SCÈNE II
HÉLÈNE, CHARLES, tenant à la main une sonnette qu'il jette en entrant , LORD PENRUDDOCK.
CHARLES, entrant par la porte du fond.
Ma foi, l'on est sourd a l'auberge de l'Ours- Noir...
LORD PENRUDDOCK
0 ciel!... qu'ai-je vu?
CHARLES
Lord Penruddock, notre fidèle !... et la jolie
personne que j'ai aperçue hier au château de
Terringham... cette jeune fille qui a de si beaux
yeux. .
HÉLÈNE, a part.
Ce gentilhomme qui a l'air si étourdi !
LORD PENRUDDOCK
Ma nièce, que je vous présente... lady Hélène, dont le père, lord Newport...
CHARLES
Je sais... je sais... une famille toute dévouée à Stuart, et je suis presque de votre famille...
HÉLÈNE
Comment?...
CHARLES
Oui M'aiment, pour me soustraire aux recherches de ces enragés tètes-rondes... l'on m'a fait passer hier pour le frère de cette belle enfant... LORD PENRUDDOCK.
Ali ! quel honneur pour nous 1... pour vous , ma nièce...
HÉLÈNE, a part.
C'est tout au plus !...
CHARLES
Et mon compagnon de voyage, me prenant pour ici, m'accablait de soins et de prévenances... ne me parlait que de ma sœur... Et, au milieu de la nuit et de notre conversation, notre voiture s'est brisée à vingt pas de l'Ours-Noir, où nous
avons demandé asile, pendant que noire escorte, (Riant.) car nous en avions une, a continué sa route pour poursuivre Charles Stuart...
On le croit donc en Angleterre ?
CHARLES
Oui , milady, où il vient, dit-on, reconquérir son royaume.
LORD PENRUDDOCK
Ce qui ne peut tarder, car tout se dispose pour sa glorieuse restauration ! L'Angleterre est impatiente et avidede son roi... le peuple est pour lui.
CHAULES.
C'est ce que tout le monde m'a dit... et cela ne in 'étonne pas !... Depuis que le royaume gémit sous le joug presbytérien... des mœurs austères > des prêches , des sermons!... c'est à périr d'ennui !... et Cromwel a tué plus de monde par le spleen... qu'autrement.
LORD PENRUDDOCK
Aussi le peuple est pour Stuart... il ne s'en cache pas... il le proclame hautement... et tenez... tenez... entendez-vous au dehors ces cris de vive Stuart?
(On crie au dehors : vive Richard !) HÉLÈNE.
C'est singulier... il me semble entendre vive Richard...
LORD PENRUDDOCK
Quelque groupe isolé... de la populace... mais nous avons ce qu'il y a de mieux, le cœur de la nation... Les salons sont pour nous... C'est là, parmi les dames et la haute noblesse, que l'on vante le courage, l'amabilité, les vertusdu roi... HÉLÈNE , secouant la tête.
Ses vertus...
LORD PENRUDDOCK
Oui, ma nièce... unroi légitime les a toutes.
CHARLES , gaîment.
Bonne maxime en droit... mais ne discutons pas le fait... vous me feriez rougir, milord, pour le roi Charles.
HÉLÈNE
D'autant que mon oncle lui-même...
LORD PENRUDDOCK
Ma nièce !...
HÉLÈNE
Nous a répété souvent qu'il était 1res léger,
très indiscret, confiant à tout le monde ses pro-
jels et ses espérances, et suitout très mauvais
sujet...
LORD PENRUDDOCK, vivement.
Ce n'est pas vrai, sire, ce n'est pas vrai !...
HÉLÈNE, étonnée.
Le roi !... grand Dieu !...
CHARLES , souriant.
Lui-même, milady, qui, en voyant tant de grâce cl de beauté , se félicite presque de ne plus être votre frère.
Votre majesté voit bien que mon oncle avait un peu raison.
LORD penruddock, vivement.
Je ne l'ai pas dit, sire, je ne l'ai pas dit ; je suis trop bon royaliste pour cela... Tout le monde vous l'attestera, à commencer par les belles et nobles dames qui sont ici.
CHARLES
Je le sais... et avant de rejoindre mon compagnon de voyage , qui m'attend pour déjeûner, conduisez -moi vers elles ; je croyais ne les voir aujourd'hui qu'à Londres : la rencontre va les surprendre.
LORD PENRUDDOCK, à demi-voix.
Autant que les enchanter... car il y a degrands projets que je ne connais pas...
CHARLES , à demi-voix.
El que je connais... Celui de renverser Richard ou de s'en défaire.
HÉLÈNE, à part.
Ociel!...
CHARLES
Adieu , milady, à bientôt... Je chargerai le roi de justifier auprès de vous Charles Stuart.
(Il sort.)
HELENE , seule.
Renverser Richard, ont-ils dit... ou s'en défaire... Menacer son pouvoir ou ses jours... et pourjamais séparés , je ne peux veiller sur lui... Fasse le ciel qu'il soit loin d'eux et à l'abri du danger !... Ah I...
(Elle aperçoit Richard (
porte à gauche
HELE.NE, .1 droiie, RICHARD, sortant de la poite à gauche avec uu officier.
RICHARD
Vous dites donc , Sydenham , que la troisième division , que j'ai commandée autrefois, est cantonnée à une lieue d'ici.
SYDENHAM
Oui, milord, prête à se rendre à Londres.
RICHARD
Je veux les voir auparavant... Depuis long-temps, ceux-là me sont dévoués. Disposez leurs bataillons dans la plaine qui s'étend sous ces fenêtres , el prévenez le général Monck de venir me rejoindre dans cette auberge... je l'attendrai pour les passer