SO
eul comprend ïe ^rai croyant, que veux u?... ,
— Tes soldats ont fait des prisonniers. Lâchement ils ont surpris et entraîné des nommes qui ne se défendaient point... je
ieus te demander ce que tu as fait de ces aommes?...
Alors Maldar.élevantlavoixplus encore, Hit:
— Ils sont morts !
— Morts ! s'écria Monte-Cristo en frémissant. Oh ! si tu as dit vrai, malheur, malleur sur toil...
Medjé s'était élancée auprès de Monte- Ilristo, folle de douleur :
MortI répéta-t-elle. Faux serviteurs lu prophète , soyez à jamais maudits, ^tvous, vous tous, ajouta-t-elleensetourlânt vers le zouave et ses hommes, avezous entendu, avez-voas compris ce qu'a lit ce misérable imposteur... ils ont tué, is ont assassiné nos frères français... ils )at massacré le capitaine Joliettel...
N. de D.I... hurla Coucou. Eh bien 1 Is vont passer un drôle de quart d'heure ! Utention, vous autres 1
Il alla vers Monte-Cristo.
— Commandant, dit-il, donnez le signal, t par leur sacré Mahomet, je parie bien
]ue nous sauterons par -dessus ces muailles et (jue nous leur ferons payer cher eut- infamie... Et en avant 1
Moate-Cristo, d'un geste lent, lui imposa ilence.
Cet ordre, il ne le donnait pas encore. Pourquoi ? On avait égorgé les Français, gorKé celui même qu'il était venu délivrer, ilaliiar se vantait impunément de tous ces rimes, même du dernier qu'il n'avait pas onimis — car Albert n'était pas retombé ntre ses mains. — Et lui, Dantès.le veneur, ne donnait pas le signal de l'attaque I ^urquoi?
Parce qu'il était un nom qui n'avait pas ncore été prononcé, parce qu'il avait té parlé d'hommes et non d'un enfant 1
Et il n'était pas possible de reculer une ainute de plus devant l'inexorable véité.
— Toi qui as fait assassiner des hommes ans défense, dit-il d'une voix que la louleur rendait encore plus sourde, réonds encore I... as-ta été assez lâche pour rapper un enfant !
Ol entendit un ricanement. Maldar époudit :
— C'est de ton flls que tu veux parler?
— Oui... mon fils est-il mort ?...
Et quand il eut proféré cette question, il ufoiiç». ses ongles dans sa poitrine pour le pas faiblir, pour ne pas tomber
— Ton fils est vivant I repli qua Maldajdont encore une fois la voix se perdit dans une sorte de rire sinistre.
Monte-Cristo ne put réprimer un cri.
Vivant : Espérance était là, quelque part, derrière ces murailles sombres sur lesquelles il dardait aet regards, comme s'il espérait qu'elles se fussent entr'ouvertes pour lui montrer le doux visage de son enfant
Il se tut un moment, pour redevenir encore une fois maître de lui-même Puis :
— Tu es celui qu'on appelle Maldar... tu m'as demandé l'hospitalité, je te l'ai donnée. Quel mal t'ai-je fait ? De quel crime prétends-tu me punir en mon en faut?
— Du crime de ta race, du crime de la France qui est le tien...
— De la France ! mais ne l'as-tu pas servie toi-même !...
— Je me suis courbé, mais pour mieux me redresser...
— Et que feras-tu de mon enfant?
— Ce que tu décideras toi-même...
-'- Que veux-tu dire?...
-Viens à moi avec confiance, dit Maldar. Les poïtes de la citadelle s'ouvi'iront aevanttoi, mais devant toi seul. Et quand tu seras aup-ès de moi, alors je fixerai moi-même la ra'son de ton enf;int...
— N'y allez pa , commandant, s'écria Coucou qui avait compris. C'est un piège...
— Et toi, Medjé, fit Monte-Cristo en se penchant vers la jeune fille qui s'était atïaissée à demi-morte de désespoir, que me conseilles-tu?
Medjé frissonna, réveillée en sursaut de la douleur qui est un sommeil.
— Val dit-elle, le lionne peut avoir peur du tigre...
— Me voici I cria Monte-Cristo.
— Sacré nom ! lit Coucou. Vous entrez dans ce guèpler-làl... Eh bienl... je vous donne une heure... non, une demi-heure!
Si dans trente minutes vous n'êtes pas là... oh ! alors je m'entends... '
Monte-Cristo était descendu du monticule sur lequel il se tenait, et lentement marchait vers la porte.
on MONTE-CRISTO REDEVIENT DANTES
Encore une fois, Coucou. Jacopo ei se hommes s'étaient rapprochés, le doigt su) la délente de' leurs armes.
Mais au moment où il toucii ait le seuii
de la Casbah, Monte-Cristo les arrêta d'un geste. ' . ,• Puis il répéta encore à voix haute :
— Je suis làt je suis seul I...
La porte s'ouvrit. Les Khouans étaient groupés dans la vaste cour mal éclairée, si hien qu'on pouvait deviner leur nombre. Sous la lumière fumeuse des torches, on eût dit ces hordes de démons que Dante traverse dans les maiebolge de l'enfer.
Monte-Cristo passait au milieu d'eux, pâle et fier. Devait-il, lui aussi, répéter le mot du poète : Vous qui entrez, laissez toute espérance î
Derrière lui la porte s'était refermée avec un bruit sourd.
Il marchait, voyant luire des taches brillantes qui étaient les reflets des armes.
Maldar, debout sur le seuil, drapé dans le burnous vert, l'attendait.
Quand Monte-Cristo fut auprès de lui, Maldar porta la main à son front en signe de salut.
Mais sa face osseuse et brune semblait crispée par une fureur mal dissimulée.
Cet homme semblait la statue vivante de la haine.
Il précéda Monte-Cristo dans l'intérieur de la citadelle.
Il semblait au père d'Espérance qu'il pénétraitf^ncore une fois dans les cachots du château d'If : mais cette fois, le prisonnier, c'était son enfant. Et si cruels que fussent les séides de Villefort, combien plus redoutables étaient ces barbares qui ne reconnaissaient aucune des lois de la guerre?
— Me voici, dit Monte-Christo. Tu m'as appelé me disant que tu fixerais toi-même la rançon de mon fils... j'attends I
— Tu l'aimes donc bien, ton fils?
— Pour m'adresser une pareille question, il faut que lu ne sois pas père...
— Si bien qu'il n'est aucun sacrifice que tu ne sois JDrèt à t'imposer pour sauver ton enfant?...
— Soumets-moi aux tortures les plus horribles... fais couler mon sang goutte à goutte par toutes les blessures de mon corps... et que mon fils soit libre I... je te bénirai en expirant... mais trêve de paroles! Tuas prononcé le mot de rançon... donc c'est de l'or qu'il te faut. Ecoute-moi. Je suis riche, si riche que je pourrais solder pendant des années entières l'ar- Kiée qui te défend, si riche que je pourrais acheter la ville que tu appelles la sultane-des Oasis... que je pourrais l'enrichir de telle sorte que le sultmi qui siège à Stamboul fût un pauvre auprès de toi... et
à peine croirais-je t'avoir donné une obole... donc, décide...
Maldar, qui s'était assis, se releva brusquement :
— Tu te crois riche et tu es pauvre... lo seul riche ici, c'est moi.
— Que veux-tu dire?...
— Oui, je veux te croire, tu possèdes des trésors immenses et tu pourrais paver d'or les rues d'Ouargla... et, cependant, Je te le répète, il est un homme plus riche que toi... et cet homme, c'est Maldar...
— Encore une fois, tes paroles sont obscures... explique-toi...
— Je suis plus riche que Monte-Cristo, parce que je n'ai dans mon cœur aucua sentiment qui me fasse frissonner de crainte ou de douleur... je suis plus riche que Monte-Cristo, parce que Monte Cristo n'a qu'une seule richesse au monde — son fils I — et que ce fils est entre mes mains... et que Monte-Cristo est appauvri de son enfant...
Monte-Cristo tressaillit. Cet homme disait vrai. Qu'était ce que tout cet or, que ces monceaux de pierreries, auprès d un seul sourire d'Espérance I...
— Soit I fit-il. Mais je te le répète, c'eat toi-même qui as parlé de rançon...
— Oui... j'ai dit cela... mai» je ne t'ai pas dit que cette rançon dût être de l'or...
— Je fai offert ma vie...
— Ta vie n'est plus à toi, je n'ai qu'un signe à faire pour que ta tète roule à mes pieds...
— Oublies-tu que tu m'as appelé toimême... Que tu as engagé ta parole... et que la trahison est un crime I
— Allons donc I s'écria Maldar, avec colère. Est-ce que de ta race à la mienne il y a contrat possible t Est-ce que je reconnais ces règfes stupides que vous prétendez nous imposer, vous qui êtes venus comme des voleurs arracher à l'Islam un pays qui lui appartient... non, non I je n'admets ai parole ni serment. C'est la guerre. Toute ruse est bonne. Tout piège est utile. Estce que ce:it fois toi et les tiens tu ne nous as pas trompés I je trompe à mon tour. C'est mon droit. Donc, il ne faut pas que lu l'ignores, tu m'appartiens... et je puis t'écraser comme je brise celle porcelaine...
Et d'un geste violent Maldar lança sur le sol une tasse de porcelaine qui s'éparpilla en mille pièces.
— Est-ce ton Dieu qui te donne de pareils enseignements'? fit Monte-Cristo retrouvant tout son sang-froid devant la menace. Le mien, c'e*t le respect de moimême, c'est ma conscience. Et ma conscience me dit que c'est une lâcheté que
d'attirer dans un guet-apens, même son pire ennemi...
— En véri'té I... mais patience, je saurai bien fiiire plier ton orgueil...
n fit un signe et un (^es gardes qui l'entouraient sortit.
Monte-Cristo, les bras croirés sur sa poitrine, gardait le silence.
Au bout de quelques mirutes, il se passa un fait étrange.
Il sembla que la muraille s'entr'ouvrît, et dans une pénombre à peine visible, Monte-Cristo vit Espérance... Espérance à genoux, maintenu à lerre par deux Khouans dont l'un brandissait une hache au-dessus de sa tête...
— Mon fils I Mon fils 1 murmura Monte- Cristo.
Espérance parut entendre, et il sembla que ses mains chargées de liens se tendirent vers son père...
Cependant il était évident qu'il ne voyait pas.
— Que je lève la main, dit Maldar dont les paroles sifflaient entre ses dents serrées, et la hache s'abattra sur son front... Maintenant, écoute-moi encore. Si tu veux, lu peux sauver ton enfant...
— Parle 1 fit Monte-Cristo d'une voix sourde.
— Ce que je veux de toi, ce n'est pas de l'or, ce n'e'-^tpas ta vie... c'est plus et c'est moins àla bis. Je sais qui tu es, je sais que tes frères de France ont confiance en toi, je sais que nul n'a jamais mis ta parole en doute... eh bien I...
Il s'approcha de Monte-Cristo, si près que le comte sentait son souffle ardent sur son visage:
— Eh bien?...
— Tu vas choisir. . Ou ton enfant va être fraj)pé à l'instant... ou tu vas m'obéirl...
— - Encore dois-je savoir ce que tu attends de moi?...
— Comprends. Les hommes qui sont là sont experts en tor tu res. . . ils ne tueront pas ton tils d'un seul coup... non! Lentement ils déchireront sa chair et feront tressaillir ses muscles, tu le verras palpiter comme l'antilope sous la griffe de la panthère... tu entendras ses cris et ses râles... et tu me demanderas del'schever... et jeté répondrai: Pas encore ... ^
Monte-Cristo restait impassible
— J'attends, reprit-il, que tu me dises ce que tu exiges...
Maldar courut à une table sur laquelle se Irouvarent des plumes et du papier.
— Viens, cria-t-il, et écris...
Monte-Cristo fixa sur lui son regard noir
et profond, puis, sans dire un mo*, alla et s'assit.
— Dicte, fit-il.
— t Moi, comte de Mont^rCristo, dit Maldar en scandant ses paroles une à une, j'informe le gouverneur de Tlemcen que je suis parvenu jusqu'à Ouargla et que j'ai capté la confiance du sultan Maldar. Plus de cent prisonniers français sont enfermés dans la Casbah. Les Khouans sont dans une sécurité profonde et ne redoutent aucune attaque. Ils sont peu nombreux. De plus le défilé de Bab-El-Zhor n'est point gardé. Une troupe courageuse et aguerrie peut, par un coup de main rapide, s'emparer de la ville et délivrer les prisonniers, au nombre desquels se trouvent le capitaine Joliette et plusieurs officiers français. Il n'y apas une minute à perdre et le succès est certain...
Monte-Cristo avait écrit sans une hésitation.
— Signe, maintenant, ditMoldar.
— Un mot seulement, fit le comte. Je comprends ton but. Tu veux attirer une troupe française dans un piège. Le défilé sera gardé, et là tu écraseras sans peine les audacieux qui s'y seront engagés...
— Oui, tu as compris. Pour la vie de ton enfant, je veux la vie décent Français...
Monte-Cristo se leva, le front couvert d'une sueur froide.
Se tournant du côté d'Espérance :
— Enfant de mon cœur et de ma conscience, cria-t-il d'une voix forte, écoute. L'homme qui est là est maitre de ma vie et de la tienne. Plus encore, il nous fera périr dans des tortures telles que l'imagination s'épouvante à les prévoir... eb bien ! cet homme nous oâ're la vie et la liberté... à la condition que, moi ton père, j'attirerai dans un piège cent soldats français, qui rachèteront notre sang endonnan< le 1 eur. . . Espérance 1 mon fils. . . j 'ai écrit la lettre qui peut nous sauver. Ecoute encore:
Et d'un accent vibrant, il lut la lettre infâme.
— Espérance, fils de mon cœur et de ms conscience, dois-je signer cette lettre?
Entre la vie et la mort, choisis I...
L'enfant fit des efforts désespérés pour s'arracher à l'étreinte de ses bourreaux.
Ses lèvres s'agitèrent... mais aucun son ne parvint jusqu'à Monte-Cristo.
— Tu ne peux entendre sa voix, dit Maldar. Mais il me plaît que tu l'interroges ainsi... attends I...
Il fit un signe, la vision disparut.
Mais quelques minutes s'étaient à peine écoulées que la porte s'ouvrit et Espérance s'élança dans les bras de son père.
Un éclair de joie parut dans les yeux du comte. *-
Ah! connje dans ce baiser il puisait une force nouvelle!...
Maldar avait menti. En cet instant, Monte-Cristo se sentait plus riche — riche de ce trésor qui est l'amour — que ce Maldar misérable de haine I
Puis Monte-Cristo écarta de lui son enfant et plongeant ses regards dans les
— Et maintenant, parle I... que dois-je faire I . . .
D'un geste brusque, Espérance lui arracha le papier qu'il tenait à la main...
Et le déchirant; le foula sous ses pieds. Il s'écria :
— Pèrel... qu'on nous tue!... qu'on nous tue tous les deux'....
Pour comprendre la scène qui va suivre, quelques indications rapides sont nécessaires.
La salle où se trouvaient les acteurs de ce terrible drame était ronde, faisant partie d'une tour dont la crête était ruinée. La voûte était soutenue par des arcs en ogive, ae réunissant à la clef centrale. De lourds coffres de fer garnissaient le bas des murailles.
. Jette salle ouvrait sur une sorte de péristyle par une porte de chêne toute garnie de ter. En ce moment elle se trouvait rfpliée en dedans. G'étnit là que se tenaient /es gardes de Maldar.
Au mur étaient pendus des instruments de formes bizarres, peut-être des engins de torture.
Monte-Crist3 et Espérance se trouvaient dans le fond de la pièce, en face de la porte; Maldar, la ceinture garnie de longs pistolets, était debout entre eux et cette porte.
Les Khouans, armés de fusils jetés sur leurs épaules et le sabre nu à la main, gardaient l'issue.
En entendant la parole vibrante d'Espérance, Maldar avait poussé un cri de rage.
— Miséralde enfant! hurla-t-il, lu ne sais donc pas que ie puis broyer tes membres un à un?...
— Fiappe donc, s'écria Espérance en serrant son père dans ses bras. Mais frappe-nous ensemble I...
Maldar tira un pistolet de sa ceinture et l'aiipuya sur le front d'F.spérance...
Mais avjiiit <|ue son (loi;^t de fer eût
Enssé sur la détente, la main de Monter'-wto s'était abattue sur son poignet... et avait lancé vers la porte l'hoinine qui, «r^li'trhanl, était tombé au milieu des Khouans.
— Feul feu sur euxl Tuez-les comme des chiens ! cria Maldar.
^ Les armes s'abattirent et des détonations retentirent. La salle était remplie de fumée.
Plus rapide encore, Monte-Cristo avait renversé Espérance à terre...
Puis, se ruant vers la porte, il avait poussé le lourd panneau -qui, avec un bruit sourd, s'était refermé.
Alors jamais l'activité et la force humaine ne se déployèrent dans un effort plus héroïque.
En une minute, Monte-Cristo avait emporté jusqu'à la porte deux des lourds coffres de fer dont nous avons parlé et les avait jetés l'un sur l'autre.
La porte était bai-ricadée. Les Khouans et Maldar étaient en dehors.
Espérance et Monte-Cristo étaient debout, sans blessures
- Les coups de crosse, les coups de hache retentissaient contre la porte...
Oh! ce n'était pas le salut I... à peine quelques minutes de répit 1...
Et Monte-Cristo était sans armes ! Que les Khouans parvinssent à renverser l'obstacle élevé devant eux, et regorgement commençait. Une surprise avait pu résister. Mais que seraitla force et le courage eu face d'ennemis nombreux pouvant tuera distance ?...
Monte-Cristo saisit Espérance et l'embrassant à pleines lèvres :
— Et pourtant, s'écria-t-il, je ne veux pas que tu meures 1...
Il leva les mains vers le ciel.
— Dieu de justice I dit-il d'une voix vibrante, toi qui pèse dans tes mains les destinées des hommes, ai-je donc été si coupable que je doive subir le plus horrible des châtiments I... Dieu de misériconie !.. prends ma vie... mais sauve mon enfant I...
La porte vigoureusement attaquée résistait.
On entendait la voix de Maldar poussant des imprécations furieuses...
Tout à coup une idée traversa le cerveau de Monte-Cristo.
Tout à l'heure, il lui avait semblé que la muraille s'était enlr'ouverle. Hien (lu'il y eût là quelque artifice d'optique dont le véritable caractère lui écliappait encore, cependant il était certain qu'il sn trouvait qui lijue part une issue.
Maintenant l'ob-scnrilé était profondo.
Mais, on le sait, la longue captivité avait donné à Edmond l)aulés la singulière laculté de voir dans les ténèbres.
LE FILS DE MO-wx:^CRISTO
n ajouta er core trois coffres de fer à la barricade qui barrait la porte.
-Puis il courut à la muraille. Et là il regarda
D'abord il lui sembla qvi'il n'existait pas une fissure. En vain il déchirait la terre de ses engles. RienI rien !
Soudain Espérance murmura :
— Père, là-haut, regarde 1 Monte-Cristo leva la tète. Au-dessus,
de lui à l'endroit où se suspendait la clef de voûte, une lueur vague, blanchâtre, se détachait sur la teinte noire de la pierre. Ce fut ane révélation.
— Esférance, dit-il, pour venir ici, tout à l'heule, tu as dû decendre un esca- Uer?
— Oui, père!...
— Donc le cachot où tu étais enfermé. .-
— Doit se trouver au-dessus de cette pièce...
— Et quelle est l'issue ?...
— La porte donne sur un escalier de pierre qui descend ici...
— Mais en haut... ci parvient cet escalier?
— Je le sais, sur une terrasse d'où l'on découvre tous les environs... C'est là que mes gardiens m'ont amené pour me faire prendre l'air?...
— Bien 1 dit Monte-Cristo.
Le temps pressait, car la porte sur laquelle s'escrimaient les assailants commençait à craquer.
Toup à coup la voix de Maldar tonna de nouveau.
n donnait des ordres. On avait apporté des madriers de chêne qui, faisant l'office de béliers, enfonceraient la porte.
Monte-Cristo eut un tressaillement de joie.
C'était quelques minutes de répit.
Le plan qu'il venait de concevoir étaitil particable?
Là-haut il y avait une issue. Tout s'expliquait. L'illusion qui tout à l'heure lui avait montré son fils avait été produite par un jeu de glaces, disposé sans doute poulies jongleriesauxquelles les Khouans attribuaient des causes merveilleuses.
Tout à l'heure Espérance se trouvait dans la pièce située au-dessus.
Si bien que les paroles de son père n'arrivaient à lui que dans un vague écho.
C'était là-haut qu'il fallait parvenir. Là on pouvait, en gagnant la terrasse, se défendre jusqu'à la dernière extrémité, soit en s'élançant dans l'escalier, percer la horde des Khouans en l'attaquant pai- derrière et s'échapper.
Certes, c'était presque une folie que d'espérer.
Mais valait-il donc mieux rester immobile et attendre la mort? Non pas I
La clef de voûte se trouvait à une hauteur d'environ quatre mètres.
En un instant, Monte-Cristo eut amoncelé tout ce qui se trouvait dans la pièce : la table, les sièges... il eut un sourire heureux. Maintenant il était sûr d'atteindre là-haut
Puis il examina les instruments de fer pendus au mur et il en choisit un, si lourd que deux hommes auraient eu peine à le porter. C'était une sorte de faux fichée di-oit sur un manche de fer. D se l'attacha au bras avec son mouchoir. Espérance l'aidait sans comprendre, mais confiant.
Alors Monte-Cristo se hissa sur l'amoncellement des meubles. Il parvint au faîte de la pièce. Là, auprès de la clef de voûte, il vit qu'il ne s'était pas trompé : une lai-ge plaque de verre cachait une ouverturecarrée.
Elle n'était fixée que par son propre poids.
Bientôt elle fut soulevée, et le comte parvint à la dresser, de teUe façon qu'elle laissât le passage libre.
Alors il redescendit à deJQi et tenilit la main à Espérance.
Agile, l'enfant grimpa à son tour.
— Serre tes bras autour de mon cou, dit Monte-Cristo, et ne crains rien.
De ses deux mains il saisit les rebords du cadre de piei're, puis ses jambes pendirent dans le vide. Le fardeau qu'il supportait était énorme, l'entant et l'arme pendant à ses épaules. Mais il avait retrouvé cette vigueur inouïe qui tant de fois déjà l'avait sauvé.
Ses bras se raidire^'it, son corps se souleva peu à peu ; il parvint à appuyer le torse contre l'arête puis les genoux...
Et enfin il se troava debout dans la pièce qui tout à l'heur encore servait de prison à Espérance.
Leulant avait pris pied.
Monte-Cristo, à l'aide de l'arme longue, renversa l échafaudage qui l'avait aidé à s'élever, puis il replaça soigneusement la plaque de glace.
Que Maldar pénétrât dans la salle du bas et il liésiterait longtemps avant de deviner par quelle issue les deux prisonniers s'étaient échapp.és.
Dans la :«\le ronde ou se trouvait Monte-Cristo la port% était eatr ouverte. Sans bruit, il se glissa vers 1 1- scalier. En bas, il entendait les Khouans qui s'excitaient les u A» les autres.
Les madriers vivaient été apportés à force de bras, et le travail de démolition commençait.
L'escalier était étroit, ménagé dans l'épaisseur de la muraille. Il eut été impossible de passer deux de front. En ce moment, il était éclairé du bas par le reflet des torches que portaient les Khouans ; mais la partie haute était plongée dans l'obscurité la plus profonde.
— Suis-moi, dit Monte-Cristo à Espérance.
En un instant, ils eurent gravi les degrés. Une bouffée d'air chaud les frappa en plein visage...
Le ciel était effrayant. D'énormes nuages noirs roulaient, et des éclairs blafards les déchiraient.
Mais cette lueur d'orage était un bienfait pour les fugitifs.
Monte-Cristo embrassa la terrasse du regard ; elle était garnie de créneaux dont la plupart étaient écroulés. Le dernier es-
Sovr était. de s'évader par une périlleuse escente.
Mais le comte eut un geste de colère.
Impossible! A la clarté d'un éclair, il avait vu la vieille tour plongeant à pic dans une sorte d'abîme.
Au même instants des clameurs furieuses éclataient en bas.
Les Khouaus avaient enfoncé la porte, et constataient que les prisonniers n'y étaient plus.
En même temps, un coup de feu retentit.
Une sentinelle avait aperçu l'ombre de Monte-Cristo se détachant entre les créneaux.
— Ah ! cette fois, ils ne nous échappeperont pas, s'écria Maldar.
Et il lança les Khouans dans l'escalier.
C'était l'instant suprême.
Monte-Cristo les entendit. En une se conde, il vit repasser devant lui tous ceux qu'il aimait, Haydée.ilercédès ; il revit comme dans une rapide hallucination les étapes de cette existence dont chaque pas avait été marqué par un combat contre le mal...
Et s'interrogeant loyalement, Monte- Cristo put se dire :
— Oui, j'ai rempli ma mission d'honnête homme I Oui, je paraîtrai sans terreur au tribunal d'en haut.
Puis il pjH dans ses bras Espérance qui ne tremfilait pas.
U l'embrassa longuement, saintement.
li se redressant, il s'écria d'une voix Tibrant« :
— Monte-Cristo, redeviens Edmond Dantès !
Résolument, tenant dans sa main nerveuse l'arme formidable qu'il avait emportée, il se plaça sur l'escalier tournant. Là une balle partie d'en bas ne pouvait l'atteindre II eut fallu le fusiller à bout portant, et alors l'homme n'était pas loin....
Un premier Khouan parut...
La faux énorme s'abattit sur sa tête, il tomba en hurlant.
Les autres se ruèrent. Et alors ce fut dans ce petit espace une épouvantable lutte...
La voix de Maldar montait criant :
— Tuez! tuez! au nom d'Allah !...
Les détonations retentissaient rendues erfroyablement sonores par l'étroitesse de l'escalier. Les balles ricochaient autour de Monte-Cristo. Et il frappait, frappait toujours.
Pourtant sous le flot qui le poussait, il fallait reculer.
H remontait les marches une à une, ss faisant une barrière des corps amoncelés...
Et ainsi, lentement, il arriva jusqu'à l'issue qui conduisait à la terrasse.
Oh I ils allaient donc se trouver en fac« d'Espérance I c'était la fin!
Le bras de Monte-Cristo se fatiguait à frapper. Un de c<^c misérables tombant lui avait bcéré la jambe d'un coup de poignard... un autre avait décharge sur lui son pistolet, et la balle avait atteint l'épaule gauche... et pourtant il ne voulait pas faiblir!...
' 8'arcboutant contre le dernier arceau, il faisait tournoyer l'engin de fer.
Au-dessus de lui, l'orage maintenant éclatait, sinistre, lançant sa voix de mort à travers l'espace.
Les Khouans avançaient toujours : ceux d'en haut étaient poussés en avant par ceux d'en bas...
Us étaient trop!... il fallait mourirl.., Li'arme lui fut arraché par un coup de feu...
Dans un suprême élan d'énergie, Monte- Cristo saisit un des Khouans et le lança par dessus les créneaux... Et maintenant, c'était de ses poings ensanglantés, durs comme des marteaux de fer, >;u'il brisait les crânes...
Mais il ne voulait pas tomber vfvant entre leurs mains.
Et surtout Espérance I... oh! ne lui t4servait-on pas d'epouvantablef; tortures !...
Comme tout espoir était penlu, àloute- Gristo prit une dernière résolution...
Pas un muscle ne broncha.
Liv. 51.
n se lança sur le groupe qui se trouvait levant lui, la tête basse, en vrai matelot marseillais.
Sor/^la poussée violente, il y eut un remous de ce flot d'assassins...
Monte-Cristo, se redressant, bondit en arrière, saisit Espérance dans ses bras, et d'un élan sauta sur les créneaux, prêt à se précipiter avec son cher fardeau...
— Père! père!... mourir avec toil murmurait Espérance.
Et pourtant Monte-Cristo ne se jeta pas dans le vide..
Non!... que se passait-il?... A.h oui' c'était Coucou, c'était Jacopc qui au bruit du combat avaient escaladé les murailles, et se ruuient maintenant sur les Khouans par derrière...
La fusillade était engagée...
La voix de Maldar avait rappelé les assassins...
Et il avait ajouté les mots qui avaient frappé l'oreille de Monte-Cristo :
— A moi seul, je réponds de ceux qui sont icil,..
A lui seul! Allons doncl...
Est-ce que Monte-Cristo sentait ses blessures! est-ce que serrant Espérance dans ses bras, il ne retrouvait pas toute sa force...
Un instant, penché sur les créneaux, il regarda...
Le eonibat s'engageait acharné, furieux!...
Le tonneire répondait aux détonations des fusils...
Les éclairs doublaient l'éclair des armes blanches...
C'était épique et horrible à la fois...
Mais il n'y avait pas une seconde à perdre. L'escalier devait être libre. Monte- Cristo devait aller porter à ses amis l'aide de son bras.
Et pourtant qu'avait donc voulu dire Maldar?
Il le comprit vite,
A peine avait-il descendu quelques marches qu'unelueur rouge éclata toutà coup, se dressant devant lui comme une barrière...
Le feu I oui, Maldar avait tenu parole 1 à lui seul, il répondait de Monte-Cristo et d'Espérance, avec un seul allié, J'incendie.
En un clin d'œil, il avait entassé au pied de l'escDiier des fascines sur lesquelles il avait semé de la poudre. Puis ime torche avait tout enflammé.
Ev def nuages de fumée se répandaient 'îans la cage étroite. Maldar, les dents serrées, un hideux sourire de fou sur les
lèvres, jetait des vêtements, des armes, des caisses dans le foyer, et la flani!;^^ grandissait, activée parle vent qui s'eiigoufifrait dans la colonne montante de l'escalier.
Traverser cette fournaise était impossible.
Espérance suffoquait. Monte-Cristo le prit dans ses bras et revint sur la terrasse.
L'orage toujours, mais point de pluie I Le ciel encore était contre lui.
Et dans l'escalier, comme dans une cheminée énorme, la flammemontait avec des ronflements effroyables, on entendait les pierres craquer comme des os sous le marteau.
I\Ionte - Cristo regardait toujours en bas.
La lutte continuait, mais il était évident que Coucou et ses hommes avaient le dessus.
On voyait les Khouans fuir, semblables à des démons à travers la nuit...
Seul, un petit groupe, au milieu duquel se trouvait Maldar, dominant les autres de sa haute taille et les exerçant au combat.
L'incendie maintenant faisait au-dessus des combattants une torche gigantesque.
Que pouvait espérer Monte-Cristo ?...
rien !...
La victoire même des siens ne pouvait pluslesauver...
Baisant les cheveux d'Espérance, jetant un dernier adieu à la France, à tout son passé, à tout son avenir, il murmura :
— 0 mort ! je t'attends !
Mais soudain il tressaillit.
Des cris venaient d'éclater encore dans une autre direction.
Mais cette fois, ce n'étaient pas des hurlements de mort.
Non ! c'étaient des voix de France qui criaient :
— Courage!...
Monte-Cristo s'élança sur la crête de la tour.
Maintenant la flamme jaillissait audessus des créneaux, pareille à ces panaches dé feu qu'on voit la nuit aux cheminées des hauts fourneaux.
Et à cette clarté énorme, Monte-Cr\si'> vit une chose inouïe.
Une troupe de cavaliers venait de s'arrêter au pied de la tour, au point même où le rocher semblait le plus inaccessible.
Une voix fraîche, jeune, s'éleva, ayant un accent anglais et criant :
— Comte de Monte-Cristo, ayez confiance.
— n ne faut pas mourir, cria une autre voix.
Quoi !... ces voix, il les reconnaissait! — pourtanx comment y croire? — celle de miss Clary Elphys I...
Et ce n'était pas tout encore. Une voix de plus et ceUe-là criait :
— Comte de Monte-Cristo, au nom de ma mère, courage 1...
Était-ce donc une hallucination? était-ce l'agonie qui commençait? Maldarn'avait-il pas dit, l'infâme I que tous les prisonniers avaient été égorgés I...
Et Albert, le fils de Mercedes, était là, accourant à son secours I...
Haletant, penché à mi-corps, dans une embrasure, Monte-Cristo écoutait, attendait...
En vérité, cet homme que rien n'avait étonné, poussa un cri de stupeur :
Sur ce roc, à pic, où il semblait que pas un pied humain ne put ti-ouver un point d'appui... un homme montait, hardiment, sans une hésitation...
il semblait ramper sur ce mur...
Monte-Cristo ne pouvait détacher ses yeux de cette forme humaine qui semblait suspendue dans l'air par un miracle...
Il uf regardait pas derrière lui.
soudain il entendit un cri.
Maldar était là debout et son yatagan aieiijçait la gorge d'Espérance renversé...
Le misérïS)le, vaincu, voyant la mort, s'était rué au milieu des flammes, et brûlé, dégouttant Je sang, il était parvenu jusqu au sommet de l'escalier qui s'était effondré derrière lui...
Oue iui importait I il voulait tuer l'enfan"t....
Comment Monte-Cristo trouva le temps de bondir, d'arracher l'arme alors (ju il touchait la gorge de son enfant, comment il saisit Maldar à plein le corps, comment il lebalança un instant dans l'air et le lança dans l'espace, comme fait un enfant de la pierre de sa fronde, ce fut un prodige !..
Et au moment même où le corps de l'assassin rebondissait sur les dalles de la cour, pantelant, brisé, un homme bondissait sur le terrain, et s écriait :
— Monsieur de Monte-Cristo, sauvez l'enfant...
11 déroula une longue corde qui entourait aa ceinture, puis, avec une incroyable habileté de main, passa ie nœud sous les épaules d'Espérance...
Montfr-Cwslo regardait cet homme qu'il .r>e connuiseail pas... et qui avec une autorité sin, ulcère, avait fait glisser renfaiil |-iir-deKsu8 les créneaux, et maintenant, ,M3nché eu dehors 4 ce point qu'il semblait
ne point avoir de point d'appui, guidait la corde qui descendait...
— Père ! Père ! je suis sauvé 1 cria Es pérance.
— A votre tour, dit l'inconnu remontant prestement la corde.
— Mais vous-même!...
— Oi) 1 moi! n'ayez pas de crainte ! Au besoin je sauterai d'ici en bas!... Mais allez, allez vite ! sinon cette vieille tour va s'écrouler...
Monte-Cristo obéit, il saisit la corde entre ses mainsnerveuses... etdescendit...
Et arrivé en bas, levant la tête, il vit que l'homme descendait sans aide, s'accrochant des pieds et des mains aux aspérités de la pierre...
Quand il eut touché le roc, Monte-Cristo lui présenta sa main tout ouverte.
— Monsieur, lui dit-il, vous m'avez sauvé la vie... vous avez sauvé mon fils... ma vie vous appartient. Ne me direz-vous pas qui vous êtes?...
— Un colon français, monsieur le comte... qui a eu, lui aussi, des aventures si étranges, que lorsque vous les connaîtrez, rien ne vous étonnera plus... or. m'appelle Fanfarl...
Coucou et ses hommes accouraieut.
Les Khouans étaient morts ou en luite.
— Sapristi I s'écria le zouave. Il a fait chaud!... mais quelle descente!... Ah çà! il y avait donc un singe par là...
Celui qui avait dit s'appeler Fanlar se mit à rire :
— Chacun son métier, dit-il. J'ai été saltimbanque...
Miss Elphys s était approchée de Monte- Cristo :
— Comte! lui dit-elle doucement, com bien je suis heureuse d'être arrivée à temps 1...
— Vous, miss! mais par quel miracle étes-vous doue ici ! en vérité, je me demande si je veille ou si je rêve...
— J avais juré de vous suivre, dit Clary en rougis-siint. Mais hélas! j'avais trop présumé de mes lorces.. toujours égarée, trahie par mes guides, je crus que je mourrais s;ins pouvoir donner ma vie pour... votre lils!.. mais ma bonne étoile m'a conduit chez le colon français, chez M. Kanfar... et dès que j'iii prononcé votre nom, ii a juré de vous défendre... et c'est à lui que revient loutlemérite...
— Ça !ie fait rien, dit une grosse voix, je ne suis pas fâché que cela soit hui. On va retourner en France, hein?...
— Maman Caraiiian I s'écria le zouave qui iui sauta au cou.
— Eh liieiil veux-tu unir, gamin I...
— Et c'est pour moi, monsieur le comte, <Tue vous ,ivez couru tous ces périls...
Monte-Cristo considéra longtemps All.ert.
Oui, c'était bien le portrait vivant de Mercedes. Et le comte sentit une larme monter à ses yeux.
Il lui tendit les deux mains, Albert se leta dans ses bras.
— Au nom de ma mère, dit-il, merci !... mais permettez-moi de vous présenter mon sauveur... encore un, ajouta-t-il en souriant. Car je ne suis bon, parait-il, qu'à être sauvé...
Gratillet fit un pas vers le comte :
— Mille pardons, monsieur, de me présenter dans cette tenue. Mais je n'ai pas eu le temps de faire un bout de toilette... et nous avons fait un tel plongeon il y a deux jours!...
En elîet, quand Albert et Gratillet avaient dû passer dans le vide, ils étaient tombés lans un torrent qui, par hasard, n'était pas à sec. Leur chute avait été amortie, et ils avaient pu fuir jusqu'à ce qu'ils ren- >;ontrassent la caravane de miss Elphys...
Le journaliste ayant dit son nom, Monte- Cristo poussa un cri de surprise :
— Monsieur Gratillet I... n'ètes-vous pas an am^ de Beauchamp?
— Et son reporter ordinaire... Oui, monsieur le comtel...
^ Eh bien ! Beauchamp vous avait fortement recommandé à moi, si je vous rencontrais... mais il faut avouer qu'il eût tnieux fait de me recommander à vous..
— Mais vous êtes blessé ! s'écrie Albert en montrant les vêtements de Monte-Cristo couverts de sang...
— Ohl des égratignuresl...
Puis, s'arrêtaut tout à coup :
— Et Jacopo ? demanda-t-il à Coucou.
Le zouave baissa la tête.
Pauvre Jacopo L.. Une des premières balles lui avait troué la poitrine. Coucou affirmait qu'il avait cherché la mort. Et au moment où il tombait, un nom errait sur ses lèvres, celui de Mannelita !..
— Mais qui sait? s'écria Monte-Cristo, oeut-être est-il encore temps de le sauver 1... mais Espérance 1 mon fils I qu'astu donc?...
Épuisé par tant d'angoisses, Espérance, pâle, venait de tomber évanoui.
Maman G»^raman le saisit dans ses bras :
— Eh ! qu'est-ce que c'est I... Hé ! petit 1 Soyez tranquille, monsieur Monte-Cristo. . (^ame connaît ça de soigner les malades...
— Et quelques jours de repos chez mol suffiront à le sauver, dit celui qui se donnait le nom singulier de Fanfar
Monte-Cristo, après un moment d'hésitation, s'était élancé suivi de Coucou et de Fanfar vers le lieu du combat..,
Au moment où il franchissait la brèche, il poussa un cri.
Un corps était étendu sur le sol, masse blanche, inanimée :
— Medjé I pauvre Medjé !...
— Que dites-vous I s'écria Albert, Medjé 1...
— Oui, fit le comte qui l'avait soulevé dans ses bras, la pauvre et douce enfant qui vous aimait tant I c'est elle qui nous a guidés ici, mais hélas ! l'infâme Maldar a dit que vous étiez mort... et la douleur l'a tuée...
Albert s'était agenouillé auprès d'elle.
— Chère, chère Medjé 1 murmura-t-il.
Soudain Monte-Cristo qui s'était penché
s'écria :
— Je ne crois pas qu'il soit au pouvoir de l'homme de la sauver .. mais peutêtre pourrions-nous du moms lui donner une joie suprême...
Il tira de sa poche le flacon de Faria et versa une goutte sur les lèvres de la jeune fille.
Tout son corps frissonna et ses yeux s ouvrirent.
Elle vit Albert. Un adorable sourire passa sur ses lèvres pâlies :
— Petit papa I murmura-t-elle avec un accent de suprême adoration.
Puis sa tête retomba. Elle était morte. Albert pleurait.
Hélas I ce n'était pas la seule victime de cet épouvantable combat. Des quarante compagnons de Monte-Cristo plus de vingt gisaient morts...
Et au milieu d'eux, Jacopo... le meurtrier de Mannelita avait expié son crime.
— Que Dieu lui fasse grâce 1... dit Monte-Cristo d'une voix grave.
Il passa sa main sur son front. De poignantes pensées le troublaient...
Ceux qui étaient là, tombés, n'étaient-ils pas victimes de son orgueil immense...
Avait-il le droit de disposer de ces existences 1 ... et était-ce lui qui avait sauvé le fils de Mercedes 1... et n'avait-il pas dû être sauvé lui-même!...
Encore une fois, il doutait de lui-même...
— Monsieur le comte, dit le colon français, je ne doute pas que les Khouans ne reviennent en force. Il serait périlleux de rester ici... Voulez-vous accepter mon hospitalité ?...
Monte-Cristo releva la tête et regarda autour de lui.
Ses yeux tombèrent sur le groupe où se trouvait Espérance. Il tressaillit.
— Allons I dit-il. Je n'ai plus que le iroit d'obéir