ministère des affaires étrangères, se firent conduire au café Rinhe. Les salons étaient pleins. Le jeune vicomte de Laubat, qui était monté, dit : — Tout est plein et c'est vide. Pas d'amis, pas de femmes 1
De Sercet, remontant dans la voiture, dit :
— Oh! pas de femmes ; donc, pas de souper.
Au même moment, une voiture s'arrêta au coin du boulevard.
Un homme enveloppé de fourrures en descendait, laissant dans la voiture trois femmes qui semblaient entassées.
Les jeunes gens ne l'auraient pas remarqué, si, au moment où il descendait, ils n'eussent entendu des éclats de rire.
Laubat, voyant l'homme, dit gaiement :
— Tiens, c'est le Petit-Jeune.
Il alla lui serrer la main, et reprit :
— Où diable vas-tu? et qu'est-ce que c'est que ce chargement que tu as?
• — Ah ! mon cher bon, ne m'en parle pas; tu devrais m'accompagner. Je viens du concert Musard : nous étions six, ils sont tous partis, on me laisse seul, et j'ai trois femmes sur les bras .
Aussitôt, de la voiture des jeunes gens, on entendit :
— C'est l'affaire, venez avec nous.
— Qui est là? demanda celui qu'on appelait Petit-Jeune. Le jeune Laubat nomma tous ses amis.
— C'est entendu, reprit l'autre, montons.
— Ah! impossible, pas un salon de libre.
— Eh. bien! dit le Petit-Jaune, remontons en voiture, nous irons chez Vachette.
— Peuhl fit Laubat, la maison est perdue!
— Mais, pas du tout, mon cher, la maison est changée, c'est Brébant qui a repris, il a quitté la rue Neuve-Saint-Eustache, la maison est remontée; c'est épatant; un galbe ! tu verras ça!
— Allons-y !
Les jeunes gens remontèrent en voiture, le Petit- Jeune en fit autant, et ils se firent conduire boulevard Poissonnière.
Les établissements parisiens se sont tellement multipliés, depuis une trentaine d'années, que nous demandons la permission de dire quelques mots sur les grands établissements diurnes et nocturnes de Paris.
Jadis, nos pères s'extasiaient devant les cafés de la Rotonde du Palais- Royal, du café de Foy, du café de la Régence, de Tortoni. Aujourd'hui, les cafés les plus simples sont des modèles de luxe à côté de ces établissements.
Les restaurants d'alors étaient le café Anglais, Tortoni, Philippe, le Rocher de Cancale, les Frères Provençaux, les Vendanges de Bourgogne. Aujourd'hui, les restaurants à peine classés dépassent de beaucoup et le luxe de ces établissements et la variété de leur cuisine.
Il a disparu, le cabaret joyeux de nos pères, où l'on passait, pour gagner les cabinets et les salons, par la grande cuisine, toute meublée de crédences, de bahuts chargés de faïences, de porcelaines et de cristaux, — où les coins étaient couverts par une panoplie de lardoirs, de broches et de coutelas, où
Les deux jeunes gens allumèrent, un cigare et remontèrent les boulevards dans la direction des Champs-Elysées. (Pa^e 208 ) Liv. 26. '^
les murs étaient chargés de casseroles édncelantes. 0 la joyeuse salle I éclairée à l'autre bout, de fourneaux encombrés de casseroles, par les brassées de bois qui flambaient dans les cheminées grandes comme des portes cochères. Le goût, en entrant, se développait, l'appétit naissait rien qu'aux parfums qui s'échappaient des marmites; c'est en reniflant qu'on discutait sa carte, — et sur le seuil, dans sa niche de bourriches, l'écaillère appétissante vous demandait :
— Faut-il aussi monter des huîtres?
Dans un coin de la grande salle, d'un trou sombre comme l'entrée de l'enfer, le sommelier, rouge comme Bacchus, guettait un client. — On sortait de la grande salle pour monter dans les cabinets particuliers, les salons de société — ou Ton descendait dans le grand jardin, tout entouré de tonnelles discrètes. Aujourd'hui, la cuisine est un mystère — elle est cachée comme un laboratoire, le jardin n'existe plus, les cabinets particuliers paraissent, tai t ils sont étroits, être personnels — les salons de société sont communs. A l'aisance, au confort a succédé le luxe; le divan est étroit, mais il est de soie; les tables sont petites, mais on y mange peu ; les murs sont tendus de tapisseries ; les meubles sont superbes... tout étonne les yeux. C'est que, dans les restaurants modernes, ce n'est pas pour manger qu'on vient souper — le souper est un repas dans lequel l'appétit n'a rien à faire.
Le Petit-Jeune, en descendant de sa voiture, dit aux jeunes gens qui étaient dans l'autre :
— Messieurs, veuillez offrir vos bras à ces dames, je vais, commander le souper.
Et il courut, monta Tescalier et appela.
— Philippe!...
Celui-ci parut.
— Donne-nous le cabinet du coin de la rue, nous sommes huit. Paul est-il là? Qu'il nous fasse un menu, — quelque chose de chic !
Dix minutes après, le couvert était dressé, tout le monde était à table. Les dames amenées par le Petit-Jeune avaient dit :
— Ah! tant mieux, je n'avais peur que d'une chose, c'était de souper avec lui... Maintenant, on pourra s'amuser.
Chacun de ces messieurs avait une dame près de lui. Seul, Philippe, préoccupé, y portait peu d'attention ; on plaisantait, on riait, il restait pensif, assis près de Laubat. Il essayait en causant avec lui de ramener la conversation sur le bal du ministère ou plutôt sur le comte de Sancy.
Mais ce fut en vain. Obligé de ne parler qu'indirectement, afin que son ami Jules de Choissy ne se doutât pas de l'importance qu'il attachait aux renseignements qu'il demandait, le jeune homme ne parlait plus du comte de Sancy, très occupé, du reste, de faire les honneurs du souper qu'il offrait.
Philippe ne renonçait pas à ce qu'il voulait, et il demanda bas à son ami :
— Qui est-ce donc que celui que vous appelez le Petit-Jenne?
— Tu ne le connais pas?
— Pas du tout.
— C'est le duc de Gesvres...
— Ah! ce vieux satyre ! fit Philippe avec un mouvement de dégoût, c'est cet homme, coiffe et fardé comme une fille.
— Mon cher, c'est le plus charmant convive du monde; comme homme, je ne le défends pas, mais nous vivons peu chez lui; dans son intimité, c'est un viveur et un gai. Il a du ridicule, mais il le sait, il est le premier à en rire.
— C'est cet homme que vous appelez le Petit-Jeune!
— Eh oui,- justement; il ne veut pas vieillir, il est fort, robuste encore, quoiqu'il ait mené la vie la plus épouvantable du monde. S'il n'était bien en cour, il aurait fini au bagne ou sur l'échafaud ; il n'a aucun scrupule, il no juge la vie que pour en jouir ; sa théorie est de dire : Courte et bonne, on ne sait pas ce qu'il y a après.
— Mais il est veuf et père de famille.
— Oh! si peu, il a une fille, c'est vrai, qui est élevée dans un couvent; personne ne la connaît, ne l'a vue, lui pas plus que personne.
— Cela me gêne de vivre de cette vie, en compagnie de ce vieillard.
— Mais, pardon, ne dis pas cela du Petit Jeune, si tu l'appelais vieux, il se fâcherait et te chercherait une aff'aire... Et, tu sais, sur le terrain, il est moins jeune, —je t'assure qu'il est étourdissant; à table, il nous enterre tous; c'est la plus belle fourchette que je connaisse; il boit le Champagne comme les grands buveurs du pays, il vide la flûte d une gorgée, il est toujours altéré... Jamais tu ne le verras sans femme, il en a toujours une ou deux avec lui.
Philippe était étourdi, il regardait cet homme singulier, ayant plus du double de son âge et voulant se persuader qu'il était plus jeune que lui ; il luttait contre la nature, il était envahi par la graisse; il se sanglait, il n'avait plus que de rares cheveux et il couvrait son crâne d'une perruque blonde et frisée; l'âge labourait son visage, et il comblait chaque jour les rides par des pâtes, il se teignait, il se fardait; il savait que tout cela était visible, sa jeunesse de maquillage ne trompait personne, mais elle le trompait, lui, et cela lui suffisait. Il était myope et, dans sa glace, ne se voyait que d'ensemble : il se trouvait fort bien ainsi, les femmes faciles desquelles il s'entourait achevaient le reste en lui affirmant qu'il était le plus aimable et le plus galant. Malgré lui, Philippe se sentait pour cet homme la plus vive répulsion. Son ami Jules achevait :
— Je t'avoue que c'est un ami curieux. Tu ne te figures pas ce qu'il sait : une mémoire étourdissante, en causant avec lui tu lis l'histoire mondaine des dernières années de l'Empire et de la Restauration; pas une femme à la mode de cette époque dont tu ne parles sans qu'il te réponde en clignant de l'œil :
« Je l'ai connue... très belle..., très piquante..., etc. »
Mais tu vas pouvoir en juger toi-même, il est très étonnant, nous le ferons causer... D'abord, j'oubliais une chose, il faut au moins que vous vous connaissiez.
— Oh ! jG n'y liens pas.
— II le faut...
Et tout haut :
— Dites donc, le Jeune, vous ne connaissez pas nos amis?
— Pardon... j'ai le plaisir de connaître Laubat et de Versel.
— Mon cher duc, je vous présente mon ami, le baron d'Iîervey. — Mon cher Philippe, M. le duc de Gesvres.
Le vieux duc tendit la main au jeune homme en lui disant :
— Ah! cher monsieur d'Hcrvey, je suis enchanté de faire votre connaissance. — Mais votre père était un peu de mes amis. Il était dans l'infanterie, moi dans la marine. Un brave soldat, d'Hervey — tué à Blidah — n'est-ce pas?... Mais j'ai eu le plaisir de me trouver quelquefois avec votre charmante mère. Ah I nous sommes presque de vieux amis... Je suis bien content de me trouver avec vous.
— Vous êtes trop aimable, monsieur, fit Philippe, gêné.
— Mon cher Jeune, laissez-moi vous dire d'abord la raison de ce souper... On écouta.
— Mesdames, mon cher duc, c'est moi qui offre le souper, et je tiens à ce qu'on fasse grandement les choses. — Ces dames commanderont...
— On soupera mal, mais ce sera cher, fit le duc de Gesvres...
— C'est ce que je veux... Je dois mon gain à mon ami d'Hervey, c'est sa main qu'il m'a repassée ; il avait la guigne, et moi j'ai eu la veine... C'eût été de la cruauté d'empocher cet argent-là.
— Où étiez-vous donc?
— Au bal du ministère des affaires étrangères...
— On s'y est amusé ?
— On y crevait de chaleur et d'ennui... surtout Philippe, il avait là son guignard. Tiens, vous le connaissez peut-être?
Philippe prêta aussitôt l'oreille.
— Qui donc?
— Le comte de Sancy.
Le duc eut un mouvement, et, après avoir regardé les deux jeunes gens, il demanda :
— Est-ce que c'est sérieusement que vous me demandez cela?
— Mais certainement, mon cher, qu'y a-t-il donc?
— Je croyais que vous me faisiez une plaisanterie.
— Et pourquoi donc, monsieur le duc? demanda Philippe, vivement intrigué.
— Ah! vous ne savez pas cela... Mais il est un peu mon frère...
— Votre frère...
— C'est-à-dire que c'est là une erreur de jeunesse de mon père...
— Ah ! tu voulais des renseignements ? en voilà de précis...
— Je voulais seulement savoir s'il n'avait pas eu de relations avec ma
famille. Monsieur le duc, voici la chose en deux mots : Ace bal, je remarque un homme dont les regards étaient sans cesse fixés sur moi, vous savez ce que cela a d'agaçant, ça m'a taquiné, énervé... puis enfin je l'oubliais, et en cherchant l'explication je me demande si le comte, ayant connu mon père autrefois, ne me regardait pas curieusement ainsi lorsqu'on lui avait dit mon
nom.
— Mais certainement qu'il voue connaît... Mais il a eu des histoires avec
votre famille...
— Ah! mais tout s'explique î fit de Groissy. Philippe avait froncé les sourcils.
— Vous connaissez cet homme, cette histoire? Voulez-vous me conter cela, monsieur le duc?...
— Si vous voulez ; l'aventure est à la louange do M™^ d'Hervey, au reste... Mais, bah!... avez-vous besoin de savoir cela?... Vous avez déjà des préventions contre cet homme... et moi, mon Dieu ! je serais désespéré de lui nuire le moins du monde. Je sais que mon père lui a donné la plus grande partie de sa fortune, mais je ne le connais pas. Je l'ai vu une fois: nous ne nous sommes jamais parlé... et je désire en rester là de nos relations, vous le comprenezl
Philippe bouillait d'impatience, il voulait savoir ce qu'était cet homme et à quelle aventure sa mère avait été mêlée, il ne voulait point faire voir par quelle agitation il était secoué, il souriait, s'eff'orçait d'être calme et aff'ectnit de n'avoir pour l'histoire qu'il demandait qu'une curiosité banale, qu'avait provoquée seulement le nom de sa mère. Le souper se continua, on ne parla du comte de Sancy qu'incidemment. Le souper finissait, le Champagne coulait dans les coupes, les dames chantaient. Le duc, fatigué, s'était étendu sur le divan pour fumer un cigare, Philippe vint s'asseoir près de lui et lui dit :
— Monsieur le duc, vous m'avez très intrigué tout à l'heure en me parlant du comte de Sancy, d'une aff'aire de famille à laquelle il a été mêlé ; vous seriez l'homme le plus gracieux du monde si vous vouliez me conter ça.
— Oh! mais parfaitement. Nous pourrons causer pendant qu'ils crieront: tout à l'heure, ils vont valser...
— Ils s'amusent!... Ainsi le comte de Sancy est le bâtard de M. le duc de Gesvres.
— Oui, mon cher ami, ~ du moins, c'est la jeune comtesse Antonine de Sancy qui l'assura à mon père... fit le Petit-Jeune en riant cyniquement.
— Il se nomme véritablement le comte de Sancy?
— Oui, jusqu'à l'âge de vingt-trois ou vingt-quatre ans, il n'était connu dans le monde que sous le nom d'Antony. — C'est seulement à cette époque qu'il apprit qa'il avait été reconnu par sa mère, M'^^ Antonine, comtesse de Sancy qui, après ses couches, entra au couvent des Filles- de-Dieu. Son amant, mon père, surprix; avec elle par le père de la comtesse, avait ét6 obligé de se battre avec celui-ci. Le comte de Sancy avait été tué — et sa fille, une fois mère, s'était retirée dans un couvent, où elle est morte sous le nom
(le sœur Madeleine, laissant à son fils son nom et ses biens. — Mon pèn , paraîl-il, ajouta quelques biens à cette fortune.
— Très bien, je sais ce qu'esl l'homme ; mais cette aventure.
— Elle est un peu embarrassante à conter,., quoique, j-e vous le répète» toute honorable nour M'"" la baronne d'JIervey.
Philippe était devenu tout rouge, il avait cette douleur qu'un fils éprouve toujours à entendre parler de sa mère dans une histoire où d'autres hommes que le père pourraient être mêlés. Il insista, cependant, et le duc dit :
— M""* la baronne était fort belle, alors, c'était une beauté très remarquée dans les salons parisiens, citée pour son honnêteté, sa bonté. Un homme devint éperdument amoureux d'elle.
— Le comte de Sancy?...
— Oui... il se nommait alors Antony. M"^ d'Hervey vivait dans le même hôtel que vous habitez aujourd'hui, seule avec sa sœur. Le baron d'Hervey, alors colonçl, était en garnison à Strasbourg. Or, il arriva ceci : que ce M. Antony, tourmentant sans cesse votre mère, toujours repoussé, voyant qu'il ne pouvait réussir près d'elle, essaya d'obtenir par la force ce qu'il ne pouvait obtenir par la faiblesse.
— Ohl mon Dieu! le misérable... Cet homme.
— Voyez, j'ai eu tort... de vous raconter ça...
— Monsieur le duc, je vous en supplie au contraire, songez qu'il est nécessaire que je connaisse cette histoire; une allusion pourrait être faite devant moi, sans que j'y comprisse rien, et comment qualifierait-on ma conduite si je ne pouvais relever une calomnie?
— Mon cher ami, je ne demande qu'à vous être agréable. Cette histoire est à la louange de votre mère, et le rôle de M. de Sancy est déplorable; cela m'importe peu, je ne me soucie guère de ce frère... de canapé.
— Vous disiez que, repoussé par la baronne d'Hervey ?...
— Une nuit, il s'introduisit chez elle... Votre mère, épouvantée, appela au secours... On accourut. Le misérable, dites-vous, moi, je dis le fou, perdant tout à fait la raison, voulut obtenir par la force ce qu'elle refusait. Votre mère se défendit et il la frappa d'un stylet...
— Mais c'est un monstre, une brute... Oh! oh!
Et le malheureux garçon, écrasé par la stupide révélation du duc, prenait sa tête entre les mains comme s'il craignait qu'elle n'éclatât... Les mots sortaient de sa bouche incohérents, il disait :
— Ma mère... outragée... cet homme vit... Oh! oh!
Et, étouffant, il jeta un cri et essaya d'arracher sa cravate ; il tomba en arrière. Le duc s'écria :
— Mais voyez donc, mes boi>s... il s'évanouit comme une jeune fille... Mesdames...
Tout le monde se précipita au secours de Philippe, qui venait de perdre connaissance.
208 LE FILS D'ANTOiNY.
■ Mais sa défaillance ne fut pas de longue durée, et en se retrouvant débraillé, étendu sur le divan, entouré de femmes qui s'empressaient autour de lui ; en voyant ses amis qui le regardaient avec inquiétude, il cherchait vainement à s'expliquer ce qui venait de se passer. Ce n'est qu'en apercevant le duc de Gesvres, qui, accoté sur l'appui de la fenêtre ouverte, fumait un cigare, qu'il se souvint de ce qu'il venait d'apprendre.
Il était tout honteux de sa faiblesse; un autre homme, au contraire, aurait bondi ; lui, il n'avait eu qu'une défaillance. C'est que Philippe, élevé par les femmes, par sa mère et sa tante, avait un peu de leur tempérament; nous l'avons vu, sans raison, nerveux et surexcité; au bal, nous l'avons vu s'emportant sans motif, et là, ayant une syncope à la seule idée de la tentative commise contre sa mère.
C'était là le premier mouvement de sa nature qui tenait tant à son éducation féminine, mais aussitôt son caractère reprenait le dessus, il était calme, brave et résolu. .
Nous disons qu'il avait honte de sa faiblesse, aussi ne s'occupa-t-il, en reprenant connaissance, que de lui trouver une explication raisonnable.
— Mesdames, messieurs, excusez-moi, j'ai été indisposé toute la journée; tu as vu, de Croissy, l'état dans lequel j'étais à ce bal, la chaleur, le bruit) tout cela a aidé àhâter la crise...Excusez-moi,monsieurleduc, jevous en prie.
— Mais, monsieur d'Hervey, vcus n'avez pas besoin de vous excuser, j'avoue que j'étais un peu surpris, et j'ai craint que mon histoire ne fût cause de votre indisposition.,.
— Oh! pas du tout, dit le jeune homme tremblant de colère... non, la chaleur de ce petit salon, la fatigue...
— Etes-vous sujet souvent à ces crises?...
— Oui, monsieur le duc..., à la suite de tourments, de contrariété... Mais, je vous en prie, ne pensons plus à cela... Mesdames, à table.
— Oui, oui, il fait soif.
On monta du Champagne et le souper recommença.
Le jour naissait lorsque le Petit-Jeune emmena une des dames. Les deux autres prirent pour cavaliers de Versel et de Laubat. De Croissy dit à Philippe :
— Partons-nous à pied ? Nous demeurons dans le même quartier.
— Je veux bien te reconduire, mais je ne rentre pas chez moi.
— Ah bah!... tu vas tout à fait bien...
— Conduis -moi toujours, c'est près de chez toi... Je vais rue Byron...
— Rue Byron!... Comment, te voilà repris par Martingale.
— PeiTt-êtrG...Elle m'amuse toujours, Alice, et je vais chez elle lorsque je suis triste...
— Eh bien ! partons.
Les deux jeunes gens allumèrent un cigare et remontèrent les boulevards dans la direction des Champs-Elysées.
Duel faial au comte de Sancy. (Page 212.)