ACTE IV, SCENE V
en revue... Allez !... (Sydenham sort par la porte ù gauche; Richard fait quelques pas et aperçoit Hélène qui se tient à l'écart.) Lady Hélène !... HÉLÈNE, s'avançant vers lui.
Richard !...
RICHARD
Ah !... vous savez qui je suis... vous me connaissez... (Avec émotion.) C'est juste!... Monck a dû tout vous dire 1... Vous devez avoir sa confiance, ayant son amour... et, tout en enviant son sort... je ne puis que l'en trouver digne : c'est un fidèle et loyal soldat, ami de mon père et le mien... Et puis... quelque cruelle quelle fût, j'ai apprécié votre franchise... vous m'avez avoué toute la vérité quand j'étais monsieur Clark... quand je n'étais rien... que votre ami !
HÉLÈNE, à part.
0 ciel... Et maintenant qu'il règne, plus que jamais il faut me taire !...
RICHARD
Et croyez bien , lady Hélène , que Richard Cromwell, dans ce rang suprême qu'on lui a imposé, n'oubliera ni le sort ni les amis qu'il avait choisis... Je vous ai du les jours, je devrais dire les rêves les plus heureux de ma vie... ne vous étonnez donc pas de ma reconnaissance, et ne craignez pas de la mettre a l'épreuve... Hier, déjà, chez lady Terri n g h a m, où, comme autrefois, mes pas s'étaient dirigés presque malgré moi... chez lady Terringham, où j'allais vous chercher... j'ai élé heureux de sauver une personne qui vous est chère; une personne que mes nouveaux devoirs, peut-être, me défendaient de protéger... ou plutôt, je me trompe, ce n'était plus pour moi un ennemi... c'était votre frère... c'était le mien !...
HÉLÈNE
Ah! que de générosité !.. Préserver du danger... celui qui, dans ce moment et ici même...
RICHARD
Vous l'avez vu? vous l'avez embrassé?...
HÉLÈNE
Oui, milord ! (A part.) Et moi aussi qui suis obligée de le tromper .. (Haut.) Et, maintenant, j'ai encore une grâce à vous demander...
RICHARD
Parlez...
HÉLÈNE
Ne restez pas en ces lieux...
Craignez-vous'pour votre frère?...
HÉLÈNE
Oui... et pour vous aussi.
RICHARD
Et pourquoi?...
HÉLÈNE
Je ne sais... je ne puis vous dire... mais j'ai comme un pressentiment qui me fait trembler pour vous. . .
RICHARD
Et qui peut m'en vouloir ?... Le rang où je suis, je ne l'ai pas demandé... on me l'a offert... Ah I c'était autrefois, et non pas maintenant, qu'il fallait me porter envie !... Vivre, non plus pour soi, mais pour ceux qu'on est appelé à gouverner... s'occuper, non plus de son bonheur, mais de celui des autres... veiller au maintien des lois, à la gloire du pays, et pour la liberté de tous, enchaîner la sienne... voilà comme j'entends le pouvoir... Qui le veut à ce prix peut venir me l'ôter... je l'en remercierai peut-être.
HÉLÈNE
Ah ! la haine ne raisonne pas!... Ils ignorent combien vous êtes bon, combien vous êtes juste ; et vos ennemis...
RICHARD
Je n'en ai pas! Les partisans de Stuart, les plus grands seigneurs du royaume, sont tous venus me prêter serment de fidélité... Qui pourrait me trahir?... Je n'ai jamais trahi personne... et, grâce au ciel, j'ai là assez d'honneur, pour croire à celui des autres I
Et c'est justement voire confiance qui m'effraie...