‹ Le fils de Cromwell;Chapitre 60 sur 62 · SCÈNE VI II · texte numérisé non relu

SCÈNE VI II

RICHARD, HÉLÈNE, toujours teuil ; elle vient de reprendre avec surprise, autour d'elle.

HÉLÈNE Où suis-je?

RICHARD

Près de celui que vous venez de sauver ! HÉLÈNE, avec émotion.

Ah ! pouvais-je faire autrement?.. Cet Ephraïm qui en secret... vient me demander, si réellemen !e lord protecteur m'a rendu tous mes biens?.... car ces biens devaient payer sa trahison !.. Sans réfléchir, je suis accourue... et près de Iran chir ce palais, j'hésitais, effrayée moi-même de ma démarche... Mais!... ce palais était celui deWitte- Hall, où vous-même, autrefois, vous aviez sauvé ma mèrel

RICHARD

Ainsi, même le jour où vous refusiez ma tendresse et ma main... vous saviez qui j'étais!

HÉLÈNE

Oui, Richard !...

RICHARD

Et moi, qui vous aimais !... moi qui voulais vous consacrer ma vie... vous m'avez repoussé!...

Pour que vous fussiez roi ! pour que vous fussiez heureux !

RICHARD

Heureux! Ah! qu'avez-vous fait? et quelle était votre erreur ? Regardez ce palais, interrogez ces voûtes et demandez-leur de combiendedeuilsellesont été témoins? De combien de sanglots et de royales douleurs elles ont retenti !.. J'étais bien jeune encore , lorsque le long de ces parvis , à travers des gardes et une foule silencieuse , je vis passer un homme vêtu de noir... et les soldats le regardaient avec indignation et l'insultaient, et l'on criait autour de lui : Exécution!... Justice!. . Justice!... Et un de ceux qui étaient là lui cracha au visage!!! Je demandai quel était cet homme ; on me dit : C'est un roi !.. un rr,i qui se rendait devant ses juges, ou plutôt qui marchait au supplice!!! Plus tard, je vis les dalles de ce palais foulées par un soldat devant qui tremblait l'Angleterre, et qui, sous ces voûtes sombres, tressa lait, au bruit seul de ses pas!.. Je l'ai vu pass ses jours sans joie et ses nuits sans sommeil ! Saisissant ma main, il s'écriait: a Réveille-toi?.. «Ils viennent... ils viennent... les entends-tu?.. «Voici les assassins!., les voici !..» Non, ce n'étaienl pas eux qui l'avaient éveillé en sursaut et fait sortir de sa couche, c'était un fantôme sanglant portant une couronne brisée , et me serrant dans ses bras, moi, enfant!.. Il me disait : Défends-moi donc?., repousse -le?.. Et je le sentais haletant, couvert de sueur... et les cheveux hérissés... Ce soldat, cet homme... c'était un roi!., c'était mon père !ll Et voilà l'héritage que vous m'avez souhaité pour que je fusse heureux!.. Mi ! l'on peut accepter le pouvoir, quand on a renoncé d'avance à l'amitié, à l'amour, à tous les biens de la vie!. . Mais quand ils vous sont rendus , quand on est aimé, quand on peut, prés de son amie cl de sa

femme, goûter les charmes de la retraite et de la famille, le calme des champs, l'étude, le bonheur la liberté 1.. comment rester plus long-temps esclave? comment ne pas briser ses fers?.. (Avec joie.) El je l'ai fait!

HÉLÈNE

Vous!.. O ciel!.. Et vos jours que leur vengeance poursuivra jusque dans la retraite.. . RICHARD.

Rassurez-vous... Ou peut craindre les droits ou l'ambition du prétendant qui n'est jamais arrivé au pouvoir; mais on croit à sa franchise , quand il a tenu le sceptre, quand il pouvait le garder et qu'il le brise de lui-même et sans regrets... Libre ! je suis libre... Grandeurs et puissances , je vous rends voschaines dorées, vos flatteurs et vos courtisans!.. Je vous rends leurs bassesses et leurs lâchetés, leur ingratitude et leur trahison... Je n'ai plus rien à vous, reprenez-les?., et rendez-moi ma joie, mes plaisirs, ma confiance et mes amis?...

LAMBERT, entrant par le fond, RÉGINE, RI- CHARD, HÉLÈNE, SYDENHAM, qui est entré derrière Lambert.

LADY RÉGINE

Ah ! qu'ai-je vu? Hélène et Richard!

RICHARD

Non ! plus Richard, mais Clark, votre ami. (Ii prend des mains de Sydenham le papier que celui-ci lui présente.)

LADY RÉGINE

Que nous venons arracher à sa perle.

LAMBERT

Savez-vous ce qui se passe? Ils disent tous que vous avez abdiqué... et à ce seul bruit, Monck, qui venait de tirer sur les siens et de disperser ses partisans, Monck, dont les espérances sont à jamais détruites, fait, dans les rues de Londres, proclamer par ses soldats Charles II, roi d'Angleterre !

LADY RÉGINE

Quoi ! c'est Charles qui l'emporte !

RICHARD, qui, pendant ce temps, a lu le billet que lui a remis Sydenham.

Oui , mais c'est par vous, milady, par votre dévoùment qu il croit l'avoir emporté ! Je lui ai écrit que vos conseils et voire amitié m'avaient décidé à celle abdication !

LAMBERT

Dont je ne serai pas témoin , dùssé-je faire sauter, avec le palais de W'itte-Hall , Monck, Stuart et toute sa cour!

RICHARD

Garde-t-en bien... Tu y perdrais irop ! dans cet acte signé de la main de Smart ; il m'offre, après

Page 1