‹ Le fils de Monte-CristoChapitre 67 sur 84 · XI · texte numérisé non relu

XI

Jeune homme de ses mains qui frissonnaient, pleurait en l'embrassant, en l'adorant...

— Et pas moisir, surtout! cria une voix aigre quelque peu éraillée par des sanglots contenus.

— Bobichel! mon bon Bobichel! fit Caillette courant au nouveau venu.

Elle sauta au cou du pitre qui pleurait comme un enfant.

Irène s'approcha de Fanfar :

— Je suis venue, dit-elle.

Sans quitter les genoux de sa mère, il prit la main de la jeune fille, et l'attirant doucement, il la porta à ses lèvres.

Arthur interrogeait Girdel.

Non ! ça n'avait pas été sans peine ! Après avoir appris l'enlèvement de Fanfar, atterrés d'abord, ils avaient réfléchi. Un seul homme pouvait les mettre sur la trace de la vérité. C'était Cyprien.

Dame ! on avait manqué de formes envers luil on avait cogné un peu fort! il avait gémi, crié! mais il avait parlé...

On avait couru à l'hôtel de Fougereuse. . .

Déjà les deux corps étaient sur la route d'Alsace...

Bah ! les chevaux sont faits pour galoper. Et à deux lieues de Paris on avait rattrapé les équipages du marquis...

Labarre avait tout appris... Fanfar avait été délivré, le médecin qui avait accompagné Girdel l'avait rappelé à la vie...

Et seul, le marquis de Fougereuse était parti, emportant au château de Fougereuse le corps du vicomte de Talizac...

— Et Pierre Labarre!...

■ — Il est à la barque, il nous attend.., car vous ne savez pas tout. Nous avons eu le tort de ne pas tuer le Cyprien... nous n'avions pas le temps, d'ailleurs... et il nous a menacés de tout dénoncer. . . Fanfar est condamné, le mieux est de fuir... à un quart de lieue de la côte, un navire nous attend... Allons! Fanfai-, en route pour l'Amérique...

Il y eut un moment de silence.

C'était l'instant suprême. C'était la séparation.

Labarre entra :

— Monsieur le marquis de Fougereuse, dit-il, il faut partir :

Un cri lui répondit. Qui donc saluait-il de ce nom.

Famar se releva :

— Ne me donnez pas ce nom. Je suis Jacques, tils adoptifde Simon Fougère.

Ii-ène le regarda.

~- Jacques, dit-elle, vous m'avez dit : Faites-vous aimer 1... Ai-je suivi votre conseil?

— Je vous aime, dit Fanfar.

— Voulez-vous que je sois votre femme?...

Caillette eut un tressaillement.

— Fanfar. . . dit-elle, si vous saviez comme elle vous aime!...

Le jeune homme passa sa main sur ses yeux.

— Merci!... vous tous dont le cœur est noble et bon!... Pourquoi nous faut-il quitter la France et chercher la paix loiu de la patrie!...

— Allons donc!... dit Gueule-deFer,on reviendrai... En route !

— Partez-vous donc? demanda Ai'thur à Francine.

— Puis-je quitter mon frère ? réponditelle en baissant les yeux.

— Eh bien I dit Arthur, je veux, moi aussi, faire mon apprentissage delà vie. Et il me sera facile, si vous voulez m'y aider.

Après avoir rendu les derniers devoiis au vicomte de Talizac, le marquis de Fougereuse disparut sans que jamais plus on entendit parler de lui...

Magdelena, folle, avait cherché l'oubli dans le suicide...

A propos, Bobichel a ép^^usé Caillette.

Elle l'a aimé, tant il aimait Fanfar.. .

Françoise et Labarre sont morts...

... Cyprien est resté mouchard...

... La Roulante, qui dirigeait une maison infâme à la barrière d'Italie, a été assassinée dans une rixe...

Tel avait été le récit de Fanfar.

Comme on le comprend, nous avons dû le compléter dans ses parties essentielles : Car si quelque chose pouvait égaler l'énergie de celui que Monte-Cristo reconnaissait pour un frère en héroïsme, c'était sa modestie.

Puis, aurait-il pu dire, devant le brave Bobichel, que Caillette ne l'avait épousé que par amour de... Fanfar.

Ils étaient tous venus dans ces terres vierges de l'Algérie où l'activité française trouve de si précieux aliments.

Ils vivaient là, heureux, oubliés et oubliant eux-mêmes ceux qui leur avaient fait du mal...

— Et je bénis le sort, ajoutait Fanfar en tendant la main à Monte-Cristo, qui m'a permis d'utiliser mes anciens talents pour vous aider à sortir d'un pas difficile.

Plusieurs soirées s'étaient écoulées, pendant lesquelles Monte-Cristo avait écouté ces aventures si curieuses.

Espérance, peu à peu, se remettait de la

double fatigue morale et physique qu'il avait éprouvée.

Le jour vint où la petite caravane dût se remettre en marche pour regagner la France.

— Monsieur Fanfar, dit le comte, ne nous revenons-nous jamais?

— Qui sait? reprit Fanfar avec son bon sourire. Ne croyez pas que j'oublie ma chère patrie... jai pai-fois la noswlgiede la France...

— Eh bien ! si un jour je manquais à

mon enfant, fit Monte-Cristo eu posant sa main sur la tète d'Espérance, dites-moi que je puis compter sur vc ..

— Je vous le jure, dit Faïuar.

— Nous le jurons tousl répéta Gueulede-Fer. Le fiJs de Monte-Cristo le' est sacré, celai Et celui qui toucherait un cheveu de sa tète passerait un ma i vais qui'rt d'heure...

Nous saurons bientôt si Fanfir et ses amis ont tenu parole

UN UE LA TROISIKME PAKTIE

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