SCÈNE PREMIÈRE
LE MARQUIS, achevant de déjeuAer sur le guéridon; DUBOIS, la serviette sur le bras, tient à la main une bouteille de xérès,
LE UARQUIS.
Je crois que Tappétit est tout à fait revenu.
DUBOI
Oui, monsieur le marquis, et il est revenu de loin. Qui dirait, à vous voir, que vous sortez de maladie! Vous avez un visage de nouveau marié.
LE MARQUIS
Tu trouves?
DUBOIS
Et je ne suis pas le seul. Toutes les commères du quartier me disent : c Monsieur Dubois, cet homme-là... (sauf voi-rg
respect, monsieur le marquis!) cet homme-là se remariera, et plus tôt que plus tard. Il a du conjungo dans l'œil. »
LE MARQUIS
Ahl elles disent cela, les commères?
DUBOIS
Elles n'ont peut-être pas tort.
LE UARQUIS.
Apprenez, monsieur Dubois, que, quand on a eu le malheur de perdre un ange comme la marquise d'Auberive, on n'a p&s la moindre envie d'en épouser un second. — Verse -moi à boire.
DUBOIS, lai Tenant.
Je comprends cela ; mais monsieur le marquis n'a pas a'ôéritier, c'est bien pénible.
LE MARQUIS
Et qui te dit que j'en aurais?
DUBOIS
Oh! j'en su\s bien sûr.
LE MARQUIS
L'entendez-y ous comme Corvisart?
DUBOIS
Corvisart?
LE MARQUIS
/ Je ne me soucie pas d'être père in partibus infidelium; \ c'est pourquoi veuf je suis et veuf je resterai : vous pouvez en faire part aux commères.
DUBOIS
Mais votre nom, monsieur le marquis I Cet antique nom d'Auberive, le laisserez- vous s'éteindre? Permettez à un vieux serviteur d'en être navré.
LE MARQUIS
Que diable I mon bon ami, ne soyez pas plus royaliste que le roi.