es volontiers. Asseyez-vous donc
:ne.
.01, jamais, prononça le Yankee.
:jours debout, c'est ma carrière.
~oit donc. Vous avez un bâtiment i rade de Marseille?
a bâtiment ! dites un chef-d'œuvre, erveille! le Crocodile, connu sur les mers, cùil a faitsa partie carré-
je puis le dire...
— ( '.a navire vous appartient?
— Corps et âme.
■mbien vous a-t-il coûté, capi-
— . 0 qu'J m'a coûté! Hein? drôle de ion I... fit le capitaine eu regardant
::n<iuier qui d'un signe de tèteTengauu calme.
Capitaine, dit miss Elphys en se le- , je suis riche, très riche. Je vous se une affaire et j'entends que vous satifait du marché que nous courons ensemble... Aussi je modifie question... Quelle somme voulez-vous vendre le CrocodUef.
Mais le Crocodile n'est pas à vendi'e ! séparer du Crocodile/... plutôt moule capitaine, dans un état d'exaltatini. Hiie pouvait expliquer la quantité de d'eau-de-vie absorbés, se frappait .1 grands coups de poings:
— Cent mille francs , articula miss Qary.
Le* capitaine continua à se marteler la tête.
— Cent vingt-cinq mille!
Les coups fui'ent plus pressés , mais moins violents.
-' Cent cinquante mille !
Cette fois, les bras tombèrent. Et le capitaine du Crocodile ouvrit une bouche
I qui pouvait rivaliser d'hiatus avec les mâchoires de l'animal dont son bâtiment
I avait emprunté le nom.
[ — Bonne affaire! fit Mortimer eu hochanl la tête.
— Et vous VA vous séparerez pas de votre cher Crocodile, ajouta miss Clary en riant. Car dès qu'il m'appartiendra, je vous nomme capitaine!...
— By God ! Mille potences I... Mais j'accepte, alors!...
— Marché conclu. M. Mortimer vous versera la somme convenue...
— Quand nous aurons réglé certain compte, articula le prudent banquier.
— Certainement, s'écria Warton. Les affaires sont les affaires ! Donc , trente mille dollars, ronds.
— Ronds, affirma miss Elphys, toujours souriante.
— Alors, ça y est!... Donnez votre main que je tape dedans»,
Lajeune fille eut un mouvement d'effroi. Certes, elle savait bien que c'était usage de marine. Mais la main de Warton \... Cependant, résolue à tout, elle lui tendit sa menotte, si fine, si délicate.
Warton avait bien vu le mouvement; mais il ne voyait rien. Ça n'était pas une main, ça. Lui qui avait l'habitude de traiter avec des flibustiers aux robustes attaches, il trouvait au moins à qui parler. Alors tout embaiTassé, et comme s'il eût eu peur de ne pas rencontrer cette chose imperceptible, il posa tout doucement son monument sur la miniature qu'on lui tendait.
Ainsi un éléphant courtois toucherait la patte d'une libellule.
— Et maintenant, ditmiss Elphys en se levant, allez chauffer votz'e machine...
— Hein? Comment! chauffer! mais le bal!
— Oh! c'est la condition expresse... et puis, je crois que maintenant que nous nous sommes tapés dans la main, vous êtes mon capitaine...
— Au fait, c'est vrai! mais, voyez-vous, miss, ce diable de Mortimer a un petit brandy qui caresse si délicieusement le gosier.
— A ma prière, U ne se refusera pas .vous en envoyer quelques bouteilles à bord. Donc voilà qui est entendu... A quelle heure se lève le soleil?...
A sept heures treize minutes.
— Eh bien ! à sept heures quatorze minutes vous lèverez l'ancre. *»
— Convenu ! Ah ! tonnerre ! en v'ia une di'ôle d'affaire I eh bien ! ça me va à moi
LE FILS L'ii MuNTE-CtMSTO
ces histoires-la \... vous pouvez être sûre, miss, que vous avez un rude capitaine... et de braves matelots! nous sommes huit à bord... je suis le plus petit! Seulement — et il éclata de rire — il y a M"« Warton qui nous enfonce tous !
Au demeurant, Warton avait la meilleure ligure du monde. C'était bien le type du hardi marin qui ne recule devant rien, qui aime à gagner de l'argent, mais qui, parole donnée, est fidèle comme un terreneuve.
Et puis, parole, ça l'amusait d'obéir à cette jolie fille qui riait en lui montrant des dents de perle et qui avait de si petites mains. Un seul regret ! si, au moins, elle avait été Américaine !...
— Et où allons-nous? demanda-t-il.
— En Algérie... seulement, il y a encore un point à régler!...
— Parlez. Commodore! fit Wai-ton en saluant militairement.
— Avez-vous remarqué dans le port un yacht qui porte un pavillon à montagne d'or sur fond rouge...
Warton leva le nez en l'air, clignantdes yeux :
— Attendez donc! fit-il en avançant les lèvres avec une moue de dédain, une espèce de coquille de noix, un fiferlin qui a des prétentions à aller sur l'eau... et qu'on appelle l'Alcyon?
— C'est cela même!...
— Un joujou d'enfant, ajouta "SS'^arton. Si j'avais un fils, je lui achèterais ça pour s'amuferdans une cuvette!...
— Alors, selon vous ce n'est pas un bâtiment sérieux?
— Séricux,ça, mais avec une pichenette, je roulerais ça au fond de l'eau. Ah! ou voit bien que vous ne connaissez pas le Crocodile! Voilà des membres, voilà un poitrail!...
— Au mieux 1... eh bien, capitaine, l'Alcyon — le jouet dont vous parlez — partira précisément à la même heure que vous. Seulement, bien que je sache qu'il vu en Algérie, je ne connais pas exactement sa destination... est-ce Alger, estce Bôiie? Bref, il faut d'abord que vous vous enquerriez de cela!...
— Ça sera fait ! d'abord je suis très bien avec le bureau du port. Et c'est inscrit.
— C'est à merveille. Maintenant, ce n'est pas tout, à quelque port que se rende l'Alcyon, il faut que vous vous enpajjiez à l'atteindre avant lui... Est-ce jjossible!
— Si c'est possible! exclama Warton, que je soupçonne fort d'être un Marseillais d'outre-Océan, mais c'est-à-dire qu'avec
sa machine — une machine à balancier, mademoiselle ! — le Crocodile lutterait contre la brise du Surouet ! Dépasser cette galiote! murmura-t-ii comme si la question elle-même l'eut blessé au cœur.
— Soit! donc je compte sur vous! C pendant je vous avertis que vous a peut-être tort de si fort dédaigner Vv petit adversaire!...
— Mais plutôt quejde le laisser arriv premier, je le prendrais en traversât le crèverais ! sécria ^Yarton en qui réveillait le vieil esprit du Corsaii'e quel' que peu négrier.
— Pour cela, je vous le défends I m ne nous attardons pas.. Vous m'avez en tendue I... à sept heures en mer...
— A sept heures ! et du diable si voi ne serez pas contente de moi!...
Quelques instants après, la mignon Anglaise prenait congé de Mortimer e| remontait à cheval, tandis que mam; Caïaman lui disait :
— Oh ! miss , quand mylord Elph; saura...
— Allons donc ! fit la jeune fille en riani il espérera bien que cette fois monsieu: mon frère tient mon héritage.
UAXDAR
Dans une chambre, décorée avec go lit exquis, éclairée par des bougies di cire qui répandaient une lueur douce ' Mercedes et Haydée étaient assises côte côte sur uu sopha.
A leurs pieds, sur le tapis, Espéranc^ à demi couché appuyant aux genoux^ sa mère sa tète brune, aux cheveux et bouclés, sur lesquels se posait main de la jeune femme.
Les deux femmes se taisaient, ayaij longuement parlé de leur passion mat nelle.
Encore quelques instants et ni l'une i l'autre n'auraient plus de fils.
Haydée, certes, aurait dû avoir l'a plus "forte. Elle n'avait pas souffert terribles angoisses qui avaient accab| l'âme de Mercedes. Ce lils bien aimé, le confiait du moins à l'homme qu'e révéraitcomme un père, comme un epou^ à l'homme en qui elle avait mis toute i foi.
Tandis que Mercedes! que savait-elW Albert, son dernier espoir, la seule jol possible qui lui restât encore dans l'avl nir, cet enfant bien aimé était sans doiT
LE FILS DE iMONTE-CRISTO
\ Iheui-.' présente, mort sous le j'atagan des ICiibyles !
Cepeiiiliint dos deux femmes, Haydée ut peul-èlre la moins courageuse.
\. mesure (^rapprochait l'heure où Es- .ince lui serait arraché, une douleur jnaule gonflait son cœur dont les batiients — suivant le tic-tac implacablede rlope — étaient si forts qu'ils coupaient paroles sur ses lèvres.
l 'lie mère seule peut coînorendre cela ! ! que lui importait-elle v'^u'Albert de itcerffùt vivant ou mort, uie lui im- : tait que le devoir de Monte-Cristo fût l'aller cliercher au plus profond du dé- I ?Oue lui importait même qu'il voulût c d'Espérance un vaillant entre les ;: liants, un héros?
Elle ne savait que ceci. Elle avait un fils et on allait le lui prendre. ,
Et vingt fois, Mercedes qui comprenait isetté douleur, avait été sur le point de lui erier :
— Je renonce à tout ! je supplierai lonte-Cristo d'abandonner mon fils ! garnie vôtre !
?uis, dans une vision sinistre, la pauvre re apercevait la forme vague de son fils Suffrant, torturé, vivant encore ! et elle [i'avait plus le courage de parler.
Ces deux égoïsmes maternels — véritales grandeurs de la femme — incessamlent s'attiraient et se repoussaient comle deux fils électriques dans lesquels pasîr.'iit un même courant — courant d'alour, de passion, de dévouement.
Espérance rêvait.
Dans ce cerveau d'enfant qui devenait pne homme, des pensées encore inexplilées surgissaient. Oui, il aimait sa mère, celte séjiaration lui était douloureuse omme une blessure. Mais aussi son père !ii apparaissait dans un nimbe de gran- (eur, de force surhumaine, et une attraction pincible l'attirait vers celui qui devenait ' grand dans sa bonté, si généreux dans i cruautés apparentes.
^ix heures sonnèrent. La mère et l'en-
tressaillirent.
[onte-Cristo venait d'entrer.
Jamais peut-èti-e ce visage de marbre l'avait été animé d'une expression à la fois plus sereine et plus solennelle. Sur ce front blanc et large, on lisait les lignes tracées par le devoir. Monte-Cristo obéissait à sa destinée, il s'inclinait sous une volonté supérieure à sa volonté et qui lui montrait le but.
Espérance, vivement s'était levé et avait eouru se jeter dans les bras de son père. Monte-Cristo le baisa au front.
t-il.
Es-tu prêt, mon lils? lui demanda-
— Oui, fit Espérance en relevant la tête avec un mouvement gracieux d'audace juvénile; où tu iras, père, ton fils te suivra.
Haydée s'était levée, elle aussi, cachant ses larmes.
Monte-Cristo lui tendit ses deux mains, et elle courut à lui.
— Oh ! vous partez tous deux ! tous deux! murmura-t-elle.
— Crains-tu donc quelque chose, Haydée! fit le comte en souriant. Sais-tu bien, chère femme, que tu me donnerais à croire que tu manques de foi ? Que redoutes-tu! Allons-nous donc si loin ? dans quelques heures j'aurai touché la rive algérienne. Et tu sais bien que les obstacles ae m'arrêtent pas...
— Si du moins, fit Haydée, je savais quand vous serez de retour!
— Tu le sauras bientôt. Mes courriers te tiendront jour par jour au courant de ce qui sera arrivé, et tu le sais, le jour où je t'aurai fixé la date précise de mon retour, il n'est pas de puissance humaine qui puisse me faire manquer à ma parole.
Il se tourna vers Mercedes :
— Madame de Mortcerf, lui dit-il, vous voyez tout ce que je sacrifie à mon devoir. Pour consoler une mère, je désole une mère. Aimez bien mon Haydée, et, dans les jours de tristesse, soyez pour elle mieux qu'une amie, une sœur!...
— Oh! je vous le jure, dit Mercedes.
Puis, avec un élan involontaire, elle serra Haj'dée dans ses bras :
— Monsieur de Monte-Cristo, dit-elle, vous savez que je ne donnepas en vain ma parole. Eh bien! que madame la comtesse, par un mot, par un signe, s'oppose à votre départ... et alors, je le jure, je serai la, première à vous crier : Que meure lamèré désolée qui pleure son fils! mais que du moins Haydée soit heureuse !
— Tu entends, Haydée ! fit Monte-Cristo fixant sur la fille d'Ali de Tébelin son regard profond et doux. Parle, qu'ordonnes-tu ?
Une lueur chaude, ardente, s'épandit sur l'admirable visage d'Haydée.
Et attirant Espérance à elle, elle le poussa dans les bras de son père en disant :
— Va, mon fils ! et sois digne le ton père...
— Oh! soyez mille fois bénie, s'écria Mercedes. Oh! maintenant... je sais, je sens que je reverrai mon fils !...
Rapidement , le comte donna les derniers ordres pour l'expédition.
Il avait choisi ses plus belles armes, celles qui jamais n'avaient trompé sa main.
Et à l'heure même où dans un éclatement radieux, le soleil émergeait des profondeurs de l'horizon, une barque quittait le port, emportant vei's l'Alcyon Monte- Cristo et Espérance.
Surlarive.HaydéeetMercédèssaluaient de leurs mouchoirs déployés ceux qui s'en allaient.
Ouand il mit le pied sur le pont du yacht, Monte-Cristo vit en face de lui Jacopo qui l'attendait, dans sa tenue de matelot, rasséréné, rajeuni par lespérance du rachat.
— Tu as réuni tes hommes? demanda le comte.
— Oui, maître.
— Combien sont-ils?
— Dix, et ayant tous voyagé en Afrique.
— Honnêtes et courageux?
— Oserai-je dire que je réponds d'eux comme de moi!...
— C'est bien. Ah! Coucou I fit Monte- Cristo, apercevant le zouave qui se tenait au port d'armes. Voilà de l'exactitude!
— Ohl j'avais donné ma parole. Et puis, est-ce qu'il ne s'agit pas de mon capitaine?
Monte-Cristo, selon son habitude, alla jeter un rapide coup d'oeil sur les agencements du yacht.
C'était "une merveille de construction que YAlnjtm. De l'ancien yacht à voiles, le nom seul avait été conservé par le comle.
Toujours à l'atïût des progrès de la science qu'il appréciait, qu il devinait en quel(iue .sorte, du premier coup d'œil , Monle-Crislo avait pressenti, un des premiers, l'avenir de l'hélice. Et, avant que IKtat eût fait construire au Havre le premier navire à hélice, le comte avait acheté en Amérique l'admirable yacht, si léger, si ^'larieux, qu'en vérité il méritait plus (jne jamais le nom du rapide oiseau des mers.
C'était là ce que "Warton appelait avec mépris une coquille de noix.
Le lourd C'/w^of/Z/e avec ses aubes énormes, se balanr:iit déjà à l'entrée du port. Bien sûr de la victoire, surtout contre un adversaire ([ui ne semblait munie pas deviner la lutte possiiiie, ^Varton allait et venait sur le ]iont, se frottuul les mains, pensant à la prime magniiiqiie que miss klphys lui avait promise.
lî-ept heures sonnèrent.
Debout sur la dunette , saluanf de la main celles qu'il laissait derrière lui, ayant auprès de lui Espérance qui jetait un baiser à sa mère, Monte-Cristo donna le signal du départ.
L'Alajon, obéissant à l'hélice, tourna légèrement sur lui-même, plongea de l'avant, puis se redressant, partit avec la rapidité d une llèche :
— Hourrah I crièrent les matelots jetant leur adieu à la rive française.
j Monte Cristo resta là, tant que la terre i fut en vue ! Qui sait les pensées qui opi pressaient sou cœur? Oui sait si, obéissant à la voix du devoir, il n'éprouvait pas un douloureux regret en s'éloiynant — pour aller vers l'inconnu — de celle qui était pour lui l'avenir et le bonheur.
Puis la ligne des côtes s'effaça, se perdit dans la bruine :
— Viens, Espérance, dit Monte-Cristo à sou lils. Il faut maintenant que Je t'apprenne à connaître les dangers que tu vas courir.
Tous deux descendirent dans la cabine de Monte-Cristo, chef-d'œuvre d'arrangement et de confortable. Des livres, des allas, tous les auxiliaires de la science étaient là, prêts à être consultés
— Assieds-toi auprès de moi , Espérance, dit le comte, et souviens-toi que le travail seul nous rend dignes du nom d'hommes.
Une heure s'était écoulée dans cette causerie charmante, dans laquelle pas une fois Monte-Cristo n'avait fatigué l'attention d'Espérance, quand tout à coup un grand bruit retentit sur le pont du yacht.
Monte-Cristo se leva vivement. D'ordinaire, quand il était à bord, la discipline la plus sévère était observée par les matelots.
Irrité, prêt à sévir, il ouvrit la porte de lacal)iue.
Et au même instant, par le petit escalier qui descendaitdu pontau salon, une masse roula avec un mélange d imprécations et de sons inarticulés.
Puis soudain le tout se releva..
Et Coucou appai'ul tenant à la gorge un personnage a une bizarrerie singulière.
L'homme était grand, drapé dans des haillons dont le plus ruine des Bazan n'eut point voulu. Eace osseuse, d'une maigreur ellrayanlu, aux ponimetles pointues, peau noirâtre, mains longues
cmiciées, jambes nues, pieds chaussés de mches crevassées, tel était l'individu le vigoureux Coucou secouait de la 'efaçoa.
- (Jue se passe-t-il? demanda Montei^to. I>Tnorez-vot;s , monsieur Coucou,
qu'il est interdit chez moi, de se livrer à de'feeniblables rixes.
— Certainement, mon commandant, iiineinent !... et je ne me serais pas :ais... bien sûr!... Cependant, regar-
bien ce particulier-là... Est-ce que le vous a pas une face de décroché de i . ;ice...
Monte-Cristo examina attentiven^.ent 11; uune que maintenant Coucou avait
IlâiMié.
11 tenait les yeux baissés : ses deux mains croisées serraient sur sa poitrine les plis d'un burnous qu'on eût dit avoir été lacéré à plaisir à coups de couteau.
— Où as-tu trouvé cet homme"? deul.i-t-il à Coucou.
- Dans le tond... je ne sais pas comit ça s'appelle... à deux pas de la libre à feu, où il était en train de se
rôtir, comme s'il n'était pas déjà as- 'résillé comme ça.
u nuage passa sur le front du comte.
PDans l'attitude de l'inconnu, en dépit dp sa misère, de son délabrement visi- -, il y avait je ne sais quel air de deur qui le frappait.
— Qui es-tu ? demanda-t-il, et comment I '/à trouves-tu ici?
■ L'homme resta immobile, comme s'il ' it pas entendu.
ors, dans l'arabe le plus pur, Monte- -lO répéta sa question, tte fois, l'homme eut un rapide tresiement, promptement réprimé, mais n'échappa point au regard de Monte- -to.
- Je suis un pauvre, dit l'homme.
Comment as-tu pénétré dans le ::t'?
Arabe ne répondit que par un geste uciant. Son regard, dans lequel tout a 1 heure une lueur avait passé, était mainteuant terne et sans couleur.
Monte-Cristo faisant appel à toute sa pénétration, ne le quittait pas des yeux. Sous cette attitude indifférente, il pressentait l'hypocrisie profonde de l'Arabe.
Quel pouvait être cet homme?
Fallait-il croire, ainsi que semblaient ''indiquer les apparences, qu'il avait en face de lui quelque misérable, à peine doué de raison, q'ui, sans argent pour retourner dans son pays, s'était glissé dans
le yacht à la faveur de la nuit, espérant n'être pas surpris jusqu'à ce que le navire eût touché la rive africaine.
Oui, l'hypothèse eût été acceptable. Et cependant Monte-Cristo ne s'y arrêtait pas.
A son œil exercé, des signes imperceptibles pour tout autre la démentaient.
— Ainsi, dit-il brusquement à l'Arabe, qui de nouveau avait croisé les bras sur sa poitrine, tu étais en France? Comment y étais-tu venu?...
— Par un des navires de ta nation...
— Depuis combien de temps ?...
— Malheur à qui compte les minutes et les jours!...
— Pourquoi ne t'es-tu pas adressé à moi? Crois tu donc que j'aurais refusé de te prendre abord?
L'Arabe releva la tète avec un inexprimable mouvement de fierté.
— Demander? fit-il simplement.
— Que dirais-tu, cependant, si, faisant mettre une barque à la mer, je t'abandonnais?...
— Allah est grand !...
Coucou serrait les poings : il comprenait assez l'arabe pour saisir les réponses du personnage mystérieux. 11 avait ce flair qui fait deviner un ennemi. Et quand Monte - Cristo avait adressé à l'homme une menace d'abandon, le zouave avait été bien près de prendre les mots à la lettre et de jeter l'inconnu par dessus bord...
Il fit même un pas. Mais le comte l'arrêta d'un geste :
— Homme, dit-il à l'Arabe, tu as eu tort de prendre ce que l'on t'eût donné. N'importe I je connais les devoirs de l'hospitalité. Ici, 'tu es chez loi, et tant que ce yacht m'appartiendra, tu y seras en sûreté comme dans ta propre maison.
Va.
Et se tournant vers Coucou :
— Cet homme est mon hôte. Qu'il soit sacré pour toi :.,.
L'Arabe s'était incliné en portant la main à son front. Pas une libre de son visage n'avait tressailli. H se dirigea vers l'escalier.
— Un dernier motl dit Monte-Cristo.
Ton nom ?
— Je me nomme Maldar.
— Mais tu te dis pauvre, et ton nom signifie riche !
— Celui qu'Allah protège est riche 1 prononça l'Arabe d'une voie gutturale.
— Toi ! pensa Coucou, je ne tê perdrai pas de l'œil. Tu m'as l'air d'une mauvaise pratique !
Monte-Cristo rentra dans sa cabine avec Espérance.
xin