CLOISONS TROP MINCES
Girdel avait été transporté dans sa chambre. Le digne aubergiste, au désespoir, ne cessait de répéter :
— Ça n'est pas possible I... un coffre comme cela, ça résiste !...
Puis il ajoutait :
— Mais comment cela s'est-il fait
La Roulante s'était installée au chevet de Girdel. Son visage était couvert d'une teinte livide.. Ses angoisses étaient inexprimables, angoisses criminelles 1.,. Car elle devinait bien, la misérable, que c'était un coup manqué... et maintenant elle avait peur. Bobichel n'avait-il pas deviné le secret?...
Les questions de Schwann lui causaient un étrange malaise. Caillette répétait cent fois les mêmes détails, mais que savaitelle, la pauvrette ? Rien ouà peu près. Elle avait eu si grand peur <iu'elle n'avait rien vu, rien que Gueule-de-Fer tombant à U renverse, Fanfar saisissant la masse entre ses bras d'athlète...
Bobichel rentra :
— On avait dévissé U erocbul de
Père I Au secours.
Liv. 64.
lî»7
.^iV-il 8Q regardant la Roulante en face...
!e se dressa sur ses pieds.
Qui ça ? Où ?... toi, d'abord, mau-
jître, tu te mêles de ce qui ne te re-
■ pas... Vas-tu faire croire qu'on l'a
xprès.
Avec ça que ce n'est pas vrai, cria
■ae\ hors de lui.
Roulante, les ongles en avant, sans
fjare, lui sauta au visage. Schwanula par derrière ; et elle recula, emporta li lux doigts des traces sanglantes, tand' Tue le visage de Bobichel se couvrait
'. 'hes rouges...
llelte s'était élancée entre eux...
liée violemment en arrière, la Rousaisit la jeune fille par le bras, et
rt fut si violent qu'elle la renversa.
lui lança un coup de pied qui l'attei-
i la jamiae.
tait une scène atroce.
lendant Schwann était parvenu à
tenir la mégère. Caillette, se relevant I de grosses larmes dans les yeux, .7 I couru au lit de Girdel et lui avait crié: — Père I père ! au secours !...
Qu'y a-t-il 7 demanda Gueule-de-
fut un coup de théâtre.
: eut dit que la voix de Caillette roduit un etiet magique.
!à que Girdel s'était redressé... et é sur ses mains, ayant au cou les ie Caillette qui sanglotait, il regarutourde lui.
is s'étaientsubitement arrêtés, wann avait lâché la Roulante qui, -santé de rage et de terreur, n'osait laire un mouvement. Bobichel, la le fendue par un immense rictus de, egardait le patron.
ie le savais bien, cria Schwann,
, rapprochant de Girdel, il lui
les deux mains.
Eh l)ien 7... mou vieux !... Comment
Si'^ ça va?... Tonnerre 1 en voilà une erte.
Gueule-de-Fer, troublé, sentant encore «n cerveau l'ébranlement de la terrible qoinmotion, chercnait à rass'uabler ses dées...
Kobichel, sans mot dire, lui tendit la Buteilie a'eau-de-vie qu'il avait sauvée ians la bagarre, Girdel lui adressa un signe de tè,e, puis de sa main qui tremblait un peu il approcha le goulot '^e »e« lèvres ''•tbut quelijue.'^ gorgées.
Dn han ' de satisfaction s'échappa de sa '•oitrine. Il passa ses deux larges maios ourson front.
Puis il releva la tête. Son œil avait rupris presque instantanément son lumineux éclat... n vit Caillette la première, il la prit par la tète, doucement, souriant, et sa bouche s'enfouit dans ses cheveux en un long baiser.
— Ah ! patron, fit Bobichel oubliant ce qui venait de se passer, comme je suis content I
Mais Girdel ne répondait pas encore. D avait appuyé la tête de Caillette, près, tout près de son cœur et, se penchant à son oreille, il lui dit tout bas :
— Et Fanfar I c'est lui qui m'a sauvé, n'est-ce pas?... Il n'est pas blessé, au moins?...
— Non, père.
— Où est-il?
— H est allé à 'Vagney pour chercher un médecin.
Gueule-de-Fer eut un gros rire.
— Un médecinl... un empoisonneur!...
Bah!... eucorô une goutte, Boi)iehel...
Bobichel lui rendit la bouteille.
— Eh ! mon vieux Bob 1 qu'est cela? s'écria Girdel en voyant le visage du pitre sillonné de sang...
— Oh I c'est rien ! patron ! parlons pas de ça... je suis si content, si content!
Et de fait, il était si heureux qu'il pleurait à chaudes larmes, et l'eau des pieur.« se mêlant aux gouttelettes empourprées lui faisait un masque des plus bizarres. — Tu t'es donc battu? insista Gii'del.
— Non! non!...
— Eh bien ! c^uoi I c'est moi qui l'ai arrangé ; après I s'écriala Roulante en venaa! se placer devant le lit, carrément sur le> énormes poteaux qui calaient sa plantureuse personne. Il m'a insolentée...je l'ai un peu secoué, voilà tout!,.. Avec ça que tout
le monde u'a pas l'air de se f de moi
ici!... V'ià que M. Gueule-de-Fer cajole son aztec de fille, taille une bavette aveo
cet idiot de Bob et U ne s'occuperait
pas tant seulement de sa femme! Oh!
malheur!,..
Cette femme, furieuse et cependant dissimulant sa déconvenue sous cette grossièreté ironique, ne pouvait inspirer que le dégoût,..
Girdel détourna la tête, mouvement dott Bobichel profita pour montrer le poing u la Roulante...
Gueule-de-Fer écarta doucement Caillette.
— Voyons un peu si Je peux tenir sur mes pattes.., Saprédié!... quel chocl Ehl mon vieux Schwann, crois-tu que aooa sommes encore des booMl...
^rchwann se posa le torse en arrière, les mains sur son ventre...
— Faut voir I fit-il épanouissant sa large face en un sourire. Allons! Papa Gueulede-Fer . . . Une, deux. . . comme àla parade I . . . Trois!...
Girdel était debout.
— Hum! fit-il en se secouant, ça ne sera rien... mais prelottel comment diable est-ce arrivé?... C'était pourtant rudement solide!...
H y eut un silence général.
— J'examinerai ça avec Fanfar, repritil. Ah çàl il ne sera pas trop long....
— Il devrait déjà être revenu, dit Schwann. Pourvu que l'inondation ne l'ait pas surpris en route...
— Il est à pied? demanda Girdel.
— Non! à cheval! répondit Bobichel.
Vous savez bien, patron, la belle demoiselle... c'est elle qui lui a donné son cheval...
Il s'arrêta brusquement. Caillette pâlissait et s'appuyait au lit en tournant la lète...
Girdel ne la voyait pas.
— Décidément... avec ses grands airs de mijaurée, c'est une bonne fille! on lui revaudra ça... maintenant, mes enfants, il faut me laisser seul... Voyez-vous, j'ai mes affaires... en attendant Fanfar, il faut que je cause... tu sais Schwann, avec ;es deux... hommes que je dois conduire lemain matin à Remiremont...
— Tu ne comptes pas partir demain...
— Je n'en sais rien... je déciderai cela tout à l'heure... Va, ma petite Caillette, va te reposer... tiens, je suis bête!... j'oublie qu'il n'y a pas de danger que la petite masque... se couche avant que Fanfar soit revenu... eh bien! va l'attendre... avec bobichel.
Un instant après, tous quittaient la chambre de Girdel.
C'était une rude carcasse que celle de Gueule-de-Fer, en somme, un peu de lassitude, et c'était tout.
A peine la Roulante était-elle sortie au'une forme noire sortit d'un creux de l escalier, où elle s'était blottie. C'était Robeccal.
— Eh bien ? demanda-t-il
— C'est manqué!...
— Il a bien quelque chose de cassé?
— Kieu... 11 va mieux qu'auparavant.
r- Malédiction 1
— '7"eb trop bète, aussi... murmura la Roulante. Un bon coup de couteau, et ça serait fait...
Tout en causant à voix basse, ces deux tomplic«B étaient entrés dans la vaste
chambre qui devait servir de dortoir commun aux artistes, c'est-à-dire à Robeccal, Bobichel et Fanfar.
Une autre pièce était affectée à la Roulante et à Caillette.
Robeccal grognait des mots indistincts.
Il était exaspéré, le misérable. C'était si bien combiné; il n'avait pas douté un seul instant que Fanfar ne tentât de retenir suspendu l'énorme fardeau. Mais il devait plier sous le faix, et il y avait vingt chances contre une pour que les deux hommes fussent, sinon tués sur le coup, tout au moins cloués au lit.
Une fois réduits à l'impuissance, ils appartenaient à leurs ennemis.
Qui diable aussi pouvait s'imaginer que la force de Fanfar atteignit cet incroyable degré d'énergie... jugez donci Trois cents kilos! et cette masse projetée devait doubler de poids... Rien n'avait fait! décidément c'étaient des gredinsi... le couteau! soit, il faudrait en venir là...
A ce moment de leur entretien, Robeccal et la Roulante entendirent des pas lourds peser sur l'escalier de bois; il y avait là deux hommes... Où allaient-ilsî
Voici qu'ils s'arrêtaient à la porte de Girdel; on frappait doucement.
Robeccal tressaillit. C'est qu'il lui revenait en mémoire le court colloque qu'il avait eu naguère avec cet iSconnu qui n'était autre que Cyprien. On lui avait demandé d'espionner, offrant de le payer largement. Espionner, pourquoi? N'avaiton pas dit qu'il y avait là moyen de vengeance?...
— Si tu détestes Girdel, avait dit l'homme, je te donnerai l'occasion de lui payer en bloc ce que tu lui dois.
Ce n'était pas tout. 11 avait parlé des deux inconnus qui, dans la salle de l'auberge, s'étaient entretenus avec Gueulede-Fer.
Robeccal, écartant la Roulante, entr'ouvrit la porte et regarda.
C'étaient ces mêmes hommes.
— Mille noms de!... grinça-t-il.
Puis se tournant vers la Roulante :
— Ecoule, tout n'est peut-être pas perdu !
— Que veux-tu dire?...
— On verra... M'est avis que je vais jouer à Girdel un de ces pieds de cochon I... Dis-moi seulement... est-ce que tu ne t'e« pas aperçue qu'il s'occupait de Iriiiotai^fs... de choses qu'il cachait?
— Il est toujours fourré dans les journaux. Et puis... tiens... j'avaii» oublié de te 'lire ça : il va toujours à la poète, et il rapporte des tas de lettres.
— Tu ne les as pas lues?
— Je ne sais pas lire!...
— Eh bien I attends-moil... nous allons peut-être en savoir assez long pour le ficher dans des draps qui lui gratteront le... dos à l'en faire crier...
Les deux personnages que nous avons rencontrés dans la salle de l'auberge se trouvaient en ce moment au pied du lit de Girdel.
— Eh bien! dit l'un, il paraît que vous l'avez échappé belle...
Ce n'est rien:... le fait est que j'étais nettoyé sans ce brave Fanfar...
Ahl mes amisi en voilà un qui a les muscles, le coeur, la tète, tout de la bonne étoffe...
— Aussi c'est de lui que nous venons vous parler, reprit celui qui portait le costume de maquignon...
— Ah I s'il est l'heure de marcher, fit Girdel, on peut compter sur lui...
— Est-ce bien certain? comprenez bien notre question? Nous ne doutons ni de vous ni de lui... mais pour l'œuvre que nous avons entreprise et dont le but est de rendre à la France la liberté, étouffée dans le sang par Bonaparte, dans la boue par les Bourbons, il nous faut des hommes (ui aient fait d'avance le sacrifice de leur vie, qui, les yeux fixés sur l'avenir, •tur la patrie, marchent droit, à travers les obstacles, et ne se détournent même pas, si, par aventure, léchafaud leur barrait la route... Fanfar est-il un de ces hommes?
Girdel répondit :
— Je ne suis pas un parleur, moi. Mon père était soldat de la République. Moi, j'ai été condamné à mort par les cours prévôtales de 1815... Mon père a donné sa vie pour la France... On a voulu me couper la tête... Seulement, je me suis sauvé, non par lâcheté, mais parce que le vaincu veut la revanche... eh bien I depuis que le pauvre petit Fanfar est tombé par hasard entre mes mains, je lui ai appris le respect de la grande Révolution... Tout petit, il lisait couramment la déclaration des Droits, qui est notre Evangile à nous... Il a tout compris... c'est un cœur droit I... et puis, vous savez, son père a été assassiné par les alliés, sa mère a été brûlée par les Cosaques, sa sœur... pauvre chère créature 1... six ans à peine ! est morte de faim et de misère sur quelque route...
donc Fanfar hait les Bourbons!... Haïr u'est pas ie vrai mot I Aii 1 si je savais parler I... La sociélé ne hait pas les criminels. Elle les châtie froidement... au nom de la justice... Pour Faaiar les Bourbons
sont des coupables I il veut les' punir I Voilà l'homme... donc vous pouvez voua fier à lui...
Il y eut un court silence.
L'homme qui semblait un ancien militaire reprit le premier la parole :
— Girdel, nous vous croyons... Aussi bien depuis tantôt dîx ans, affilié aux patriotes de 1816, toujours frappés, jamais domptés, vous avez prouvé ce qu'il y avait en vous de dévouement et d'honnêteté...
Vous avez servi le colonel Berton... Vous avez tenté de sauver les quatre sergents... Girdel, vou^ êtes un homme et un citoyen !
Gueule-de-Fer rougit. Vrail si fort que l'on soit, il est tels éloges qui vous trouvent faillie.
— Que votre bienveillance se reporte sur Fanfar, dit-il. Vos paroles me comblent de joie, parce que je sens qu'il m'est encore donné de rendre service à la noble cause que nous défendons... Fanfar sera ici dans quelques instants... prêt à vous obéir... prêt à risquer sa vie pour ce qu'il sait être son devoir.
— Vous connaissez la situation, reprit l'un des deux hommes, l'insolence de la réaction est à son comble... mais déjà la division s'est glissée dans les rangs de nos eunemis...
La chute de M. de Villèle est procue. Il avait proposé la banqueroute, et certes, si les intérêts du peuple eussent été seuls en jeu, la mesure eût été accueillie par la majorité de la Chambre des pairs... mais le clergé se sentait directement atteint 1 Réduire les recettes d'un cinquième!...
bon pour les petites gens.
Mais messieurs d'Eglise ont de grands biens et n'entendent pas être privés ainsi d'une part de leurs revenus... Ça été là le grand argument. La loi de conversion a été rejetée... C'est un échec grave pour le ministère... Nos amis doivent redoubler d'efforts... le général Foy a pu stigmatiser du haut de la tribune les acheteurs de suffrages et les clouer au pilori de l'infamie... Royer CoUard a pu jeter à la face de la royauté cette apostrophe terrible : <> Où serez-vous dans sept ans? » L'agitation est générale, il faut agir... il nous faut envoyer à Paris un homme sur, jeune, ardent, actif, qui se mette aux ordres du comité directeur, et ne recule devant le sacrifice... Fanfar peut-il être cet homme?
Girdel dit ce simple mot :
— Oui.
— Eh bien, ajouta le vieux soldat en écartant les revers de sa redingote et es tirant de sa poehe un portefeuille, yoitt
des paiiers dont l'importance e^;t si grande que, s'ils tombaient entre les mains de nos adversaires, notre tête à tous vserait menacée et notre cause à jamais compromise.
Ce-' papiers, Fanfar les portera à Paris et les remettra au comité, qui sera ainsi édifié sur le résultat de notre propagande dans le Nord et diins l'Est, sur le nombre des conjurés, sur le nom des principaux adhérents de notre association... Des ordres, lui seront donnés: il les exécutera sans hésiter, sans manifester ni curiosité ni surprise. Pouvez-vous, Girdel, vous engager au nom de Fanfar et affirmer sur votre honneur qu'il remplira, sans faiblesse, la mission qui lui est confiée?
— Sur mon honneur, je réponds de lui.
— C'est bien, firent les deux hommes.
Pendant quelfjues minutes encore, ils
s'entretinrent à voix basse avec Girdel... puis, ils sortirent.
AJjsorbés dans leurs pensées, ils ne virent pas une ombre qui se rejetait vivement en arrière.
Robeccal avait tout entendu...
^.■ A.U même instant, Gyprien, affolé, arrivait dans la salle bass^e de l'auberge... blême, tremblant, il avait peine à repondre aux questions qui lui étaient adressées...
Il croyait à la mort du marquis. — Quelques paroles entrecoupées s'échappaient de ses lèvres...
— L'inondation I... le torrent I... la mort!...
Enfin il put parler.
Schwann frémit.
Et Fanfar qui ne revenait pas I
Tout à coup, le galop d'un cheval retentit sur la route. Caillette et Schwann s'élancèrent...
Et un double cri de surprise s'échappa de leurs poitrines...
C'était le marquis.
— El Fanfar, cria encore Schveann, taniis que Caillette, désespérée, tombait à genoux sur le plancher de la salle.
— 11 me suit! répondit le marquis.
— Il n'est pas blessé?...
— Non... Maintenant je n'ai pas un moment à perdre... Coadui.sez-moi à la chambre de Girdel.
Le Ion dont fc^ parnles étaient prononcées était si I ■ que Schwann, à demi-rassui tcl'aiilar, se hùta d'obéir... il lit- .■^c -n mandait même pas pourquoi cette jurande hAtede voir Gueulede-Fer.
Cypriên avait bondi sur ses pieds. Il allait interroger le marquis, mais celui-ci lit iuiposé silence d'un coup d'œil.
Puis, passant auprès de lui, il avait :ni;. muré ce seul mot :
— Patience.
La porte s'était refermés sur lui.
Alors Cyprien sentit ïine main qui sa posait sur son épaule, et une voix chuchota à son oreille :
— Sortez... j'ai à vous parler...
Cyprien reconnut l'homme dont il avait
tenté d'acheter la complicité.
— Tu sais quelque chose?
— Sortez donc I reprit vivement Robeccal, est-ce <iue je cause de façon qu'on m'entende? Pas si bêle... c'est bon pour les honnêtes gens.
Et comme ils franchissaient la porte.
Fanfar apparaissait sur la place... il ne vit pas les deux ombres qui glissaient le Iondes maisons, et courut à l'auberge.
— Fanfar I cria Caillette.
Et la jeune fille se précipita dans ses bras I...
— Te voilà, gamin I fit Schwann en lui caressant la joue du doigt.
Mais ses yeux étaient gros... et sa voi\ s'étranglait dans son gosier...
Ou entendait au-dessus la voix de la Roulante qui avait pris la bouteille d'eaude-vie, et chantait, en buvant, pour oublier ses chagrins...
LA. RECONNAISSANCE D UN UAJ\Qni8
Après le départ de ses doux ami', qui, renonçant, bien entendu, à leur pr/teiidu voyage de Remiremont, avaient immérliatement quitté l'auberge, Girdel était resté pensif. Il se disait que, peut-être, il n'avait pas le droit d'engager ainsi l'avenir de Fanfar, mais il rassurait prompteiiient sa conscience effrayée en se rappelant combien dans l'âme ardente du jeune homme le dévouement au bien primait tout autie sentiment.
Et il se disait tout bas :
— S'il eût été li\, il eût accepté.
Cependant Fanfar ne revenait pas. Quelque confiance que Girdel eM ilarj.s sa force et dans son courage, il nr ' ' is que
d'être inquiet. Il se s<mi' or en
songeant aux périls de IH
Tout à coup on frappa à t-a [lorle.
Gueule-ile-Fer se bâta d'ouvrir; mais aussitôt il recula en lai.ssant échapper une «clamalion de surprise.
Un inciinnu se tenait sur le seuil.
— Monsieur Girdel, demauda-t-il.
— C'est moi...
— Je me nomme le marquis do Foug»-