‹ Le fils de Monte-CristoChapitre 14 sur 84 · LES FAUTES NE REMONTENT PAS · texte numérisé non relu

LES FAUTES NE REMONTENT PAS

Monte-Cristo n'était pas seul. A côté de lui était un enfant de six ans environ.

Déjà nous l'avons vu à la représentation de la Scala.

Bien proportionné pour son âge ^le front très bombé — le regard noir — lea cheveux noirs rejetés en arrière — le fils de Monte-Cristo apparaissait comme limage vivante de l'enfance ardente et généreuse.

Les yeux avaient cette teinte d'un bleu profond qui, chez les femmes, donne -à qui y plonge son regard, une étrange idée de l'inlini.

Debout, auprès de son père, il regardait.

La Luciola, par un élan charmant, s'était avancée vers lui, lui tendant les bras :

— Oh! le bel enfant! s'était-elle écriée. Puis, tout à coup, elle s'était arrêtée,

contemplant Monte-Cristo et peut-être se demandant si celui qui venait de prononcer son nom lui permettait d'embrasser son fils.

Mais le comte avait doucement poussé l'enfant vers elle, et avec une émolioa dans laquelle il y avait comme une sorte de respect, elle avait posé ses lèvres sur ses cheveux.

— Ainsi, demanda-t-elle d'une voix qui tremblait un peu, vou» m'aviez reconnue?...

— Je n'oublie jamais, dit le comte.

Depuis le jour où vous avez quitté Paris, je n'ai jamais cessé de savoir où vous étiez et ce que vous faisiez... Le nom que vous portez me fait votre débiteur...

— Mon débiteur! que voulez-vous dire?...

— OJi il y a ïh des secrets que vous ne connaîtrez jamais... n ne m'appartient pas de vous révéler un passé terrible... Mais si je dis que j'ai contracté une dette envers vous, c'est (jue je suis l'instrument dont Dieu s'est servi pour punir les coupables.

— C'est de mon père... c'est de ma mère que vous parlez...

— Oui, mon enfant.

— Alors, je vous eu supplie, répondezmoi... je sais que mou père est vivant...

Ici elle baissa les yeux et s'arrêta.

Monte-Cristo comprit : il adressa un signe à Haydée, qui sortit avec l'enfant.

— Vous me dites que vous savez votre père vivant?

— Oui, monsieur le comte. J'ai appris par hasard qu'il était en Allemagne, où il s'occupe do nouveau.

— D'affaires de banque, interrompit le comte avec un lége,r sourire.

— C'est bien cela. Mais ma mère, ma pauvre mère... depuis que je l'ai quittée, je me suis bien souvent demandé si je n'avais pas commis une grande faute...

presque un crime I... Depuis lors, qu'estelle devenue?... Je sais qu'elle a quitté subitement Paris, mais il m'a été impossible de retrouver sa trace...

Monte-Cristo garda un instant le silence. Puis prenant la maia de la jeuue fille:

— Votre mère vit, lui dit-il tristement. Mais qui sait si voua la reverrez jamais I...

— Elle vit ! Ah ! merci !... Certes, autrefois, quoique habitant l'une auprès de l'autre, nous vivions presque séparées... et les exigences du monde l'éloignaient de moi... mais ai-je bien moi-même rempli à son égard les devoirs qui m'étaient imposés?... Non, je le sais, et je m'en accuse.

Mais pourquoi me dites-vous que jamais peut-être je ne la reverrai...

— Ecoutez-moi, mon enfant. Et soyez prête à éprouver une grande douleur...

— Expliquez-vous ?..,

—, Avez-vous reconnu l'homme qui se fait appeler le comte de San Pietro...

— -■ Reconnu 1 dites-vous... Non... j'éprouve, il est vrai, une invincible anti-

pathie pour ce misérable qui mérite le mépris des honnêtes gens...

— Il est vrai que sa blessure l'a étrangement défiguré.., et cependant comment Eugénie Danglars n'a-t-elle pas deviné en lui l'homme qui a osé aspirer à sa main...

— Le vicomte Gavalcantil s'écria la Luciola.

— Oui... ou plutôt Benedetto, le forçat... l'assassin...

— C'était lui 1 fit la jeune fille pensive. Oui, maintenant je m'étonne moi-même de ne l'avoir point plutôt reconnu... mais autrefois déjà , il m'inspirait une telle aversion que je l'avais à peine regardé... Mais pourquoi me parlez-vous de lui; quand, moi, je vous parle de ma mèrel...

— C'est que le misérable Benedetto...

pour arracher à sa... à votre mère ses dernières ressources, un million qui lui restait..

— Ehbienl...

— N'a pas hésité devant un nouveau forfait... et a frappé la pauvre femme d'un coup de poignard...

— Lui! lui! Oh! l'infâme!... ma mère assassinée par lui!... Mais vous m'avez affirmé quelle était vivante.

— Et je vous ai dit 1a vérité. Le Uiose assassin avait visé au cœur, mais Dieu n'a pas voulu que le crime s'accomplit jusqu'au bout... après plusieurs mois de souffrances, la pauvre femme a vécu.

— Oh! je vous en prie! où est-elle?... J'irai à elle, je rre jetterai à ses genoux... je tenterai de mettre dans son existence douloureuse un rayon de soleil...

— Allons I vous êtes une bonne et noble enfant!... mais aujourd'hui ce dessein est irréalisable...

— Mais pourquoi? pourquoi?...

— Votre mère était décidée à s'enfermer dans un couvent de l'Asie-Mineure... Des hommes qui n'ont de la religion que le masque exploitaient son désespoir, et devaient s'approprier les sommes qui lui restaient et qui, je vous l'ai dit, lui ont été enlevées par l'infâme Benedetto... Réduite au désespoir, à la misèi"e, elle serait morte désespéi'ée, quand le hasard — la Providence — vint à son aide. Vous n'avez pas oublié sans doute Valentine de Villefort...

— Non ! non I bien que je fuss3 très frivole et que Valentine se montrât au contraire sérieuse et réservée, cejjeudant je ne pouvais me défendi'e d'une vive sympathie pour* elle. «

— Valentine s'appelle aujourd'hui M°" Morrel. Des circonstances qu'il ne

m'appartient pas devons révéler l'ont décidée àquitter l'Europe avec son mari... Il y a deux ans qu'elle est partie pour les Indes... et comme elle a un jeune enfant, une fille, on a prié M°" Danglars d'accepter le titre et la mission de gouver- Dante et d'éducatrice.

— Oh I pauvre mère I fit la Luciola en portant sa main à ses yeux. Plus que toute autre peut-être, elle a dû souffrir d'être réduite à cette nécessité...

— L'adversité est un terrible maître, mon enfant. Votre mère n'est plus la femme que vous avez connue... elle a accepté avec joie, et sa reconnaissance pour Valenline Moi rel n'a d'égale que son affection pour Ba fille.

— Et elle est partie pour ces pays lointains?...

— Depuis plus de trois anal

— Mais, du moins, vous pouvez me dire exactement où elle se trouve... je veux lui écrire, la consoler, lui jurer, lui dire que je ne l'ai pas oubliée...

— En ce moment j'ignore absolument la résidence de Morrel... Aux dernières nouvelles, qui remontent à plus de six mois, il s'enfonçait dans le Pendjab. Je ne puis vous dire rien de plus.

— Ce silence ne durera pas !

— Je l'espère, ayez confiance !...

A ce moment on entendit un bruit singulier; c'était comme l'écho d'un timbre voilé qui semblait venir de quelque profondeur souterraine.

Monte-Cristo se leva et s'adressant à la Luciola :

— Mon enfant, lui dit-il de cette voix sonore et pleine qui savait se frayer un chemin jusqu'au cœur de ceux qui l'écoutaient, je suis heureux — et bien heureux

de vous avoir entendue... Si dans votre passé il y a des imprudences, des égoïsines, des colères, aujourd'hui vous êtes digne de toute estime... vous êtes digne de l'amour d'un honnête homme...

— De l'amour de d'Aslitta!... Ahl que ne ferais-je pas pour le mériter!... mais hélas ! voyez, tous les souvenirs évoqués soudainement m'ont fait oublier la question qui était sur mes lèvres... Où est d'Aslitta?

Monte-Cristo secoua tristement la tète :

— Le marquis d'Aslitta a été arrêté il y a deux heures...

— .\rrêtél... luil... mais c'est la mortl... Ah! je veux courir... et mourir avec

lui.

— .Malt;ré tous vos efforts, vous ne pourriez parvenir jusqu'à lui...

— Mais où est-il ? Où l'a-t-on entraîné?

— A la citadelle!...

En entendant ce mot redouté, la Luciola frissonna.

— Ils le tortureront! ils le tueronti Ah 1 comte, vous qui êtes tout-puissant, sauvez-le 1 je vous en conjure I tenez ! je tombe à vos genoux?... Vous ne savez donc pas que d'Aslitta, c'est toute ma vie, tout mon avenir, toute ma pensée! j« l'aime, entendez-vous, je l'aime I...

Et la pauvre fille sanglotait en se tordant les mains...

— Mais qui donc l'a vendu, l'a trahi!... s'écria-t-il tout à coup.

— Ne l'avez-vous pas deviné!...

— Quoi! lui! toujours luil Ce San Pietro, ce Benedetto maudit !...

— Vous l'avez dit...

Le comte releva doucement la Luciola.

— En ce moment, lui dit-il, il va se jouer à Milan un de ces drames dont Dieu seul connaît le dénouement... Cependant vous avez fait appel à moi... et je vous dis, moi!... nous défendrons, nous sauverons d'Aslitta!...

— Ahl je vous crois... j'ai foi en vous...

— Mais pour cette œuvre de salut...

j'ai besoin de vous...

— De moi! Ohl... commandez, exigez!... je suis prête à tout...

— Songez-y bien : l'œuvre est difficile et exigera des dévouements absolus...

— Quelle que soit ma tâche , je l'accomplirai... pour lui! Ohl... qu'on prenne mon sang... mais qu'il vive 1 (}u'il vive!...

Monte-Cristo alla vers la porte par laquelle Haydée et l'enfant étaient sortis. Il l'ouvrit :

— Espérance! appela-t-il.

Son fils parut.

— Enfant, lui dit-il, viens avec nous... Dès aujourd'hui, tu vas entrer dans la vie, tu vas apprendre ce que sont le courage et le dévouement. Et si ton père a quelquefois failli, tu vas savoir comment on répare ses fautes.

Il frappa sur un timbre :

Ali parut.

— 'fous sont arrivés? demanda-t-il.

Ali inclina la tète.

— Tu sais ce ((uo je t'ai dit, à la moindre alerte, tu agiras!

Ali eut un geste d'énergique affirmation.

— Venez, Luciola, dit Monte-Cristo à la

jeune fille, et pour me suivre, appuyezvous sur Espérance I

Il souleva une portière et s'engagea dans un escalier dont les tapis amortissaient le bruit des pas.

La Luciola et Espérance le suivaient.

t£S CONJURÉB

Monte-Cristo ouvrit une large porte et entra dans une salle, où une centaine d'hommes se trouvaient déjà réunis.

Tous se levèrent, respectueux, tête nue.

Puis soudain une exclamation partit de toutes les poitrines :

— Vive l'Italie I...

Le comte alla droit à un vieillard, dont le front était couvert de cheveux blancs qui lui faisaient comme une auréole. C'était le marquis de Santa- Croce, l'ardent défenseur de l'indépendance.

Les deux hommes s'embrassèrent, puis Monte-Cristo conduisit le vieillard vers un fauteuil où il le contraignit doucement de prendre place.

Pendant ce temps, la Luciola, reconnue, était entourée de patriotes qui la saluaient.

ij Monte-Cristo, levant la main, réclama le silence qui se rétablit aussitôt.

La salle où se tenait cette réunion mystérieuse était vaste : des colonnes supportaient le plafond, et des lampes, suspendues aux pilastres, jetaient sur les visages pâles et énergiques leurs reflets brillants.

Ces hommes, venus à l'appel du comte, appartenaient à toutes les classes de la société : étudiants, artisans, nobles, ou- Triers, tous se trouvaient confondus, unis par une commune volonté de sacrifice et de dévouement.

Le marquis de Santa-Groce prit la parole :

— Amis, dit-il, ce soir a été donné le signal attendu depuis si longtemps. Pour la première fois, depuis longues années, le cri national a retenti à travers les rues de notre chère cité. Etes-vous prêts à combattre et à défendre le drapeau juaou'à la mort...

— Oui! Ouil Dehors les barbares I crièrent toutes les voix.

^ Monsieur de Monte-Cristo, continua Is vieillard, dites maintenant ce que vous savez.

Le comte, ayant répondu d'un salut,

prit dans la poche de son vêtement un papier qu'il déplia : -<

— A l'heure qui sonne, dit-il, Radetsky reçoit de Vienne la nouvelle qu'une révolution s'est accomplie... à l'heure qui sonne, le vice-roi s'enfuit de Milan...

Il y eut un mouvement de surprise profonde, presque d'incrédulité.

— Mes courriers, continua le comte, ont devancé ceux de l'Empereur, et je sais ce que nul ici ne sait enco»e... L'empereur a plié devant l'émeute, et il a signé des décrets qui contiennent d'importantes concessions...

— Pas de concession! cria une voix.

La Liberté!...

— Attendez! fit simplement Monte- Cristo. L'empereur a ordonné l'abolition de la censure, la publication de la loi sur la Presse, ainsi que la convocation des Etats des royaumes Allemands et des congrégations centrales du royaume Lombardo-Vénitien...

Des exclamations partirent de toutes parts. L'étonnement était général. Quoi ! était-il vrai que l'oppresseur se fût enfin lassé. La convocation des états, c'était l'ouverture de toutes les revendications.

— Comment! la convocation... immédiate?... *

Sur un signe de Monte-Cristo, le marquis de Santa-Croce se leva :

— Cette réunion des états, dit-il, d'une voix grave, aura lieu, au plus tard, dans quatre mois, le 3 juillet prochain.

Un cri formidable de colère répondit à cette déclaration, qui prouvait l'inanité des promesses arrachées par un moment de terreur.

Un jeune homme s'avança :

— Mon père est mort assassiné par les sbires de Radestky, s'écria-t-il! Pas de traité entre nous et nos ennemis ! Bataille I

Un autre dit :

— Ma mère à été frappée d'une balle croate à la Corsa dei Servi... Bataille !...

Et tous d'une seule voix s'écrièrent :

— Bataille! Bataille!...

— Un mot, fit Monte-Cristo, mais ce mot, vous tous, écoutez-le bien! Oui, vous avez longtemps souffert, oui, la colère et l'indignation font éclater vos cœurs, oui, vous voulez être libres!...

Mais avez-vous bien compris tous les dangers que vous aller courir? Laissez-

1 moi parler, que vos généreux enthousiasmes ne vous empêchent pas d'entendre la voix de la vérité! Vous vous dites

! qu'un peuple qui se lève es bien fort et que vous triompherez! Soit I mais

LE FILS DE MONffE-CRISTO

n'oubliez pas que la trahison et la fai- j blesse, parfois pire que la trahison, veillent et ue s'endorment jamais !...

Oui, vous vaincrez! oui. Milan, sera libre, mais je vous le dis, moi qui n'ai jamais menti, quand vous aurez versé votre sanc;, quand vous aurez fait à votre ville bJen-aimée un rempart de vos cadavres, les alliés sur lesquels vous comptez le plus vous abandonneront, je n'héaite pas à le proclamer ici — vous serez de nouveau livrés à vos implacables ennemis... Alors ce seront d'épouvantables représailles, le joug s'alourdira plus lourd et plus effrayant. Voilà ce que j'avais à vous dire. Sachant cela, qui est, qui sera, ètes-vous prêts à combattre?

La voix de Monte-Cristo, vibrante, avait un caractère prophétique.

Et le nom de celui qui devait abandonner les Milanais moula à toutes les lèvres, c'était celui de Charles- Albert, roi de Piémont.

Mais, graves, pâles, les patriotes répondirent :

— Quand même, nous sommes prêts à mourir !

— Aux armes donc! prononça le marquis de Santa-Croce. Et que Dieu nous aide !

• — Mais, dit une voix, où donc est celui qui à l'heure du danger devait se mettre à notre tète, où donc est le marquis d'Aslitta!...

La Luciola fit un pas en avant. Elle était admirable ainsi, son beau visage éclairé par la lueur splendide que l'amour met au front de ses élus :

— Le marquis d'Aslitta, s'écria-t-elle, a été arrêté il y a une heure et est emprisonné à la citadelle.

— Il y eut une clameur furieuse.

— Alix armes I aux armes I

— Oui, aux armes, fit Monte-Cristo dominant cette foule de sa tête pâle et fière. Vos plus courageux amis sont tous au pouvoir de vos adversaires, demain le jour qui se lèvera éclairera peut-être leur sup- Iilice! Aux armes, au nom de l'humanité, ;iu nom de la liberté !... Que demain tous les patriotes se répandent par les rues, excitant les timides, encourageant les hésitants I...

A ce moment, un homme qui n'avait paa encore parlé s'avança :

— Vous qui pariez, dit-il d'une voix ^rave, vojs que tous nous appelons notre ami, dites-nous quel gage vous nous donnerez que vous ne nous abandonnerez pas I

Un nuage passa sur le front de Monte-

Cristo. Une fois de plus, il devinait l'ingratitude défiante.

Mais toujours maître de lui-même, il alla vers Espérance, et l'amenant auprès du marquis de Santa-Croce :

— Vous pouvez croire en moi, dit-il, car je vous donne mon fils!...

Et l'enfant, la tête fièrement relevée, dit de sa voix où vibrait déjà l'amour de la justice :

— Père, compte sur moi! tu m'as appris à faire mon devoir !...

La Luciola s'élança auprès de lui :

— Et moi, s'écria-t-elle, je marcherai à votre tête, chantant l'hymne national...

Alors se passa une scène indescriptible : tous les patriotes, électrisés, se serraient les mains, se pressaient sur l'enfant auquel Monte-Cristo disait tout bas :

— Espérance, souviens-toi que tu 68 mon fils!...

Et s'adressant aux conjurés :

— A demain, au point du jour, la bataille s'ov.g.^^era I . . .

— Vi%o 1 ilaîie, répondirent toutes les voix, tandis que la Luciola, contenant de ses deux mains son cœur prêt à se rompre, mu.-mursit:

— Et qut ..VAïIiUa soit sauvé!

UNE POLONAISE EN . PEniL

On n'a pas oublié que San Pietro, exaspéré de l'évasion de la Luciola et surtout rendu fou de rage par les paroles vibrantes dont Monte-Cristo l'avait souffleté, s'était rué dans le Casino de la Vertelli, et là, rencontrant le major Bartolomeo sur le palier, l'avait livré aux sbires.

Qu'était-ce donc que le major Bartolomeo?

Ce serait faire injure au lecteur que de lui demander s'il se souvient de certaine scène admirable du roman du grand Dumas, dans laquelle se trouvent face à face, dans la maison du comte de .Monte- Ci isto, un père et un fils qui ne se sont jamais vus... Le major Bartolomeo Gavaicanli dont le nom, parait- il, figurait dans l'armoriai de Florence et son fils, Benedetto, vicomte Calvacunti.

On sait ce qu'est devenu Benedetto :

car nous l'avons suivi jusqu'au moment où, jeté par la tempête dans i'ile de Monte Cristo, il était épaigné par la justice du

LE FILS DE MONTE-Cli

•omte qui le faisait transporter dans la barque de l'Alcyon et le lançait en pleine mer avec le mot : A Dieu va ?

La barque avait échoué sur la côte, mais avec tant de violence que le roc avait lacéré le visage du misérable. Recueilli par des pécheurs, il avait passé de longs mois entre la vie et la mort. Mais quand il était revenu à la notion de lui-même, le bandit avait éprouvé une de ces joies que pourraient comprendre ceuxlà seuls qui ont acquis la fortune par un crime.

La cassette qui contenait le million Tolé était intacte et, sans curiosité, parce qu'ils étaient honnêtes, les pêcheurs n'avaient même pas songé à deviner ce qu'elle contenait.

Benedetto était riche. La blessm-e qui arait failli le tuer était un bonheur pour lui : il était devenu méconnaissable. Nul ne pouvait retrouver en lui le forçat et le parricide.

Que lui fallait-il maintenant pour reprendre une place dans la société, pour jouir en paix de la fortune conquise ?

Une chance, un hasard, la moindre circonstance favorable.

Ce hasard lui allait venir à souhait. On eût dit que la fatalité savait à qui elle s'adressait.

NouH avons dit qu'en ces heures de fièvre, toute une organisation de conspirateurs se formait à U ivers l'Italie. Ce n'était plus l'antique charbonnerie, mais la nouvelle société dont lu mot d'ordre était Dio e Fopolo, Dieu et le peuple, recrutait comme autrefois ses aftiliés dans tous les rangs delà société.

Or, une nuit, alors que Benedetto encore incapable de quitter la hutte modeste où il avait reçu l'hospitalité, réfléchissait à l'avenir, comme les habitants de la masure le croyaient profondément endormi — et d'ailleurs se pouvaient-ils défier de lui? — le misérable entendit la porte extérieure s'ouvrir mystérieusement; puis des hommes entrèrent dans la pièce voisine de celle qu'il occupait.

Ils parlaient bas : mais Benedetto avait l'oreille fine. Et puis l'instinct lui disait qu'il fallait entendre.

Et il entendit que ses hôtes étaient affiliés à la redoutable société et devaient dans quelques jours aider au débarquemen d'armes et de munitions destinées aux Italiens.

Benedetto n'hésita pas. Son plan fut tout d'abord formé.

Trois jours après, il quittait ces braves gens qui le serraient dans leurs bras.

pleurant d'émotion. Unvoiturier le Iranaportaità Lacques. Là, il s'habillait, reprenait ses allures d'autrefois, olitenait un sauf-conduit pour se i-endre à Milan, était reçu par les agents de Radetsky et leur dénonçait ses anciens hôtes.

Ceux-ci, surpris au moment même où ils accomplissaient leur miss'on de patriotes, étaient arrêtés, livrés aux conseils de guerre et lusillés.

Benedetto — devenu le comte de San Pietro — était le favori de Racletsky.

On sait le reste. Mais qu'était donc devenu de son côté cet excellent major, qui n'avait en somme d'autre défaut que de porter une polonaise bizarre, mais qui par contre était si bien ferré sur les curiosités culinaires qu'il pouvait donner la réplique à Monte-Cristo, l'interrogeant sur les sterlets et les murènes?

Bien vite il avait été dépouillé de sa paternité d'emprunt, avait enfoui cinquante bons billets de mille francs dans les poches de sa houppelande, et était retourné à Lucques, où, au moment où une lettre de l'abbé Busoni l'avait appelé à Paris, il exerçait la très honorable profession de croupier dans une maison de jeu.

Or, si le major Batolomeo ne s'appelait pas le moins du monde Calvalcaali, si jamais son nom n'avait été écrit au livre d'or de la divine Comédie de Dante, s'il n'était pas du tout le major, et à peine Bartholomeo, s'il n'avait jamais joui, en dépit des affirmations épistolaires de l'abbé Busoni, d'une fortune d'un demimillion de revenu...

S'il lui eût été très difficile de fournir son acte de mariage avecOliva Corsinari, marquise et patricienne de Fiesole, par cette uni(|ue raison qui dispense de toute autre — qu'il n'avait jamais connu ni Oliva, ni patricienne, ni Fiesole...

Si enfin son cœur battait très médiocrement quand il ouvrait ses bras au fils de ladite Corsinari, dont, pour les raisons sus-indiquées, il n'avait jamais eu d'en= fant...

Par contre, il y avait dans tout ce rcK man un point vrai...

C'est (jue Bartolomeo avait été très aimé et I était encore, par une femme qui pour n'être ni marquise ni patricienne n'en était pas moins à ses yeux une reine de beauié, et qui se nommait tout simplement Caiiotta Vertelli, veuve on ne sait trop de qui, assez mûre et qui végétait, n'ayant d'autres ressources que les très maigres profits du croupier à polonaise verte.

Or, quand Bartolomeo revint à Lucques avec un magot raisonnable, il ne songea aussitôt qu'à se conduire en gentilhomme...

Il déposa les cinquante mille livres entre les mains de la Vertelli, en lui disant ce seul mot ;

— Ordonne.

Cari otla Vertelli n'était pas de ces vierges folles qui ne voient la vie qu'à traversées ensoleillements de l'illusion.

Certes, elle avait connu des jours de splendeur, et plus d'un grand seigneur avait juré de mourir à ses pieds. Mais l'âge venant avait mis en fuite les adorateurs, et un seul était resté fidèle, le bon major du Casino.

Seulement, pour être plein de cœur, on n'en est pas plus riche. Et il y avait parfois dans la petite maison de Lucques des repas par trop sommaires.

Une femme moins éprouvée par les vicissitudes de la vie aurait répondu au passionné Bartolomeo, lui montrant les cinquante mille francs :

Il y a assez longtemps que nous pâtissons. Mangeons-les.

Plus pratique, Carlotta lui tint ce langage raisonnable :

— Mon ami, le casino où tu travailles gagne de l'argent.

— Beaucoup.

— Et tandis que tu reçois à peine un millier ou deux de livres pai- an, les patrons encaissent?...

— Des cinquante et soixante mille livres de bénéfice...

— Alors, mon cœur, pourquoi ne deviendrais-tu pas patron à ton tour?

Bartolomeo bondit de joie. C'était son rêve qui prenait corps. Seulement sa délicatesse bien connue s'opposant à ce qu'il organisât à Lucques même une concurrence contre ceux qui naguère lui avaient tendu dans l'adversité une main secoujable, il était venu organiser son petit commerce à Milan...

Et grâce aux restes de beauté de la signera Vertelli, qui, bien sanglée, avait — avouons-le — un port de reine, l'associatiou réussissait à merveille.

Mais, point de boubcur parfait en ce monde, ainsi qu'on va le voir.

Certain soir que la Vertelli, armée de son plus aimable sourire, accueillait les nobles hôtes qui venaient cliez elle goùi<r les délices du pharaon et que le maj'-i . toujours digne et grave dans sapou'iiaise verte à brandebourgs noirs, laisal de son mieux les honneurs du casino, une muin s'était posée sur sod

épaule, tandis qu'une voix murmurait à son oreille :

— Bonjour, papa !

Le mot — si doux quand on le mérite — si étrange, et parfois si gros de dangers quand on ne se connaît pas d'enfants, avait fait bondir le major : et se retournant vivement, il s'était trouvé en face d'un homme de haute taille, aux cheveux très noirs et à la ligure coupée d'une balafre :

— Signor, avait-il balbutié, certes, ce sérail un grand honneur pour moi... mais je ne comprends pas.

L'inconnu l'avait alors saisi par une des olives de ses brandebourgs, et doucement l'avait attii'é dans un petit salon écarté.

— Mon cher monsieur, lui avait-il dit, vous savez qu'il existe des bagnes en Ita- Ue...

— Hein?... vous dites...

— Je dis ce que je dis. Or, si par aventure, quelqu'un racontait, au milieu de vos salons ornés, je dois le recoiniaître, avec le meilleur goût, si un indiscret, dis-

I je, racontait que le major Bartolomeo s'est affublé à Paris d'un nom d'emprunt et a I usé de cette habileté regrettable pour es- : croquer des sommes assez fortes...

— Encore une fois, monsieur I

I — Si le même indis^rol rappelait que ce nom — si utile — est celui d'une des plus anciennes familles d'Italie... par exemple celui des Cavalcanti...

— Hum ! hum ! toussa fortement le major.

— Croy«2-vous, cher major, qu'il vous serait fort possible de continuer à exercer ici votre petit commerce... eu admettant qu'il ne vous ainivât rien de pis, on vous forcerait à détaler au plus vite... adieu le casino, adieu les bons petits bénéfices... adieu l'avenir !

Bartolomeo était blôme, il y avait de quoi.

Nous savons tous ce que sont les affaires. On dépense cinquante mille francs de premier établissement; on loue une maison à bail favorable, on l'orne, on la meuble... on constitue eulin une opéralion qui atout ce qu'il faut pooi- marcher au mieux...

Mais qu'au début, dans les premiers temps de rexploil;ition, on se voie tout à coup contraint de liquider! Quello déroule 1 quelle cataslroplie!... Lebaii-ue trouve pas preneur, les meubles se vendent pour rien... Total: zéro. D'où une perte sèche de cinquante mille francs..., plus des dettes

Ce simple raisonnement explique el justifie plus que de raison la sueur froide qui perlait au front du major. L'autre, ricanant, reprit :

— Position désolante, n'e&t-il pas vrail mon cher papa.

— Papa! encore I pourquoi? mais, sapristi! attendez donc! Cavalcanti, Paris, A.uteuil... quoi! c'est voua... c'est toi!

Et Bartoloraeo ouvrit les deux bras pour y étreindre celui en qui il venait de reconnaître son fils :

Mais San Pietro lui baissant le poignet d'un geste plus brusque que tilial :

— Pas de bêtises ! lit-il. Nous ne sommes pas ici chez Monte-Cristo t

— Hélas ! soupira Bartolomeo qui eût bien encore embrassé Benedetto au même prix.

— Mais qu'êtes-vous donc devenu f reprit-il, retrouvant son sang-froid.

— Ceci, mon cher, ne vous regarde pas, je vous engage même à ne pas tropi chercher à le savoir... Qu'il vons suffise d'apprendre que je suis ici le comte San Pietro...

— L'ami... le confident de...

— De Radetsky... oui, mon cher...

Bartolomeo eut un mot malheureux.

— Comment ! Vous un Italien I

— D'abord, reprit Benedetto, je ne suis pas Italien... de plus, je vous conseille de ne point vous mêler de juger la conduite de celui... qui peut vous perdre.

Sous ce brusque rappel à la réalité, Bartolomeo baissa la tète. Il comprenait bien que San Pietro alLiit lui imposer ses conditions : mais il se sentait à sa discrétion et jugeait prudent de ne point l'exasr pérer.

Or ces conditions, on les a déjà devinées. Traître et espion dans l'âme, désireux de gagner et de conserver à tout prix les bonnes grâces de ses protecteurs, San Pietro, contraignait le major du Casino à faire p our son compte le métier de mouchard.

D devait au nombre de ses serviteurs engager des créatures de San Pieti'o, qui écouteraient attentivement les propos des jeunes Italiens et en rendraient compte à qui de droit.

Pendant que Benedetto lui imposait ce plan d'infamie, Bartolomeo serrait les poings, se demandant s'il n'assommerait pas le misérable.

C'est qu'on peut bien porter une polonaise verte, accepter le veuvage d'une marquise qa'oa n'a pas connue, et la paternité-.d'un fils qu'on n'a pas procréé, enfin empocher cinquante mille fi-ancs

et ouvrir un tripot — sans ponr cela être traître à son pays.

Et le vieux Bartolomeo était, lui. Italien dans ITime.

Certes il courbait la tète, et empochait l'argent do quelque main qu'il vînt.

Au besoin, l'escroquerie lui semblait une peccadille, et l'abus de confiance une douce plaisanterie. Mais être Judas! mais vendre son pays!...

En vérité il seii blait que le major sentit se réveiller en lui ce vieux sang des Cavalcanti... qui n'avaitjamais coulé dans ses veines.

Mais que foire? Comment se dépêtrer de ce filet aux mailles serrées cpi'on venait lui jeter aux épaules ! Refuser, c'était se condamner à la ruine. Que les dénonciations de San Pietro l'émussent peu, c'était fort possible. Bartolomeo n'en était pas à un délit de plus ou de moins. Mais il connaissait les us et coutumes des maîtrp? de l'itnlie. Que Benedetto le sign.alâtaux diutorités, et unbeaumatin — ouun vilain soir au choix — il serait cueilli par les sbires, le Casino serait fermé...

Songeant à tout cela, rageant mais impoissant, Bartolomeo consentit à tout.

San Pietro, en échange de ses promesses, lui assura sa protection.

Pacte conclu, mais...

Le vieux Bartolomeo n'était pas si niais qu'il en avait l'air : et il imagina de renvoyer peu à peu tous les Italiens de son Casino. Tous les prétextes lui étaient bons : il se montrait arrogant et désagréable à leur égard. Il attirai* les offlciergCroates et Bohèmes, si bien, que peu à peu les at'tidés de San Pieti'O n'eurent plus personne à espionner... excepté d'AsÛtta, qui jouait le jeu que l'on sait.

En vain BiU-tolomeo avait tenté de envoyer ce dernier Italien. Celui-là était imperturbable et se cramponnait an casino, vivant en bonne intelligence avec le Hermann et autres, qai passaient l'e-urs soirées à déblatérer contre l'Italie, injures qui paraissaient le laisser absolument indifférent, jusqu'au jour ou, s'a dressant à Bartolomeo, û lui fit comprendre qu'il avait parfaitement compris sa conduite.

Bartolomeo- que tous les Italiens conspuaient — on le devine — fut transporté d'aise. Et tout fier, U se donna coi^a et âme à Asiitta.

Il lui plaisait de jouer sous jambe la Benedetto qu'il haïssait. Tout en continuant sa comédie anti-patriotique. Bar-

lolomeo était devenu un des agents les plus actifs des conspirateurs.

eC puisque San Pietro lui avait ordonné i'espionner, il espionnait...

Seulement c'étaient les Autrichiens et au profit des Italiens.

N'étant pas suspect, il était d'un concours précieux ; il servait d'intermédiaire entre d'Aslitta et les conjurés, faisait parvenir les ordres mystérieux, tout heureux, le vieux bandit, de terminer sa carrière par quelque chose de bien.

Mais la vertu a ses dangers. D allait eh faire la dure expérience.

Depuis quelque temps déjà San Pietro le surveillait : les traîtres ont le flair de la trahison.

Et quand d'Aslitta fut sur le point de lui échapper, quand il se trouva en face de Monte-Cristo lui crachant au visage l'accusation formidable qui le fit pâlir, alors le misérable eut une révélation.

Sa fureur tomba sur Bartolomeo qui, i l'heure où nous le retrouvons gisait, enveloppé dans sa polonaise verte au fond d'un cachot de la citadelle, sur lo sol humide, et sans la moindre paille.

Bartolomeo avait été d'abord quelque peu étourdi. Les sbires, voyant qu'ils n'avaient affaire qu'à un personnage sans importance l'avaient secoué, battu, horionné de la belle façon, et c'était tout courbaturé, tout moulu, qu'il avait été jeté dans le bas-fonds, où il faisait assez triste mine. **

Pourtant une heure s'étant écoulée dans le plus profond silence et une non moins profonde obscurité, Bartolomeo avait peu à peu repris ses sens et avait murmuré ce mot expressif :

— Sapristi, que j'ai soif!...

C'était l'heure où d'ordinaire la dame Vertelli lui versait ce qu'il appelait son sirop de nuit, un plein verre d'eau-de-vie, agrémenté de quelques aromates.

Cela lui manquait comme de raison. Et cette privation — douleur poignante comme tout manquement à des habitudes chéries — acheva de lui ouvrir les idées.

11 se souvint; il était en prison.

— Bon I fit-il en frissonnant, mon affaire est bonne. Ce gueux de Benedetto me tient dans ses griffes. Je suis...

perdat

11 employa un mot plus énergique, se Bouvenant des leçons de langue Irançaise

Ju'il avait prises pendant son court séjour ans la capitale. ♦

l' n'y avait pas positivement en Bartolomeo, l'étoffe d'un héros; du moins jusqu'à présent n'avait-il senti aucune pré-

disposition au rôle de GuTt?u8. Auà.si se demanda-t-il, non sansuû certain emibi, ce qui allait lui arriver.

Pendu, poignardé, assommé, fusillé, le choix n'était pas des plus agréables. Et ~ selon un mot connu — Bartolomeo aui n'aimait pas cela aurait volontiers demandé autre chose.

— Bh 1 bah t fit-il tout à coup. Advienne que pourrai...

Et il eût cette réflexion pleine de philosophie.

— J'ai eu de bons moments dans ma vie : je puis bien en passer de mauvais...

n est vrai que ce mauvais moment pouvait être le dernier.

— Voyons, se dit-il, raisonnons. Il est évident que Benedetto connaît mes petites manigances. Tant mieux, après tout! il sait au moins que je vaux mieux que lui, ce qui d'ailleurs n'est pas difficile. Pourquoi suis-je ici? pripio, parce que je suis un Italien, secondo, parce que je n'ai pas voulu trahir mon pays...

Peu à peu, il se redressait sur son séant avec crânerle :

— Ah ça I mais je suis tout simplement une victime, je suis un martyr I un martyr! je ne me serais jamais attendu à celle-là.

Au fond, cela le flattait et il se seitait tout ragaillardi.

Puis il songeait à Carlotta, qui serait fière de lui.

— Et si je dois monter sur l'échafaud

f)our sauver mon pays, continuait Bartoomeo qui s'exaltait peu à peu, le peuple, bénira ma mémoire! Les enf:\nts rediront mon nom jusqu'aux générations les plus reculées... mais... mais... mais...je suis un grand homme!...

A cette découverte, Bartolomeo toussa, tant l'émotion le prenait à la gorge.

Il voyait dans son imagination un spectacle à la fois tragique et superbe.

Fier, drapé dans sa polonaise, il s'avançait, la tête haute, au milieu des soldats... il marchait d'un pas ferme vers le lieu du sujpplice... Alors le peuple — ce peuple qu il avait tant aiuio — poussait des clameurs furieuses... Lui, debout sur le plancher où se dressait l'instrument de mort, levait la main, et jetait ces mots vibrants :

— Frères, je lègue mon sang à la patrie!

C'était sublime. Et devant ses yeux, passait la lueur de l'immortalité.

Mais non, il se trompait.

Cette lueur, ce n'était pas le rayonut-

n s'empressa de changer la polonaise verte contre l'oniiorme de Benedett».

ment d'une aui'éole, mais seulement celle de deux torches.

La porte du '^iichot venait de s'ouvrir, et trois hommes venaient d'entrer, deux éclairant le troisième qui portait à la main quelque chose de bizarre, ressemblant à un bâton qui aurait des cheveux.

Et celui qui avait l'instrument en question dit à Bartolomeo.

— Allons, animal, lève-toi et suisnous !

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