CARMEN TIENT PA.R0LE
— Je veille sur l'ennemi, avait dit Carmen, en se séparant de Gontran.
Elle était bien décidée, maintenant.
L'ennemi c'était le misérable qui avait abusé de sa jeunesse, de son inexpérience pour l'attirer dans un piège infâme, l'homme qui l'avait associée à une comédie répugnante, en usurpant le nom de père qui brûlait les lèvres de la jeune lille.
Comment n'avait- elle pas compris plus tôt l'ignominie du rôle qu'on la contraignait de jouer ? C'est qu'on n'avait pas laissé s'épanouir en elle ces fleurs exquises de délicatesse qui sont à la fois la gloire et le charme de la femme.
.\ l'école du cyni(iue Danglar.s, dont les ] a^sions sénilet "étaient i.'évelopiiées, elle n'avait rien aiqins de cequ; faitl'àme probe et la conscience juste
Elle était comme dans uir^ nuit "profonde, et cependant parfois li y passait des éclairs. Elle ae révoltait pur instinct
El la pauvre fille s'était laissé tomber à genoui.
Liv. Qà.
contre les exigences de celui dont elle devinait l'infamie.
Puis un jour él:iit venu où tout, autour d'elle, s'était éclaira.
L'amour avait tout à coup jailli de cette âme encore stérile.
Et par l'amour, elle avait tout vu, tout compris. Elle avait eu honte d'elle, honte de cet homme auquel elle était attachée par (les liens honteux.
L'amour n'est-il pas pour les femmes comme une seconde naissance.
En lui, elle avait puisé le courage de faire à Gontran cette confession sinistre qui pouvait à jamais la sépai-er de celui qu'elle aimait, et maintenant elle trouvait la force de lutter, sans trêve ni merci, contre l'adversaire qu'elle haïssait.
Il lui semblait que c'était le commencement du rachat, de la réhabilitation.
Oui, elle défendrait Gontran et tous ceux qu'il aimait.
Malheur à qui les menacerait I Toutes ses onelgies si longtemps comprimées ■>ous lengourdissement d'une vie factice, -c redressaient avec une incroyable vi- .^iieur.
Ce matin-là, Larsangy s'était fait annoncer ?.hez eue.
Elle avait cru d'abord à quelque nouvelle querelle, et c'était le front haut, l'œil brillant, qu'elle était allée à lui.
Non. Larsangy était souriant, si l'on peut appeler ainsi l'ignoble rictus qui contractait ses lèvres convulsées.
C'est que, à cette heure même, il avait appris de Benedetto que sa vengeance était sur le point de s'accomplir.
Chose étrange, cet homme, pendant de longues années, avait refoulé en lui toute haine, parce qu'il avait peur — une vraie peur de lâche — du comte de Monte- Cristo.
II connaissait cette puissance presque surhumaine qui courbait les forts et brisait les plus robustes.
Mais quand Benedetto était venu à lui, .trouvant en ce misérable un plus misérable que lui, il s'était senti encouragé, réconforté par cet excès d'infamie.
L'homme qui avait osé lui dire : — Je suis le tils adultérin de votre femme; et cette femme, qui est ma mère, je l'ai assassinée. — Lui avait paru un complice digne -le lui. Il avait repris confiance, et la vengeance si longtemps ajournée lui était apparue poss'ble.
Puis, quelle infernale habileté que do s'attaquer au lils de son ennemi... de Monte-Cristo qui n'était plus là pour le défendre : Quelle joie de torturer sans
danger l'âme de celui qu'il avait tant redonté!
Danglars s'était donné corps et âme à Benedetto, comme jadis, dans leslégendea, on se livrait au démon.
Donc il souriait, aabile à toutes les hypocrisies.
— Que me voulez-vous ? lui avait demandé Carmen d'une voix dure.
— Je viens vous adresser une requête...
— A moi! je croyais que jusqu'ici vous vous étiez cru le droit de me donner des ordres. . .
Danglars était décidé à ne relever aucune de ces répliques trop vives.
-r- Vous n'avez pas oublié que ce soir il y a grande réc'-ption à l'hôtel !
— Ce soir I décria Carmen ; mais vous vous trompez!
— Non certes, et la preuve, c'est que voici la liste des invitations écrite tout entière de votre main...
En vérité, Carmen l'avait oublié : c'était réel pourtant.
M. de Larsangj' avait voulu fêter avec ime solennité digne du rang qu'il occupait dans la finance le privilège qu'il venait d'obtenir de la bienveillance <iu souverain. Carmen avait dressé la liste des invitations plusieurs jours auparavant.
Larsangy la considérait attentivement ;
— J'ai craint, dit-il, de sa voix la plus mielleuse, que vous n'y ayez pas songé, c'est pourquoi je me suis permis de venir vous rappeler cette fête...
— A laquelle je n'assisterai certes pas, interrompit Carmen.
L'autre se moi dit les lèvres. C'était là justement ce qu'il redoutait.
Il se mit à pbdder sa cause doucement, félinement. Que pouvait lui reprocher Carmen? Quel mal lui avait-il fait? Il avait peut-être eu tort de s'emporter, mais enfia elle l'avait provoqué elle-même, l'accusant de je ne sais quels crimes imaginaires...
Carmen ne l'entendait pas.
Elle réfléchissait. Elle venait d'aper» voir sur cette liste le nom de Goutr i^ qu'elle avait écrit avec un battement ir cœur.
Après l'engagement qu'elle avait prit avait- elle le droit de déserter le poste d< combat qu'elle s'était assigné elle-même î
— J'irai à cette fête, dit-«lle tout à coup. Larsangy poussa une exclamatioa de
surprise.
Certes il ne s'attendait pas à ce que sou éloquence eilt un si prompt succès. '-
— J'ii'ai, répéta Carmen, avec un sourue irouigue : mais sachez-le bien, je vr-n»
L£ FILS DE MuN TB-CRISTO
défends, vous entendez, de me donner une seule fois ee nom de « fille », qui uie révolte.
— Pourtant, balbutia Larsangy, que ▼oulez-vousque je dise?
— Ce qu'il vous plaira... Seulement, prenez garde de ne me point désobéir...
Au fond ce détail importait peu au banquier.
Il avait obtenu ce qu'il désirait. Sa fête aurait l'éclat désiré.
Cependant, il parait qu'iln'avait pas encore tout dit.
Car il ne se retiraitpas et restait devant Carmen, i'air assez embarrassé.
La jeunt fille eut un mouvement d'impatience.
Maintenant cet homme — dont si longtemps elle avait supporté la présence — lui faisait horreur.
— Eh bien! fit-elle, j'ai consenti... que voulez-vous de plus?...
— Ma chère enfant, reprit Larsanoy, depuis que vous vivez auprès de moi, vous avez constaté sans doute que les affaires de fijiance se composent de mille manœuvres auprès desquelles celles de la diplomatie ne sont que des jeux d'enfant...
— Oui, oui ! j'ai compris i|ue l'escroquerie était un travail ditlicile I
Elle avait dit cela les dents serrées, avec un intraduisible dédain.
Mais La;8angy passait facilement sur ces détails.
Les mots ne l'efiTrayaient pas. Il en avait entendu bien d'autres.
— Cette nuit, reprit-il avec un parfait sang-froid, je monte ce que nous appelons un grand coup de hausse... Jes Tuileries sont avec nous...
Il avait beaucoup compté sur l'effet de ce vocable.
Les Tuileries 1 cela sonnait, noblement, impérialement.
Carmen haussa les épaules. C'était irrespectueux pour le chef de l'Etat :
— Je croyais que vous alliez me parler de Mazas, fit-elle. Au fait, cela se vaut...
— Hum I hum I toussa Larsangy qui trouvait l'allusion désagréable pour l'élu de sept millions de sulliages. Enfin, pour que je seis en mesure de provoquer le mouvement formidable dont je vous parle, il me faut encore certains renseignements que je compte obtenir cette nuit...
— \'ou9 dévaliserez vos invités?...
— Moralement, oui, avoua le banquiei je n'ai plus uue minute à perdre... et, en Bouriant. Or si, comme tout me le fait espérer, j.- puis provoquer certaines confidenceK iuléreb^aules, de ce moment-là
quoi qu'il soit de principe que je me do» à mes invités, cependant il est de toate nécessité que je me retire...
Depuis quelques minutes, le t-ori de Larsangy, jusque-là assez naturel, avait change tout à coup. Carmen 1 écoutait avec trop de soin pour s y tromper.
— Il ment, pensa-t-elle aussitôt.
Et son altenlion redoubla. Elle devinait un danger, une iiitiigue 'criminelle.
Elle retint sur ses lèvres les mots désobligeants qui allaient s'en échapper.
Elle pensa à Contran, à Espérance, et se dit que le moment était venu de tenir sa parole.
La sentinelle avait avait entendu le :
« Oui vive ? » et se tenait sur ses gardes.
Le banquier s était arrêté, comme un entant qui cherche la suite d'une leçon mal apprise :
— Continuez, fit-elle. Vous en étiez à : « Que je me retire... ■
Oui, c'est cela. Alors je voudrais pouvoir prétexter d'un malaise subit, simuler i-ne sorte d'évanouissement qu'on attribuerait à la chaleur. Et à la laveur de cette ruse, je serais libre de quitter les salons, de rentrer dans mon cabin-et, et, de là, de sortir...
— Ah 1 vous avez besoin de sortir?...
— Certainement... pour l'aiTaire dont je vous parle...
— Ainsi, MM. les agents de change ou MM. les banquiers se tieudronl à votrt disposition cette nuit... jusqu'au matùsans doute 7...
— Mais...
— Pourquoi ne me dites- vous pas que vous irez à la Bourse?...
Larsangy était troublé. Il comprenait bien que sa ruse était déjà éventée et que Carmen, qui ne se payait pas de mots, devinait un mensonge.
— Je vous affirme, commça-t-il.
Carmen, tout en le regardant, réfléchissait activement.
— Où veut-il aller? se demandait-elle.
Quelle nouvelle infâme machination médite-t-il? Oh I je le saurai !
Puis elle reprit tout haut et d'un accent presque doux :
— Au fait, tout cela vous regarde, et les affaires de bourse me laissent indilTérente. Donc, vous voulez être libre de sortir... à quelle heure?
— Vers minuit...
— Bien. Vous voulez sans doute ijuc je sois la première à m'inquiéter dt votre état, et à vous presser de vous lotiier...
— JustementI s'écria le ban<|uier ravi.
Ah I Carmen, comme vous comprenez I
Si vous aviez voulu, à nous deux, nous aurions bouleversé le monde...
— Je me serais sali les mains, dit brusquement Carmen. Ne parlez plus de tout cela. Nous sommes encore compagnons...
nous ne sommes plus complifes. Ce que vous me demandez me parait ridicule, mai.s possible. Je ne devine pas, je ne pressens pas d'infamie...
Elle tenait ses yeux fixés sur le visage de Larsangy.
A cette phrase, il ne put réprimer une sorte de tressaillement.
— Je ferai ce que vous me demandez, acheva Carmen.
— Ah 1 merci, fit le vieillard en se penchant pour lui prendre la main.
Elle se retira avec une expression non équivoque de dégoût.
Il arait obtenu ce qu'il désirait. Il se retira, à reculons, saluant.
— Le misérable I pensait Carmen. Que médite-t-il ? cette sortie nocturne, ce prétexte si soigneusemert préparé, tout cela cache quelque crime nouveau. Mais lequel? Est-ce véritablement quelque manœuvre financière ? — en ce cas, peu m'importei — ou au contraire...
El le nom Je Gontran lui moE.*ait aux lèvres...
Toute la journée elle veUla. Sans que Lar-sangy le sût, il n'était pas un de ses mouvements qui ne fût épié.
Elle ne vit rien, ne put acquérir la preuve qu'il mentait.
Et. cependant, elle était certaine que son instinct de femme ne la trompait pas.
Viugt fois la pensée lui vint de rétracter sa pT>ole.
Cette fête lui était insupportable, la complicité acceptée lui pesait.
Puis elle songeait à Gontran et se disait qu'elle n'avait pas le droit de faiblir.
Le soii' vint.
Sa femme de chambre avait peine à la reconnaître.
Qu'était devenue la Carmen coquette, impatiente, jamais satisfaite ?...
La Carmen qui traitait les plus grands couturiers de Paris comme des esclaves...
Tandis que la camériste lui offrait en hésitant la toilette de soirée, Carmen disait :
— Que m'importe 1 ceci, cela I ce que vous voudrez !...
— Oh ! oh ! pensait l'autre avec son esprit de Parisienne futée, il y a de l'amour là-dessous.
Elle ne se trompait pas. Oui, il y avait de i amour, mais surtout de la révolte ûouQète, et delà volonté de dévouement.
Et cependant, tant la nature, dans sa franche beauté, est supérieure à l'art, si habile qu'il soit, lorsque Carmen (>arut dans les salons, il y eut un murmure de surprise et d'admiration.
Dans sa robe blanche, simplement drapée, ayant dans les tresses admirables de ses cheveux d'or quelques fleurs négligeamment jetées, Carmen paraissait cent fois plus belle encore.
Il y avait là toute la tourbe des salons impériaux, toutes les maquillées, toutes les déshabillées, qui figuraient d'ailleurs dans les tableaux vivants alors à la mode.
C'était le moment où une ambassadrice d'Autriche avait osé dire :
« Nous autres, quand nous sommes à Paris, nous nous croyons au cabaret. »
Eh bien, toutes ces filles de cabaret, toutes ces prostituées de 1 empire ne purent réprimer un mouvement de surprise.
Fraîche de son teint juvénile, de sa carnation vraie, i)udique sous le tulle qui couvrait ses épaules, Carmen senililait une protestation vivante contre les flétrissures mal cachées sous le fard.
Dominant cette foule de toute la hauteur de son amour sincère, elle ;illait, cherchant de tous côtés Gontran.
Le jeune peintre n'était pas là. Nous le savons.
Alors, qu'importaient à Carmen tous ces hommes, vendus à l'homme de Décembre, les femmes ((ui avaient un napoléon à la place du cœur, les grands dignitaires dont la dignité était si petite.
Larsangy rayonnait. Sa face blême avait je ne sais quel rayonnement.
Etait-ce seulement l'orgueil tmi illuminait cette ligure glabre et répulsive?
Non. Carmen le connaissait: elle recùunaissait en lui une soite de trépi i ition nerveuse qu'elle se rappelait : ii éiuit ainsi le jour où. comme une brute, ii s'était jeté sur la vierge qui était une proie.
11 suait le désir, la passion malsaine, le crime !
Elle avait vu ce vieillard ignoble descendre toutes les pentes de la débauche immonde.
Et, dans ses petits yeux clignotants, elle lisait le désir forcené qui déjà l'avait entraîné jusqu'à l'infamie.
Les valses tourbillonnaient, l'orchestre lançait dans l'air ses mélodies entraînantes.
A chaque minute, les laquais jetaient a travers les salons les premiers noms da l'onipirc — quelque chose comme une iiste de lorçals. (ju'un garde-cliiom-ine eût crié dans les jjeOles.
1^ FftS DE MONTE-CRISTO
Des comtes, des barons, des princes.
Nul ne manquait à l'appel.
Ces gens sontà l'argent, comme les corbeaux à lu charogne.
Un nom éclata tout à coup :
— Mohammed-ben-Omar !...
Et un superbe personnage, tout de blanc vêtu, a3'ant la Légion d'honneur au burnous, fit son enti-ée.
Tous se tournèrent vers lui. En vérité, c'était un magnifiiiue Bédouin.
Avec une gravité tout orientale, le visage à demi caché par le capuchon, les mains brunes croisées sur la poitrine, Mohamed-ben-Omar avançait, glissant à petits pas de ses sandales noirâtres.
Larsangy s'était élancé au-devant de lui.
En vérité, il ne pouvait croire à un tel bonheur. Mohammed-ben-' )m;ir appartenait à cette classe d Algériens (jui s'étaient ralliés à l'empire, moyennant bonne et valable indemnité. De plu.s, prêtant l'oreille au.^ conseillers linaiiciers qui ont toujours rêvé de transformer l'Algérie en un Eldorado, il venait en France pour prêter l'appui de son nom et de son autorité à quelqu'une de ces spéculations bâties sur le saille des déserts et dont messieurs des Tuileries étaient friand.s.
Larsangy apprenant son arrivée à Paris s'était hâté de lui décocher une invitation; mais il ne comptait guère sur le succès. Peut-être le brave Galuret n'avait-il pas remarqué que l'entorse du pacha était survenue bien à propos.
Quoi qu'il en .soit, Larsangy tenait son pacha et le saluait de courbettes respectueuses.
Ben-Omar, très grave, répondait en portant sa main à son cœur et à son front, selon la plus pure méthode musulmane.
Seulement, voyez la mab-chance 1 il ne parlait pas un mot de français, et .se contentait de soutenir la conversation très animée à laquelle se livrait le banquier en poussant de petits gloussements qui, pourdes oreilles bien disposées, pouvaient re.ssembler à de l'arabe.
Cependant il comprenait fort bien, ceci était évident. Car sa pantomime cadrait au mieux avec les questions dont il était accablé.
Il niellait même la meilleure volonté du monde à s'acclimater, car, tout à coup, désignant Carmen qui passait à quelque distance :
— Jolie, lil-il, belle femme 1 belle femme !
— C'e^t ma tille I lit Larsangy en se rengorgeant.
— Belle, belle, répéta le inahométan, qui pensait peut-être au paradis de son divin patron.
— Me permettez-vous de vous la présenter "7 demanda le banquier ravi.
Omar répondit par un muius énergique, ce qui, dans toutes les langues du monde depuis Homère, a voulu dire :
— Sapristi ! je ne demande pas mieux l Larsangy se hâta de se diriger vers le
groupe où se trouvait Carmen, et s'adressant à elle, lui communiqua la requête du musulman.
— Eh ! que m'importent vos invités ! lit la jeune fille en haussant légèrement les épaules.
Le fait est qu'elle était de moins en moins disposée à obéir aux caprices de Larsangy. Goutran n'avait pas [i;iru.
Mais iii parait que le brun Omar tenait essentiellement à faire la connaissance de la houri en question.
Car, suivant Larsangy do très près, il adressait à Carmen un selam des plus élégants.
Force fut bien à la jeune &lle de rendre son salut à l'importun.
Mais lui, se pencnant vers elle, dit très vite et tout bas :
— De la part de Gontran... Allah Ula allah I acheva-t-il eu se redressant.
Carmen avait tressailli. Le seul mot qui l'avait frappéeétait le nom de (jontran. Elle regardait stupélaite cette face bronzée, ces grosses moustaches rébarbatives et se demandait si elle n'avait pas été le jouet d un rêve.
— Si vous voulez accepter le bras de Son Excellence, reprit Larsangy enchanté de voir que Carmen ne se regiinhait pas trop, vous pourriez lui faire visiter nos galeries, nos collections...
Carmen hésita. <Jmar se sentant surveillé de près ne prononçait plus une parole; seulement il avait sorti de son burnous un bras arrondi iiu'iloU'raità la jeune fille.
.\vait-il prononcé ou n'avait-il pas prononcé le nom de Gontran? toute 1 • ■^».-^tjion était là.
Omar bénéficia du doute.
— Volontiers, dit Carmen, en acceptant le bras du muphti.
- .Je vous confie à ma fille, ajouta Larsangy tout souriant, je vous rejoindrai tout à l'heure.
Et il dit tout bas à l'oreille de Carmen :
— Ne vous ennuyez pas trop longtemps... J'aimes renseignements.... le vais faire ce (jui a été couveini...
Carmen, sans paraître l'écouler, Ira-
versait a-a bras d'Omar la foule qui s'écartait. resj>f>etueusement.
Omar ^tait très grave ; seulement, avec une habileté qui aurait fait honneur à un gamin de Paris, il contourna sa bouche de façon à diriger ses paroles du côté de Carmen et "dit très distinctement :
— Il s'agit de M. Gontran... ne moisissons pas au milieu de tout ce monde-là...
Cette fois, Carmen ne s'était pas trompée.
Son émotion était si vive que tout son sang afflua à son visage :
— Qui êles-vous? demanda-t-elle en se cachant sous son éventail.
Ils franchissaient la porte d'un des salons et comme la foule curieuse pressait le pacha d'un peu trop près, iieut un geste circulaire plein de grandeur en proférant ces mots :
— Allah il Allah I Rassoul il Allah I Tous s'écartèrent respectueusement.
L'incomp.-éhensible a une puissance énorme.
Alors Omar pressa le pas, et se trouva enlin avec Carmen dans un petit salon écarté.
— Mais, encore une fois, qui êtes-vous? demanda Carmen impatiente.
Omar regard? vjvement autour de lui, puis :
' — .le suie ^n ami, Coucou, ancien zouave... bon £;arçon et tout dévoué à M. Gontran et au fils de Monte-Cristo...
— Et vou.s avez pénétré ici sous ce déguisement ?
— Parce que c'était ma consigne et que Coucou n'a jamais su ce que c'était que de désobéir.
— Vous venez de la part?...
— De M. Gontran, à preuve que voilà un billet qu'il m'a chargé de remettre à M"" Carmen...
— Donnez, donnez vite !
Coucou était allé se camper droit devant la porte qu'il obstruait de toute la largeur de son burnous. On eut dit un immense oiseau blanc ouvrant ses ailes.
Carmen, ilont le cœur battait à lui rompre la poitrine, s'était bâtée d'ouvrir la lettre.
Voici ce qu'elle lut :
« Carmen, mon amie, mon alliée, vous m'avez oU'ert votre dévouement. Je l'accepte Plus encore, je vous le demande. Mes amiî. sont en grand péril. Jane Zild a été mysli'^ -ieuseuient enlevée et le vicomte EspéiiaiK a disparu. Il doit y avoir dans l'hôtel de Monte-Cristo une issue secrète que BOUS ne connaissons pas, mais dont
nos ennemis doivent avoir le secret. L'infâme L... doit posséder la clef de cette énigme. Sachez à tout prix la vérité Pardonnez-moi ; je vous traite en amie, en compagne. C'est pour que vous ne doutiez ]ias de moi. Car avoir confiance, c'est aimer.
« Gontran. »
La jeune fille avait poussé un léger cri, cri de joie, de bonheur.
Gontran l'aimait 1 Ainsi malgré ses aveux, il ne la repoussait pas, il ne la maudissait pas.
Coucou s'était retourné.
— Eh bien! mademoiselle I demanda- 1il, que dois-je répondre"?...
— Retournez vers M. Gontran et diteslui que, dût-il m'en coûter la vie, ja saurai tout. M. Gontran esta l'hôtel de Monte- Cristo?...
— Oui, mademoiselle.
— Et vous y passerez la nuit 7...
— Certainement.
— Eh 1 bien ! à tout à l'heure, soyez prêt à m'ouvrir... Allez, allez t
A ce moment même, un laquais effaré entrait dans le salon.
— Mademoiselle, dit-il, monsieur votre père vient de se trouver mal...
Omar se courba respectueusement devant la jeune fille, et en un instant se perdit dans la foule.
Du reste, nul ne songeait à prendre garde à lui.
On parlait d'attaque d'apoplexie, et ces gens — qui se seraient fort peu préoccupés de la mort d'un honnête iiomuie — tremblaient à la pensée que ce gi-and financier allait subitement disparaître.
Il y avait tant de convoitises qui comptaient sur lui I
Carmen suivait le laquais a un pas peut-être un peu trop lent pour \,i circonstance. Celte nouvelle comédie l'irritait, et je ne sais quoi la retenait de crier à cette foule :
— Cet homme menti comme il a toujours menti, comme toujours il mentira.
Larsangy était aiïaissé sur un fauteuil, la tête renversée eu arrière. '
Naturellement, il y avait dans le bal un médecin à clientèle plus ou moins officielle, ignorant comme plusieurs carpes, et qui parlait tout haut de le saigner, — ce qui, par parenthèse, faisait passe i des frissons dans le dos du faux malade.
MaiS;, par bonheur poui- lui, Carmen arriva :
— Je sais ce que c'est, dit-elle. Le fait
s'est ^pjâ présenté plusieurs fois ; un peu de lepos s;;fflra.
El sans se préoccuper davantage de tous les^ obséquieux qui i accablaient de compliments de condoléance, Carmen donna ordre aux laquais de transpoi'ter Larsangy dans sa chambre; puis s'étant excusée auprès des invités qui faisaient triste mine, elle suivit le banquier.
Larsangy — à qui le rôle de mourant commençait à peser, croyait que Carmen allait aussitôt donner l'ordre aux laijuais de se retirer et resterait seule avec lui.
Mais elle venait de concevoir un projet qui demandait quelque répit. Elle enjoignit aux laquais de déshabiller leur maître et de le mettre au lit.
Ah ! comme Larsaiit^y l'eût de bon cœur donnée au diable! Mais que pouvait-il faire'? Se redresser subitement et chasser cette valetaille I Mais les invités n'étaient pas encore partis, et le bruit pouvait se répandre qu'il avait joué une ridicule comédie. Donc il se soumit.
Du reste, sa patience ne devait pas être mise à une longue épreuve.
Ce que voulait Carmen, en gagnant du temps, c'était pouvoir surprendre le secret ((u'elle avait tant d'intérêt à connaître. Elle savait qu'au commencement de la soirée, Larsangy avait reçu une lettre mystérieuse *iu'il avait serrée dans son portefeuille.
Cette lettre, elle la tenait, et se retirant un instant dans une pièce voisine, elle avait lu :
— « Notre vengeance est assurée. Les Fanfar et Gontran sont prisonnie>:s dans la maison de M. C. (Juant à la petite, vous savez où la trouver, à la maison de Courb. où le bel Espéi; arrivera trop tard. — F. »
A peine avait-elle jeté les yeux sur ces lignes si terribles pour elle (|ue, sans perdre une minute, sans se |)réoccuper plus longtemps du taux moribond qui revenait à lui et ennuyait les lai^uais, elle avait glissé le portefeuille dans sa poche, s'était enveloppée dans une longue mante noire qui la cachait tout entière, avait couru a la petite porte qui communi(juail de son ,'ip|i.irteu;eiil avec i intérieur li •'était élancée dehors...
^-B GUET-Ai'ENS
Nous avons laissé le vicomte Espérance dans la maison sinistre de Courijevoie, au monienl où il lui avait semblé voir la muraille seulr ouvrir devant lui et où un
cri terrible s'était échappé de sa poitrin».
Que voyait-il donc ? lui. . .
Dans une lueur effacée comme si elle avait été tamisée par des glaces dé[>olies, il voyait une chambre toute ruisselante de lumières.
Au milieu, une table couverte de mets, étincelante de cristaux.
Et autour de cette table, des femmes débraillées, ivres, chantant à tue-tête des refrains obscènes.
Au milieu de ces misérables, une autre pâle comme un spectre, immobile, ayant aux lèvres un rire effaré....
Cette femme, c'était .Jane !
Ah ! la pauvre enfant I De quelle horrible machination était-elle donc victime ?
Benedetto, qui l'avait choisie pour instrument de sa vengeance, l'avait entraînée à travers le souterrain. Elle ne voyait, elle n'entendait rien.
Il y avait dans son cerveau enfiévré des sensations de cauchemar... Benedetto la déposa sur un sofa, puis les bras croisés, la considéra longuement.
Etait-ce donc qu'une lueur de pitfé surgissait soudain en lui?
Le supposer, ce serait mal connaître cette âme vouée au mal...
Non, il se demandait s'il avait bi tout prévu, et si le coup dont il fraïq^erait Espérance déchirerait assez piofoiidément son cœur.
Tout à coup, elle poussa un gémissement I Benedetto se pencha vers elle avec inijuiétude. 8i elle allait mourir, lui arracher la vengeance si longuement méditée.
11 fallait se hâter.
Benedetto avait tout préparé.
Comme elle était retombée dans son immobilité passive, il lui entr'ouvrit les dents avec la lame d'un couteau, et versa entre ses lèvres quelques gouttes d'une liqueur blanchâtre.
C'était un anesthésique dont il connaissait les terribles propriétés.
.lane verrait, .Jane entendrait, Jane soullrirait ; mais sa volonté serait enchaînée, loute résistance lui serait impossible...
Et pendant la nuit elle avait été transportée dans l'immonde maison de Courbavoie.
Quelles horribles tortures ne aevaitelle pas ressentir!
Elle savait((u'elle était au pouvoir d'un ennemi ; elle se voyait airachéf ^ celu'i (]u'elle aimait plus que la vie >■< ^ivm lei|uel elle venait a peine d'écUi.k^or le premier serment d'amour...
Liv. 95.
Il se jeta en pleurant sur le lit rid*.
Et, ayant des cris plein le cœur, des terreurs épouvantables plein le cerveau, elle ne pouvait rien.
Son inie vivait, son corps était immobile comme un cadavre.
Tout à coup, la salle où elle se trouvait s'était éclaiiée, et des femmes étaient entrées... et quelles femmes !
Pour i|ui se souvient du passé de Jane, est-ce (ju'elle pouvait douter?
En vérité, elle croyait que c'était un de ces rêves hideux dans lesquels émergent parfois les souvenirs oubliés.
Ces femmes — cyniques — payées pour exagérer même l'ignominie de leur langage — s'étaient mises à boire et à chanter, l'épétant aux oreilles de la pauvre tille les refrains qu'elle avait entendus autrefois... à Lyon!
Et il lui semblait que le spectre de sa mère se dressait devant elle...
C'était une angoisse atroce, toile que Dante n'en a pas imaginé de plus douloureuse dans son enfer...
Espérance voyait tout cela, et, poussant un cri terrible, il s'était rué en avant... mais ses mains avaient rencontré des grilles de fer... En vain, il voulait les arracher, les tordre, ses ongles se brisaient, ses bras se raidissaient... Un effort inutile...
Celte scène monstrueuse avait été habilement préparée.
La maison de Courbe voie appartenait à Dançlars ; c'était là que jiarfois, saisi du pruru ijinoble qui suiexi'ite certains vieillard.s, il était venu présider à d'ignobles scènes nocturnes.
L'ouverture di^vant laquelle s'épuisait EsiiéiTiTice était éloignée de plus de trois nieiri's de la salle où se passait la scène
'it, il appelait Jane, et sa voix ne .it pas jusqu'à elle...
im, il se lit une obscurité passade.
'ette nuit était plus sinistre encore que l'éciataiite clarté. ,
Puis la lumière revint. Cette fois, les misér.ibli's femmes n'y étaient plus. Jane était seuie, toujours impassible, indifférente à tout ce qui l'entourait...
— Jane ! Jane I criait Espérance avec de? sanglots.
Tout à coup une porte s'ouvrit, dans cette salle où Jane semblait être une victime condamné à la luort...
Et un aoiame entra, un vieillard, à la tète osseuse, aux. mâchoires branlantes.
Ce vieillard s'approcha de Jane, ricanant et tendit les bras vers elle.
C'était Larsangy!
Espérance ue'l'avait vu qu'une fois; mais cette face bestiale avait laissé dans sa mémoire un sou?;.':;'r ineffaçable.
Ce visage — sur lequel d'anciennes angoisses avaient posé un stigmate atroce —était, en ce moment, plus effroyable encore.
C'est que Larsangy — c'est-à-dire Danglars — dont la jeunesse, dont l'âge mûr s'étaient écoulés dans l'indifiérence amoureuse — qui avait jierinis, encouragé l'inconduite île sa femme pour l'intérêt de ses alïaires — payait maintenant sa dette avec usure.
Cet homme était en proie à ces passions hiderises qui font des vieillards des êtres au-dessous de l'humanité.
Jane lui était livrée, Jane était une proie jeune dont le satyre, digne du fameux Jacques Ferrand, d'Eugène Sue, allait s'emparer.
Quoi! Cette enfant, Si chaste, si pure, qui avait voulu mourir, en horreur d'une honte qui n'était pas la sienne, allait devenir la victime de ce monstre ?
De tous les crimes que Benedetto avait commis, celui-là n'était-il pas le plu»
grand ?
Il s'était mis à genoux, le misérable, ses mains avaient serré les mains de Jane qui, dans un effort inconscient de résistance, le repoussait...
— Malédiction I cria Espéraiice. Oh! je la sauverai I
Et d'un effort si violent, avec une tension de nerfs si effrayante, il secoua les barreaux de fer, qu'il y eut un arrachement...
Espérance avait franchi l'obstacle...
Il se trouvait maintenant dans une sorte de couloir, il croyait atteindre la salle où était Jane...
Pas encore, une glace le séparait d'elle...
Mais il ne songeait plus à rien, sinon à la défendre, sinon à la sauver.
Les poings en avant, il se rua sur la gbice, qui se brisa.
Et, déchiré, sanglant, effrayant de désespoir et de colère, Espérance bondit sur Danglars, le saisit au cou et U^ rej ta. commô un paquet immonde, de l'autra côté de la pièce
Puis, prenant Jane dar.° «es nras, il s'écria:
— Jaue! ma Jane! c'est moi... M'entends-tu?... Jane... je suis Alonle-Cristo.,.
— Monte-Cristo! râla une vo;x rauque...
Espérance se tourna à demi...
Danglars' s'ét lit redressé, blême, leî
yeux à demi sortis de leurs orbites...
En ce moment, il se passait un fait | étrange...
Avec son front sanglant, avec sa pâleur Dlanche, qui lui faisait un visage de marbre. Espérance était le portrait vivant de son père...
Ainsi était Dantès le jour où il avait été arrêté à Marseille...
Le jour où ses infâmes compagnons l'avaient trahi...
Danglars le regardait, épouvanté, fou...
— Edmond Dantès ! cria-t-il dans une suprême angoisse...
Et soudain il battit Tair de ses deux mains...
Et tomba de toute sa hauteur sur le plancher, raide mort !
L'apoplexie lui avait asséné un coup de masse en plein cerveau...
Abandonnant .lane un instant, Espérance avait couru à lui
Il le souleva de ttire ; mais le corps inerte retomba avec un bruit sourd.
La mort vengeresse avait achevé son œuvre.
Espérance resta un instant immobile, comme frappé de la foudre.
Les étranges événements qui depuis la veille s'abattaient sur lui, troublaient sr. raison.
Il se croyait le jouet d'un hideux cauchemar ; mais .soudain, un gémissement frappa son oreille...
Il revint vivement vers Jane.
La jeune fille semblait sortir de la torpeur qui l'accablait.
Sans doute, l'ellet du narcotique commençail à se dissiper.
Ses mains se soulevaient lentement et ce portaient à son front.
Son sein se soulevait sous l'.action d'une respiraliiui plus douce el plus régulièiv.
Espérance oublia tout, le cadavii- (pii gisait à quelques pas de lui, et tombant aux genoux de Jane, il répét.iit :
— Oh ! reviens à toi... Ecoute-moi... Je veux t'anacher de cet enlér, Jane!...
Los lèvres de la jeune fille s'agitèrent.
— Qui a prononce mon nom ? murmur t-elle.
— C'est moi', moi qui t'aime... moi qui veux te sauver... C'est moi. lispérancel...
Tout à coup, Janii: ouvrit les yeux, et une elfrayante expression d'angoisse se peignit sur son visage :
— Espérance! cria-t-eile. Ici... non, non I... je ne veux pas!...
Et, avec un sanglot déchirant, elle ajouta :
— Je ne veux pas... Je suis maudite I...
— Oh 1 ue parle pas ainsi I... dit Espé-
rance. .Te sais tout, ma bien- aimée! Je sais que tu as été aitirée dan"? un piège infâme... Mais pourquoi donc me repousses-tu ainsi?...
En efïet, la jeune fille Wi redressant, se tordait entre ses bras, cherchant à lui échapper.
— Laisse-moi, te dis-je, répétait-elle d'une voix désolée. Tu ne vois donc pas... ces femmes qui m'entourent... ces misérables qui chantent et m'insultent?.. .laissemoi... je veux fuir... je veux mourir !...
— Mourir! toi! ne dis pas cela!... Oui, nous sommes entourés d'ennemis... oui, les méchants s'acharnent après nous...
qu'importe ! je saurai résister à tous ! viens, viens... il faut sortir d'ici...
Et il cherchait à l'entraîner vers la pnrtn.
.Mais, folle, ayant encore au cerveau les derniers engourdissements de l'opium, elle lui résistait de toute la vigueur de ses nerfs surexcités.
— Jane ! Jane ! tu m'as reconnu, cependant... Je me nomme Espérance... Viens, nous fuirons ensemble, loin de ce monde qui me l'ait horreur... et oubliant nos douleurs, nous retrouverons, à nous deux, le bonheur que nous avons rêvé... Janel Jane!
La voix était si douce, si persuasive, elle résonnait si harmonieuse au cœur de la pauvre lille, que tout à coup elle avait paru se calmer. Elle avait posé les mains sur ses épaules, et le contemplait, les yeux à demi fermés, dans une sorte d'extase, et elle disait à son tour :
— Oui. je me souviens I Espérance!
Ah ! comme je t'aime !
Mais voici que derrière les murailles éclatent encore, comme une symphonie de malédiction, les rires et les chants qui, tout à l'heure, lui déchiraient lecœur...
.\lors haletante, elle tombe sur le sol, criant :
Je suis maudite ! Adieu !...
En même temps, la porte de la salle s'ouvrit.
Et un homme entra...
Cet homme, c'était Benedetto.