LE SPECTRE
• .\ii i:in:!!'Mt aième OÙ P.enedetto s'éhn!çait dans la Seine, un lionime a^fe! ■ se précipitait dans la chambre où ctisaient les victimes...
Cet homme, c'était Sanselme.
Oi\ fl'a pas oublié que l'ancien forçat avait assisté à l'entretien dans lequel Fanfa?",el ses compagnons s'étaient résolus à courir au secours d'Espérance.
Encore brisé par la maladie, le malheucenx avait dû les laisser partir...
Mais voici que, resté seul, la fièvre lui était montée au cerveau...
Auprès de lui, la folle, accroupie sur le sol, répétait :
— Mon fils ! Benedetto est mon fils... et il m'a tuée...
Aux lèvres de Sanselme, c'était le nom de Jane qui montait sans cesse...
Et peu à peu, sous le poids d'une obsession sinistre, il avait senti une force factice se réveiller en lui.
Quoi ! sa Jane était en danger, et il restait là, inerte, inutile...
Non ! non I cela ne pouvait pas être, cela ne serait pas...
Il était sorti, hagard, laissant derrière lui la porte toute ouverte...
Où devait-il aller? de quel côté fallait-il qu'il se dirigeât?
Dans son cerveau brûlant, les idées se confondaient. Il chancelait comme un homme ivre. Il dût s'arrêter, s'appuyer à -r,! muf pour Jie pas tomber.
n s'efforçait de rassembler ses pensées, (ie trouver un point d'appui sur le chaos Mui tourbillonnait sous son crâne...
Tout à^coup un nom jaillit en lui.
Monte-Cristo ! oui, c'était à l'hôtel de Monte-Cristo qu'il devait courir. Là, du moins, il retrouverait Fanfar, il s'attacherait à ses pas, et il faudrait bien qu'à eux deux ils retrouvassent Jane.
Mais Sanselme pouvait à peine marcher; il se traînait... enfin, il poussa un râlôment rauqne et s'affaissa sur le sol.
Combien de temps resta-t-il ainsi? Il ne le savait pas.
Cependant quand il revint à lui, il se sentit plus fort; la nuit était profonde. Quelle heure était-il? Il entendit des coups d'horloge résonner dans l'éloignement, mais il ne put les compter...
Jane 1 Jane ! Il pleurait ce nom avec des sanulots déchiraate...
11 se remit à marcher. Peu à peu ses pas B'afferniissaient... et enfin, il se trouva dans riiùtel de Monle-Cristo...
C'était à l'instant même où les chevaux, lancés au grand trot, s'élançaient dans la direction de Courbevoie.
"Alors .1 se passa un phénomène étrange.
Sanselme se redressa, se raidit sur ses
jarrets, aspira longuement l'air, qui empiu tes poumons...
Puis, les coudes au corps, il se mit à courir derrière la voiture... '
Il ne sentait plus rien, il ne comprenait plus rien...
Toute son énerp'e vitale était concentrée dans l'effort surhumain qu'il accomplissait.
Et cet homme, qui, tout à l'heure, pouvait à peine se tenir debout, courait, ferme, rapide, sans hésiter, sans trébucher.
Les yeux fixés sur les lanternes qui fuyaient dans la nuit...
Avec une incroyable fermeté, il maintenait entre la voiture et lui la même distance.
La route était longue... peut-être Sanselme, s'il eût été de sang-froid, fût-il tombé vingt fois sur le chemin...
Mais les somnambules et les fous ont de ces énergies surhumaines.
Et en vérité il courait comme or ie fait dans les rêves, ne sentant point le sol sous ses pieds, l'air glacé qui lui coupait le visage...
Il vit la vouure s'arrêter eutiu... il entendit les coups violents assénés contre une porte qui s'enfonça. .
Et par u;i suprême effort, il entra a sou tour...
Il apparut au milieu de cette ^cene sinistre... c'était à la minute même où Benedetto venait de jeter une imprécation sUiJrème...
Sanselme vit Jane étendue à terre...
— Jane 1 Jane! mon enfant!... écoute... c est moi...
Il vit qu'e le était morte et. pour la première fois de sa vie, son cœur brisé laissa s'échapper son secret, car il s'écria :
— Jane! ma fille I ma tille bien-aimée!..- Fanfar romprit tout et lui posant la
main sur l'épaule :
— Du courage! lui dit-il doucement.
Mais Sanselme se releva brusquement,
comme mû par un ressort d'acier.
— Assassinée I et par lui ! par ce Benedetto maudit... •
Il courut à la fenêtre. Et avant qu'on eût songé à le retenir, il grimpa sur le rebord, et criant :
— Benedetio I à nous deux !...
Il s'élança à son tour dans le Ilot noir... Benedetto avait à peine une demiminute d'avance...
Pourquoi d'ailleurs s'ôtait-il enfui ainsi,
risquant sa vie? n'existait-il pas dans la maison mystérieuse quelque issue secrète
S ai aquelie il aurait pu s'échapper sans anger?
n avait oublié cela^ parce qu'il avait peur...
Oui, peur ! car, pour la première fois de sa vie, il venait de s'attaquer à Monte- Cristo I parce qu'il avait osé lutter contre lui, et qu'il avait triomphé 1 la joie même du crime commis était une épouvante...
Malgré toute son audacieuse perversité, il avait compris que si, tout à coap, le comte de Monte-Cristo était apparu devant lui, il aurait faibli, il aurait tremblé...
Et il ne voulait pas mourir...
Car maintenant il emportait sa vengeance comme un trésor...
Il pourrait écouter de loin le bruit des sanglots qui déchireraient la poitrine de cet homme qu'il haïssait...
n ne voulait pas mourir... comme Danglars qu'il avait vu tomber, foudr ryé par une main invisible.
D avait fui, le plus promptement possible, par la première voie qui s'était offerte à lui...
Après coût, pour l'ancien forçat de Toulon, c'était un jeu de traverser la Seine. Que lui importait la nuit, le flot profond... il était fort, il était vaillant!... Allons. Benedetto, encore un effort, et tu es sauvé et vengé !..
Cependantla chute était si haute que tout d'abord Benedetto fut étourdi et coula à fond.
Mais bien vite l'instinct de la conservation reprit son empire...
Et d'un coup de pied Benedetto remonta à la surface.
Il respira longuement, aspirant l'air de la nuit...
L'eau était glacée.
— Allons, murmura Benedetto, pas de faiblesse !
Il eut un instant la pensée de revenir à la rive qu'il venait de quitter et dont il n'était encore éloigné que par une très faible distance.
Mais ses adversaires pouvsùent être là à le guetter...
Il tomberait dans leurs mains... non, non, il valait mieux payer d'audace et atteindre l'autre boid..
Là, les bois de Neuilly lui offriraient un asile sur, et à sc^pposer qu'il fût poursuivi, ce qui n'était pas vraisemblable, il trouverait bien le moyen de dépister les reoberches.
Toutes ces réflexions traversèrent soo cerveau avec la rapidité de l'éclair.
Maintenant, sûr de sa volonté, il se lança en avant...
Le courant était violent. Le flot grossi et limoneux tourbillonnait.
Mais Benedetto était un nageur de première force : il avait afi'ronté la mer, n était-ce pas ainsi qu'il s'était évadé du bagne :' avec Sanselme ?
C'était étrange que ce nom même lui vint à l'esprit, au moment où, à quelque distance derrière lui. il entendait un bruit sourd, quelque chose comme la chute d'un corps...
Bah ! quelle apparence qu'un de ses ennemis se jetait à la nage derrière lui?...
n se mit à couper le flot résolument...
Sa vigueur était telle qu'il arrivait à conserver la ligne droite.
Il avançait pourtant bien lentement L'effort qu'il devait faire pour ne pas être entraîné à la dérive, empêchait la vitesse directe...
En temps ordinaire, il eût franchi le fleuve en cinq minutes...
A cette heure, le temps lui paraissait mortellement long. . .
Puis ses forces s'épuisaient à ce ombat de l'homme contre la matière.
La peur le ressaisissait au cerveau...
n s'était arrêté un instant, faisant la planche pour se reposer...
Son oreille exercée entendit très distinctement le bruit que faisait à quelque distance un autre nageur... et ce bruit était régulier, ferme. Celui-là devait être #n possession de toutes ses facultés physiques...
Qu'est-ce que cela pouvait être I
Il n'y avait pas à douter. C'était quelqu'un qui le poursuivait?
Mais, dans cette obscurité, quelle folie?...
Benedetto se laissa descendre au courant, coupant le flot en ligne oblique.
Ainsi, il se rapprochait avec moins de fatigue de la rive opposée.
Avec une adresse surprenante, il arrivait à assourdii" presque complètement le clapotis de l'eau.
Et cependant, dès qu'il tendait l'oreille, il percevait toujours à la même distance le bruit de l'autre nageur.
A la même distance 1 Dore il ne se rapprochait pas. il ne gagnait pas de terrain.
El déjà, dans l'ombre moins dense, Benedetto apercevait la ligne de la berge.
Encore quelques brassées, et il était sauvé...
Une fois en terre ferme, il ne redoutait
Elus persoane, et s'il était attaqué, parleu ! i' saurait bien se défendre.
Il fit un dernier effort, et sentit qu'il prenait pied...
^ eut un ricanement muet. Que parlaiton de justice éternelle, de châtiment I Voici qu il avait commis tous les crimes, voici qu'il n'avait reculé devant rien pour assouvir ses passions... et les infamies n'avaient pas pesé assez lourd sur ses épaules pour l'entraîner au fond du gouffre !
Ah.1 comme il se raillait de tous ces prétendus justiciers I...
Oui, il touchait la rive... il s'accrochait aune souche d'arbre... il se soulevait à la force de ses poignets...
Et enfin, il se dressait sur le bord, ruisselant, mais ne grelottant pas, tantla fièvre '«^ brûlait...
Un cri — une sorte de rugissement de . irfur — arriva jusqu'à lui, venant du milieu du fleuve. 11 comprit. L'homme qui le poursuivait avait été à son tour saisi 7:1 r le flot, relancé loin de la rive...
Et il avait vu sa proie lui échapper...
Alors il poussait une clameur impuissante, une dernière malédiction contre le misérable qu'il ne pouvait atteindre.
-G était vrai.
Sanselme n'avait pas perdu la trace.de "elui qu'il voulait tuei'.
Jusqu'à la dernière minute, il avait es- ' ré l'atteindre...
.Mais tout à coup une pièce de bois flotlute, échappée à l'arrimage de quelque radeau, l'avait atteint à l'épaule.
La douleur avait été assez violente pour que, pendant quelques secondes, il perdit le saup-froid. L'eau l'avait entraîné 'en oblique. Et, à la faveur de cet accident, Benedetto lui échappait.
Etait-il donc vrai que l'infâme dût rester impuni !
Encore dans la Seine, à plus de quinze mètres de la rive, Sanselme l'avait vu se dresser, puis l'ombre de l'homme s'était confondue avec l'ombre des bois. Puis, plus rien !
E^ Sanselme avait laissé échapper uo cri de déses[)oir.
Quoi ' Cet homme aurait tué Jane, et lui, Sanselme, lui le père régénéré par la
'iernité, ne saurait pas le tuer à son
il-, est-ce que cela était possiljle?...
<irt;iiii il ii« r;4Lii (lit ^[iu M ier que Sanselme
n'était soutenu que par une surexcitation factice.
Maintenant — sous l'impression de colère que lui donnait l'évasion da Benedetto — ses forces se brisaient, ses muscles su détendaient, il n'était plus maître de lui, c'était l'eau qui le tenait, qui le secouait, qui le roulait... il crut qu'il allait mourir. Mourir sans avoir puni !
Il se sentit comme entraîné dans un tourbillon, il battit l'eau de ses mains à la façon d'un chien qui se noie...
Il se sentait couler, il était perdu...
Soudain, dans cette lutte suprême dont seul le hasai'd savait le dernier mot, ses mains rencontrèrent un corps résistant.
C'était un câble...
Il avait été laissé près du bord. Là, un chaland s'était échoué, il y avait de cela quelques jours. On l'avait maintenu contre la berge au moj'en de chaînes de fer, tandis que sa coque dislO(iuée livrait accès à l'eau qui peu à peu l'envahissait tout entier.
C'était à cette carca-sse immobile et vermoulue qu'était attaché le cAble que venait de trouver les mains ci'ispées de Sanselme.
Il s'y accrocha avec toute l'énergie du désespoir et se hissa.
Il haletait. Il lui semblait que tout allait se briser et qu'il retomberai;.
Enfin, il atteignit le rebord, et là, il tomba sur le bordage. 'jpuisé, anéanti physiquement et moraiemeut...
Et il resta, impuissant à se relever, la tète appuyée sur les poignets, regardant devant lui, dans la lueur grise de la nuit qui finissait et que teintait déjà -un relit t blanchâtre, ne détachant pas les yeux du point fixe où il avait vu disparaître l'ombre de Benedetto...
Tout à coup une exclamation sourde sortit de sa poitrine...
Etait-ce un rêve? une hallucination de son cerveau malade?
L'ombre avait reparu et reculait maintenant vers le fleuve...
Elle n'était pas seule...
Auprès d'elle quel(|ue chose marchait...
quelijue chose de blanc, de sinistre, de terrible qui ressemblait à un spectre ,.
El cela, glissant sur le sol, venait iustement dans la direction de la vieille^ péniche à laquelle Sanselme s'était accroché...
i) l'ét ait-ce donct Cette ombre étail-ell vraiinon t celle de Houe ji'tto f... e' <;e -jiipc Ire, lallail-il donc lui iloniici' uu noir, .ou
n'était-ce qu'une de ces vapeurs bizarres qui }i;ir:ois s'élèvent, aux premières cLirtés du matin, dans les brouillards coudensis ;...
Non, «était véritablement un fantôme, lin fantôme vivant, épouvantable résurrection d'un passé de meurtre...
Benedetto s'était élancé sur la rive, le pied sur, croyant au s;ilut, aux satisfactions de la vengeance, à l'avenir reconquis...
Droit devant lui, il s'était élancé dans le boi s dont les branches mortes craquaient sous ses pieds.
H n'entendait plus rien derrière lui.
Ceux qui le poursuivaient avaient évidemment perdu sa piste.
Une buée blanchâtre commençait à sortir de la terre humide, et faisait comme une frange lumineuse aux objets...
Tout à coup Benedetto tressaillit...
Voici, que devant lui, au milieu du chemin, quelque chose s'était dressé, être ou objet, quelque chose de blanc, drapé dans des plis qui ressemblaient à ceux d'un suaire.
Cet homme, <iui n'avait jamais rien craint, avait cependant l'âme lâche.
Dans son enfance, il avait appris la terreur des apparitions nocturnes. Les criminels, qui jouent avec la vie d'autrui, ont de c«s folies puériles...
Pourtant Benedetto haussa les épaules.. .
Allons donc! il aurait peur d'un nuage, d'une vapeur subtile qu'un souffle devait faire évanouir... s
Cependant, comme il s'était arrêté, il se sentait les pieds lourds pour se remettre en route. Ce qu'il voyait — dont il ne pouvait détînir la nature — était appuyé contre an arbre, la forme blanche ti-anchant vivement avec l'écorce noire...
Se contraignant au courage, Benedetto &'. deux pas en avant....
Et enco.re une fois il tressaillit... mais plus fort.
Ce n était pas un brouillard, ce n'était pas une vapeur...
C'étjtit un être humain... vivant ou mort'?
Ln hauteur longue semblait d'une taille démesurée...
Pourquoi Benedetto ne se détournait- il pas 1 il pouvait, prenant un sentier à droite ou à gauche, contourner l'obstacle sinistre...
11 ne le pouvait pas. Une attraction singulière, plus forte que sa volonté, l'entraicaiv Irers la chose sans nom..
I Elle ne bougeait pas. Il semblait que ce bruit des pas qui se rapprochaient de plus , en plus la laissât in-ousible...
Si bien que Benedetto, otiéissant à je ne sais quelle effrayante curiosité, lui posa la main sur l'épaule...
Et l'être mystérieux, se tournant à demi, leva la tète..."
Alors un cri effrayant qui n'avait rien d'humain, sortit de la poitrine de Benedetto.
Ce spectre, c'était sa mère I Sa mère qu'il avait frappée d'un coup de couteau, là- bas, au Beausset, il y avait de cela t.anl d'années !
Et la morte vivante était là, le regardant de ses yeux agrandis, son visage de cadavre sillonné parles mèches de ses cheveux gris...
Benedetto ne comprit pas, ne chercha pas à comprendre... l'épouvantable folie le saisit en plein crâne... il ne doutait pas. C'était la morte qui,se dressait de sa tombe et venait lui réclamer la dette de san;,'...
Cependant le spectre, l'ayant lon:.iuement reîîardé, eut tout à coup un affreux sourire, et dit :
— Mon fils! mon Benedetto! viens...
viens ;
Et sa main, longue, décharnée, vraie main de squelette, se posa sur le poignet du parricide... pression si froide, si glaciale que Benedetto crut qu'un anneau d'acier venait de se river <à son bras...
— Viens, çion enfant! répétait la folle. Oh! tu ne me quitteras plus, n'est-ce pas?
Elle marchait, l'entriinant doucement...
et il ne résistait pas, il ne cherchait même pas à se dégager. Il obéissait à cet appel de la mort qui sonnait à ses oreilles comme un glas.
Il reculait, ne se souvenant plus que peut-être derrière lui il y avait un ennemi.
Le fantôme — c'est-à-dire M™ Danglars, la folle qui s'était évadée de la maison de Fanfar, par la porte que Sanselme avait laissée ouverte — le poussait, répétant toujours de douces paroles, qui sonnaient à l'oreille du misérable comme une malédiction...
Et ainsi, ils franchirent la lisière da bois et se retrouvèrent sur la bergp...
Est-ce que Benedetto se rappelait seulement qu'il y avait là, à quelques pas plus loin, la Seine avide et béante..
Il reculait toujours. .
Sou pied heurta luelque chose, c"ét .it le bordage de la péniche sur laqpiell* -;.iaseime s'était accroupi... il monta, nex oyjai pa.s le péril...
El îa folle, s'approchnnt encore plus, 1 enlaçait de ses bras, lui disant :
— Benedetto. mon fils. . . te souviens-tu. . . un jour, ta tète s'est posée sur ma poitrine... o"était là-bas... à Toulon... oh! dismoi... je t'en prie... que nous ne serons plus jamais séparés...
Immobile, à demi fou, croyant assister à quelque scène fantastique, Sanselme voyait cela... et restait immobile...
Et ainsi reculant, enlacés l'un à l'autre, la morte et le vivant arrivèrent à l'autre extrémité delà péniche...
Leurs pieds glissèrent sur lebordage...
Tous deux s'enfoncèrent dans l'eau, qui s'ouvrit avec un bruit sourd...
Penché, regardant avidement, Sanselme ne vit plus rien, n'entendit plus rien. Le goufïre avait saisi sa double proie...
Et Sanselme resta là, sans songer à fuir, sans sentir le froid qui le pénétrait, la fièvre qui, plus ardente, lui martelait le cerveau...
Le matin, les mariniers qui vinrent pour relever le chaland, trouvèrent un corps raidi, penché sur le bordage, les yeux tout grands ouverts, regardant toujours de son regard ^ort...
— Tiens, dit l'un, un ivrogne qui se sera endormi là et qui a passé de vie à trépas...
Ce fut toute l'oraison funèbre de Sanselme...
Quant aux corps de Benedetto et de sa mère, jamais nous n'avons su si on les avait retrouvés.