ACTE DIUXIÈMB
LE COMTE
Xa! Taveu de vos parents, mais je ne veux vous tenir que de vous-même. C'est là, je crois, un sentiment que vous ne sauriez désapprouver.
FERNANDE
n est à la fois délicat et prudent; car je ne suis pas de celles qu'on marie sans les consulter. Nous ne nous connaissons ni Tun ni Pautre, monsieur; pour faire connaissance,, voulez -vous que nous nous pariions avec une entière fran-^ chise?
Bien volontiers, mademoiselle; la franchise est ma principale..^ qualité.
FERNANDE
Tant mieux! C'est celle que j'estime par-dessus toutes. Eh ien, pourquoi voulez-vous m'épouser?
LE COMTE
Mais parce que je n'ai pu vous voir sans...
FERNANDE
Pardon! vous oubliez déjà notre traité. Nous nous sommes vus trois fois, nous avons échangé trois mots, et je n'ai pas la vanité de croire que cela ait suffi à vous tourner la tôte.
LE COMTE
Vous ne vous rendez pas justice, mademoiselle.
FERNANDE
Que les hommes ont de peine à être sincères 1 Xajouterai, pour vous mettre à votre aise, que, si vous m'épousiez par amour, je croirais de ma loyauté de vous refuser, car il y aurait entre nous une inégalité de sentiments qui ferait votre malhear, pour peu que vous ayez de délicatesse dans l'âme.
LE COMTE
Alors... S'il n'y a pas précisément chez moi ce qu'en langage
mondain on appelle de l'amour, croyez bien qu'il y a du moins tous les sentiments que l'époux doit à l'épouse.
FERNANDE
A. la bonne heure I mais ces sentiments-là ne sont pas assez violents pour pousser un gentilhomme à une mésalliance. Vous avez donc un motif particulier. Je ne doute pas qu'il ne soit parfaitement honorable, et, si je tiens à le connaître, c'est uniquement pour ne pas laisser l'ombre d'une arrière-pensée dans l'esiime que je veux faire de mon mari. -— Vous hésitez à repondre?
LE COMTE
Non, mademoiselle. Je vous épouse par déférence aux désirs de mon cousin... déférence qui m'est bien douce, je vous assure.
FERNANDE
J'aurais dû le deviner : du moment qu'il ne s'oppose pas à cette mésalliance, c'est qu'il l'ordonne!
LE COMTE
n a pour VOUS une affection...
FERNANDE
Il est seul au monde; je suis sa pupille, et son cœur se rattache à ce lien, si faible qu'il soit. Allez, monsieur le comte, allez lui annoncer qu'il sera fait comme il le désire.
LE COMTE
Que de reconnaissance, mademoiselle!
FERNANDE
Vous ne m'en devez pas, monsieur; j'accepte un nom honorable, honorablentent offert... et je vous promets de le porter dignement.
Et moi, de mon côté, je vous assure que malgré... Mais vous avez raison, je vais réjouir mon cousin de cette heureuse nouvelle, (mort)