UNIS DANS LA BÏOHT
Ttenedetto était entré.
Maintenant, ce n'était plus ai àiaive -
1 net, ni Fagiano, ni Cavakanti. C'était bien j Benedi'ltoraiiiùin foi-çat.
Sa tace convulsé; avait un hideux sourire.
Enfin, il touchait au but si longtemps cherché.
Il avait devant îui, il tenait en son pouvoir le fils de l'homme qu'il avait tant haï. il pouvait se venger, longuement, L'rui^Uenient.
Et Monte-Cristo n'était pas là...
Esp. rance .-outenait Jane dans ses bras, il touru.iit la tôle vers Benedelto :
— Qui êtes- vous? sécria-t-il. Je ne Vous connais pas, mais si vous n'êtes pas le dernier des infâmes, vous m'aiderez à éclianper à I liorrible guel-aiiens dans lequel j'ai été attiré et à sauver cette pauvre entant qui meurt...
— .Monsieur le vicomte, dit froidement Benedelto.je ne vous aiderai pas à voua échapper et vous ne sauverez pas citte femme...
Espérance revint à lui :
— Ah ! je comprends, dit-il, vous ^ ; , .; le complice de ceux qui m'ont terni i ce piège... Eh bien ! de gré ou de forcf, je saurai bien m'ouvrir un passage.
Et tirant ses revolvers de sa ooche, il les dirigea sur Benedetto :
— Place I cria-t-il,ouje vous tu&comme un chien!...
— C'est-i-dire, monsieurle vicoiu!;', jac vous conunettiez un assassinai'.'.
— Non point 1 c'est ici de la lé^ fensel je ne suis pas votre pri.->ud ^ :r... et cette feuiiue doit vous être sacrée...
— Cette femme I fit dédaigueuseuient Benedetto qui, impassible, avait croisé ses deux bras sur sa poitrine, qui vous dit qu'elle ait été amenée ici par surprise... qui vous dit (ju'elie ne soit pas venue ici de son plein gré ?
— A.h I vous mentez ! Jane ! Jane ! l'entends tu I dis-lui qu'il a menti...
Benedetto fit un pas en arriére.
— Jane Zild, dans ton âme et conscience dis donc à M. le vicomte Espérance si tu te sens digne de lui...
Livide, les yeux égarés, Jane le re^'irdait :
— Dis-lui donc si lafillede laprostituée de Lyon a le droit de s'appuyer sur le bras de M. le vicomte de r\Ionte-Cristo... dis-lui donc si tu osf^-as sortie- avec lui, la tète haute Allons, Jane Zild, rappelle-toi tes souvenirs... dis donc à M. d*^ l^onte- CrLsto quel était le nom de tk mère... dislui donc où ta mère est morte...
— Non! non ! cria Jane. Assez 1 assesî.i. îrrâee !..
— Tu me demandes grâce... mais je ne te l'accorderai pas... Ah ! M. le vicomte aime Jane Zild... Eh bien! conduis-le donc sur la tombe de ta mère, et là, pose donc dans sa main ta main d'honnête femme...
— Ah ! tai=cz-vous I s'écria Espérance qui se sentait devenir fou...
— Mais ce n'est pas tout encore, reprit Benedetto dont la voix lente et monotone avait quelque chose d'effrayant, Jane Zild, veux-tu que je dise au vicomte Espérance le nom de ton père ?
— Mon père ! murmura Jane.
— As-tu donc oublié l'homme qui t'a recueillie dans une maison infâme, alors que ta mère venait d'expirer, succombant à ses débauches... Cet homme, puisqu'il faut que je te rappelle son nom. c'était Sanselme, Sanselme, l'ancien prêtre corrompu, Sanselme, l'ancien forçat de Toulon... etmaintenant, vicomtede Monte- Cristo, puisque tu veux venger cette lille d'une prostituée et d'un galérien, tu peux m'assassiner, si tu l'oses !
Livide. Jane était retombée en arrière...
— Morte I s'écria Espérance! Ah ! misérable! menteur et assassin !... je ne commettrai pas cette lâcheté... mais j'aurai ta vie . a<5-tii des armes? je veux que tu te défenaes.
— Enfin! fit Benedetto.
Et écartant le manteau qui l'enveloppait, il en tira deux épées.
Il en jeta une aux pieds d'Espérance.
Oui, il voulait ce duel, sûr de son habileté, se disant qu'il n'avait en face de lui qu'un enfant et qu'il aurait facilement raison de lui...
Il voulait surtout prolonger son agonie. ..
Espérance avait saisi l'épée, et marchant droit à Benedetto :
— Qui que tu sois, lui dit-il d'une voix grave, toi qui est venu insulter celle qui m'est plus chère que la vie, sois prêt à mourir!...
Et il tomba en garde.
La chambre à peine éclairée était un sinistre champ clos.
Il fallait tuer ou être tué. Mais Espérance ne tremblait pas.
Son pouls ne battait pas plus vite. En quelques heures, la douleur, les angoisses Tîïvaient transformé. Une colère froide, Tengeresse, remplaçait en lui les fureurs violentes de la jeunesse.
Il se sentait élevé à la dignité de justicier...
Henedetto s 'était placé en face de lui, les jarrets plies, se couvrant de la garde ita-
lienne. Ses dents serrées avaient un bruit de craquement.
Il y eut un moment de redoutable silence.
Dans une peinture murale d'une cathédra'/e allemande; on voit ainsi deux hommes croisant l'épée. A quelques pas de là, à demi cachée par un arbre, la Moz't attend.
Ici encore la mort attendait.
De sang-froid. Espérance se tenait sur la défensive.
De longue date, le jeune homme était passé maître dans les exercices du corps, et il ne redoutait aucun adversaire.
Mais dans celui que la fatalité jetait sur sa route, il devinait un de ces bravi pour lequel le duel n'est qu'une des formes de l'assassinat.
Benedetto attaqua ; mais dès le premier engagement, il comprit qu'il n'avait pas affaire à un enfant.
Alors appelant à lui toutes les ressources de l'art des spadassins, il s'était presque courbé vers le sol, prêt à lancer un de ces coups de haut en bas familier aux compatriotes de Casanova.
Il parvint à lier l'épée et se fendit. Mais la riposte ne se lit pas attendre, «t il bondit en arrière.
L'épée d'Espérance avait elîU'uré sa poitrine.
A ce moment, Jane, revenue â elle, s é-
tait soulevée sur ses deux mains :
— Courage, Espérance! nmrmura-i-elle.
Le jeune homme entendit ce mot, et le
combat recommença, cette fois, plus vit,
plus acharné.
Dix fois, l'épée d'Espérance menaça le cœur de Benedetto, dix fois le misérable échappa à la mort.
Mais il commençait à avoir peur. En vain, il faisait appel à toute son adresse, è toute son expérience. L'épée du fils de Monte-Cristo était toujours là menaçante, comme le glaive de feu de la légende biblique.
Et peu à peu, le cercle dans lequel iJ pouvait se mouvoir se rétrécissait.
Espérance avait peu à peu gagné du terrain, et Benedetto devinait le moment où il ne pourrait plus rompre...
Un râle de rage s'échappa de a& poitrine haletante.
Quoi ! Sa vengeance lui échapperait I Quoi! Cet Espérance maudit serait sauvé... et lui tomberait, faisant de sou cadavre un marchepied à son ennemi J
La lutte (Hait arrivée à son pnroxysme. Les épées se heurtaient avec <le« clinu» lia sinistres...
Il recula (l'un pas en laissant échapper un cri d'horreur.
Beneiletto reculait, reculait toujours. Il iitait ilerrière lui le mur contre lequel i'épée d'Espérance allait le clouer...
Le fils ae Monte-Cristo lui dit:
— Misérable 1 ta vie est en mon pouvoir ! repens-toi du mal rr-e tu as fait, et ^0 te fais grâce I
— Grâce I ricana Benedetto. Tu oses parler de irrâce!... prends garde... je te hais... je hais ton père !... hâte-toi de prendre mu vie, ou je jure Dieu que j'aurai la tienne...
— Maurs donc I cria Espérance.
Et par un rapide froissement d'épée, il fit sauter l'arme des mains de Benedetto tandis que sa lame, lancée en avant, fila droit comme une flèche sur la poitrine de l'infâme...
Mais, à cette minute suprême, un coup ' de feu retentit... !
Et Espérance, frappé en plein cœur, ' tomba de toute sa hauteur sur le sol, à ' côté de Jane, qui se jeta sur son corps en ' poussant des cris de désespoir... '
Tandis que Bened«tto, ayant aux lèvres un sourire infernal, se redressait, tenant à la main un pistolet...
Que s'était-il donc passé ?... |
On n'a pas oublié qu'Espérance, dans un premier élan de colère, avait dirigé sur Benedetto , les revolvers qu'il avait apportés...
Mais, 'dans cette âme honnête, l'idée d'un meurtre n'avait été que passagère; or, quand il avait provoqué l'insulteur, il avait posé les pistolets auprès de lui, sur un siège...
Au moment où Benedetto se sentit perdu, ses yeux tombèrent sur les armes, et une pensée infernale traversa son cerveau.
Par d'habiles mouvements, il s'était rapproché, et il avait pu, d'un geste brusque, saisir un des revolvers...
Le lâche avait assassiné son adversaire...
Espérance était tombé. Jane l'avait pris dans ses bras...
Benedetto, les deux bras croisés, regardait... '
Enfin, ij était donc à ses pieds, le fils de l'homme qu'il avait juré de désespérer. Ne pouvant l'atteindi-e, il l'avait frappé au cœur de sou enfant I
— Espérance 1 sanglotait Jane, ne ra'entend.«'-iu. pas!
-sïjériuce fit un suprcm; effort, attira Jane contre sa poitrine :
— Adieu... ma Jane... lit-il. Je l'aime... et je meurs I...
— Je meurs avec toi, soupira .Line.
Et comme si, à la mêmesecoAde, l'ange de la mort les avait touchés du ffoigt, iouK deux, ayant aux lèvres le baiser de l'autre, s'endormirent dans la nuit éter nelle...
Benedetto n'avait pas fait un mouvement.
Tout à coup, il tressaillit...
Des coups violents retentissaient à la porte de la maison déserte...
— Courage ! nous voici 1 Espérance l criaient des %-oix.
Benedetto s'élança vers la porte.
Les assaillants étaient là, heurtant, prêts à l'enfoncer...
Toutes les issues lui étaient coupées...
Oh ! il savait bien qu'il n'avait pas de pitié à attendre, lui qui n'avait pas eu de pitié. Et quand ces hommes le trouv'raient là, auprès des deux victimes, ils i" tueraient...
Et il ne jouirait pas de l'épouvantable vengeance qu'il avait accomplie...
Il s'élança vers la fenêtre et l'ouvrit.
La Seine coulait au pied, noirâtre et silencieuse...
Benedetto posa le pied sur le rebord et attendit.
Cependant Fanfar et ses amis étaient parvenus à ouvrir la porte intérieure et maintenant gravissaient l'escalier...
Et au moment où ils se ruaient dans la chambre, Benedetto cria :
— Trop tard I J'ai tué le fils de Monte- Cristo!...
Et il s'élança dans la Seine où son corps tomba avec un bruit sourd.
Contran avait bondi vers Espérance et l'avait saisi dans ses bras :
n eut un sanglot déchirant :
'— Mort! s'écria-t-il. Assassiné L..
Et devant ces deux êtres si beaux, unis dans la mort, les hommes se découvrirent, tandis que Carmen s'agenouillait en pleurant.