‹ Le fils des etoilesChapitre 26 sur 32 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

LES PRÉCÉDENTS. — ŒLOHIL (enveloppé d'un manteau bruni)

GOUDEA

Qui es-tu ? Ta présence me cause une horreur instinctive,

je ne pourrais te rendre vraie justice;

les astres entre nous ont mis Pinimitié.

O plaignant inconnu, n'exige pas mon jugement !

ŒLOHIL

Je suis un enchanteur qui romps les charmes Avant de me voir, acceptes-tu le secours de mon art ?

GOUDEA Qui t'a dit que ton art serait le bienvenu ?

ŒLOHIL

L'archimage d'Ereck !

GOUDEA

Tu viens d'Ereck? Sais-tu si ma malédiction se réalise ? Œlohil, qu'est-il devenu ?

ŒLOHIL (rejetant le manteau paraît en robe de lin et mitre en tête^

Digne d'Izel, digne de Sirtella !

GOUDEA

Malédiction des Sept! Retourne vers Ereck et dis à l'archimage

que le vieux Goudéa te refuse et te chasse aujourd'hui comme autrefois

IZEL

Oh mon père !

ŒLOHIL

Chasse donc ton Izel, car elle me suivra î

GOUDEA

Non, car vous seriez trois. Le malheur vous ferait fidèle escorte. L'anathème d'un père, les Dieux toujours l'exaucent.

ŒLOHÎL

Nébo, ô toi qui persuades, inspire-moi !

GOUDEA

N'invoque pas Nébo; tu es mage. Eh bien^ magific ! Quand tu jetas ton charme

la nuit, la lune et le printemps étaient complices ! Seule et séduite par les démons de Tombre les esprits de vertige, elle faiblit.

Sous l'œil encore rayonnant de Samas devant ces vieillards, devant moi,

refais ton charme et qu'elle oublie mes cheveux blancs et sa pudeur. Quand le Dieu Merodack d'un terrestre amour fut frappé pour Gamil, la reine de Soumir, il parut, il parla. Elle vint tomber dans ses bras, aux yeux de tous.

IZEL

O Père, ne tente pas l'épreuve !

ŒLOHIL (accepte le défi, il se place en face d'Izel et prélude sur sa lyre)

Sar du ciel, sublime musicien

qui tiras du cahos le poème des mondes !

Sar de la terre, poète incomparable

qui nous apprends la pitié et la gloire !

Amour 1 Amour ! c'est loi que l'on défie !

Viens triompher par ma lyre et ma voix !

Quand une fleur, sous la caresse du printemps

entrouvre son calice au papillon qui rôde: quel charme agit ?

Tu rêvais d'amour dans la nuit, o fleur de chair, o fleur d'âme,

je fus le papillon ! Ton cœur parlait, je fus l'écho :

je répondis « je t'aime » à ton attente

je répondis « toujours » à ton désir.

C'était ce jour béni de Tammuz qui renaît :

le voilà revenu, parfumé et fleuri !

Oh ! ne te défends pas de l'attaque si douce

que te fait ce génie, le doux sar du printemps. •

Il commence le règne du suave despote ;

ses dîmes, des baisers ; ses corvées, des plaisirs, et son impôt, l'extase. Esprits de l'air, agacez-la du froissement de vos ailes ! Esprits souterrains, laissez un moment,

THÉÂTRE DE LA ROSE-CROIX

les trésors dont l'éclat vous enivre ;

et poussez hors du sol, l'haleine des diamants admirables,

pour fasciner ses sens !

Rosée du soir, encens des fleurs

gazouillement de l'eau, finance du nuage

ô douce émotion de la nature alanguie,

et qui songe avant de s'endormir,

énerve son vouloir, désarme sa pudeur !

Esprits du feu, brûlez et desséchez

d'une ardeur imprévue et sa gorge et sa lèvre.

Baiser, descente de Tàme, ascension du corps,

fibule du cœur et des reins, o signe du bonheur,

ô redite éternelle des couples emparadisés, baiser geste des anges !

Lèvres, territoire contesté entre l'esprit et la matière

lèvres qui ouvrez sur le ciel, diseuses de beauté, donneuses de bonheur

o rebord rougeoyant de l'être,

margelle au puits d'où sort la voix tendre ou sublime,

lèvres de la Bien-Aimée, venez à mes lèvres adoratrices

par la toute-puissance du Sar amour qui règne sur les Dieux !

(Izel fascinée au cours de Tincantation, vient tomber, comme malgré elle, dans les bras d'CElohil. Goudéa déchire son manteau.)

GOUDEA

Sortilège! Soyez maudits tous deux : Anciens, ma fille est morte!

ŒLOHIL (ramenant Izel à son père)

Retiens ton anathème, je te rends ton enfant. Aucun remords ne doit rester, maléfique, au cœur d^Izel. Veux-tu qu'entre nous deux, les astres rois décident? L'arrêt des brillantes étoiles, l'acceptes-tu ? Acceptes-tu le jugement des Dieux?

GOUDEA

Le connais-tu, toi, qui l'invoques, ce jugement, qu'Oannnès établit pour que la force d'âme prévalût. Les ennemis sont placés face à face, ils parlent, ils chantent, ils prient,

sans se quitter des yeux, pendant qu'un sablier s'écoule. Celui dont l'âme se trouble et faiblit, est vaincu. Incante, je ne t'opposerai que mon silence !

ŒLOHIL

Anciens de Sirtella, soyez nos juges !

Je jure de briser cette lyre, si elle est impuissante.

IZEL

Œloliil voilà répreuve de ton génie, de ta magie... ma prière t^aidera.

GOUDEA

Change en admiration mon dédain !

Mouille d'émotion mes yeux brûlants de colère

Charme-moi ; Œlohil détesté, incante !

'Jzel s'agenouille, les vieillards s'alignent au fond, appuyés sur leurs crosses. "i

ŒLOHIL

Sainte Kaldée, qui commenças Thistoire, pays des premiers arts,

patrie du blé et patrie du mystère, Sainte Kaldée î

O calme Euphrate! O Tigre impétueux,

fleuve des grands roseaux, fleuve des grands rochers

qui fécondez la terre d'Oannès !

O génies tutélaires, assistez votre race !

O calme Euphrate ! O Tigre impétueux.

D'Ereck et d'Our, de Babilou, les fils d'Oannès et d'Ilou

rayonnent sur le monde prêtres, poètes et devins

missionnaires de paix et semeurs de beautés.

Le Nil même a vu la tiare cornue présider son destin.

Tu règnes, ô Kaldée, sur Tâme universelle

par ceux d'Ereck et d'Our, de Rabilou, les fils d'Oannès et d'Ilou.

Tu règnes aujourd'hui, tu régneras longtemps.

Mais toujours est un mot qui dépasse ce monde;

seul Tamour le prononce, en son exaltation.

Ce qui naît doit mourir, homme ou cité,

Comment survivras-tu dans tous les siècles !

O Matrie, ô Kaldée, toi qui règnes.

Le papyrus s'efface et la brique se fruste;

et quel impie voudrait, écrivant le mystère,

et le multipliant, jeter ainsi au hasard des esprits les magiques secrets La parole et le chant meurent avec la race et la langue le papyrus s'efface et la brique se fruste.

THÉÂTRE DE LA ROSE-CROIX

Qui gardera ta gloire, ô Matrie, ô Kaldée !

De Babylou détruite, de Sirtella abandonnée, quel sera le vestige ? Quel témoignage restera de tant d'idées, de tant d^efforts? Quand Fécho de nos chants sera éteint, que les signes de notre écriture

ne signifieront rien aux yeux des nouveaux peuples, Kaldée, Matrie qui gardera ta gloire ?.... Le monument et la statue, Patesi Goudéa, survivront, seuls témoins de la sainte Kaldée. Le nom des Dieux même s'oubliera !

Plus fortes que le temps, victorieuses insignes, l'avenir vous saluera ; ô vestiges suprêmes Zigurrat de Babilou, statues de Goudéa !

Gloire à toi Goudéa, homme puissant, qui donnes la durée à ta vi vainqueur des siècles, ô sculpteur ;

ton nom sera chanté, par les races lointaines comme le nom d'un Di il surgira à l'aube de l'histoire et Ton ne saura plus, si c'est Samas, Nébo ou toi

le premier des sculpteurs, le premier architecte. Gloire à toi Goudéa ! gloire à ton art !

IZEL

Gloire à Samas ! Père tu pleures, tu comprends,....

tu permets mon bonheur(prenant Œlohil parla main) viens, cher époux

Père voici ton autre enfant (ils s'agenouillent)

GOUDEA

Les Dieux, pendant que tu chantais

ont remué mon âme : je t'admire, ô poète.

Selon la parole de Farchimage

te voilà digne d'Izel, digne de Sirtella.

Je te bénis, Œlohil, avec plus de tendresse

que je n'eus de colère, jadis te maudissant;

et cette fois, les Dieux m'exauceront.

Et toi, digne fille d'Ourka, âme constante

sois heureuse ; mais rappelle souvent à ton époux

que le plus bel amour reste imparfait sans la gloire.

(aux Anciens) Apportez une coupe ; apportez un flambeau.

Qu'Anou, Bel et Nouah bénissent votre vie, enfants,

que Merodack acquiesce à vos desseins.

et que Samas toujours prononce favorable;

Le fils des étoiles /j

que Sin, rilluminateur, vous conforte,

qu'Adar vous donne la vie longue et Goula la santé,

que Nebo harmonise vos âmes,

qu'enfin tous les grands Dieux, témoins de ma bénédiction, épandent sur vos jours la paix, comme Samas la clarté et Sin le repos Esprit de la terre, souviens- t'en ! Esprit du ciel, souviens-t'en !

LES ANCIENS Esprit dn ciel, souviens-t'en I Esprit de la terre, souviens-t'en !

IZEL

Une étoile a passé, la première aperçue de ce soir !

GOUDEA (donnant le flambeau allumé à Œlohil et la coupe à Izel)

Même si tu inversais ce flambeau, la flamme monterait vers le ciel ;

que ton àmepréfèreainsi l'idéal au plaisir, et toujours pense aux Dieux Cette coupe pleine représente, ô Vierge, ton destin passif et doux, que ta beauté soit l'apaisement de l'homme ton époux. Œlohil et Izel, chers enfants, soyez unis devant les Dieux.

^Œlohil éteint son flambeau diins la coupe que tient Izel. Goudéa jette les deux objet

derrière lui.)

Vous n^avezplus à garder de contrainte,

les seuls yeux qui vous guettent sont ceux-là (il montre les étoiles). Soyez heureux, soyez seuls tous deux!

(Exeunt Goudéa et les Anciens.)

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