III. — Triomphe de Reinhold
Le chevalier frappa sur son estomac, à l'endroit où le revers de son paletot blanc se gontlaii et accusait la présence d'un |)a(|.iet.
— Vous allez voii ! répéla-t-i!; à mesure que j'avançais, il me semblait que j'avais aperçu déjà quelque part cette dill'orme tournure... mes souvenirs s'éveillaient; je me rappelai euliu où j'avais rencontré ce
LE BABON DE RODACH. 111
pauvre diable... c'est sur le carreau du Temple, à Paris. Docteur Jos(^ Mira... cela coiiuneiice-t-il à vous paraître drôle? — Non, répliiiua le grave Poriujais.
— Alors, je me tais, riposia le chevalier; je ne veux pas abuser de vos moiiients précieux. — S',igit-il du baron de Rodach dans votre histoire? demanda Yanos.
— Beaucoup, clior seigneur. — Eh bien! je vous écoule, ii;oi... allez!
Reiiihold acc('pia cette rude approbation, comme il eût l'ait du compliment le plus (litli-ur.
— J'al)rèj<', poursuiviî-il. alin de couiciUer plus tôt voire curiosité, seigneur Yanos... mais je vous préviens qu'il y aura autre chose au bout de mon histoire (|ue la curiosité satislaite... Dès que je reconnus ce malheureux garçon qui est idiot et m< nd ant, el auquel les g'-ns <Ui Temp'e ont donné un s<d)riquet grotesque, Geignolet, je crois, je pressai le pas décidé à l'atteindre.
» Comme j'allais y réussir, une idée baroque traversa sa p.iuvrccervtdlc; il sauta par-dessus les broussailles (|ui entourent la perrièie el se couclia dans l'herbe glacée.
» Je n'étais plus séparé de lui que par la haie, et je pouvas voir tous sfr's mouvemems.
» Il ne chantait plus; il avait mis dans sa bouche le goulot (l'une boutedle el buvait avidemont.
» Quand il eut fini de l)i)ire, il liia de dessous sa blouse un paquet de papiers qu'il éparpilla auioar de lui sur l'ht'i be.
» J'avançai la tèie entre les branches... Je vous donne en mdle à deviner ce q(U" je vis!... »
— E|)aignez-nous, clievalier, dit madame de Laureiis. — J'aiiends!... ajouta le madgyar dont les gros souicils se IVonçaient.
Reinhohl hésaa un instant entre le désir de flatter Yanos par une prompte obéissance et l'envie de fller son histoire s.(ivaul les i ègles du roman.
11 était sûr d'un surrès et il le voulait complet.
A vrai dire, son auditoire rréiai! pas pourtant dos plus hicMveillan's; Peiile. Mira et le uiadgyar uianifeslaienl sans façou leur impatience.
Il ri'y avait }:uère f|"e l'excellent et courtois Van Praët qui lîi pieu\e de loiiganimiié.
Re iilio'd lui adtessa uu souriie de reconnaissance.
— Qu'd voiissu(ri>e(lesav(iiren ce uio lient, reprit-il, que ces papiers étaient de telle sorte que j'aurais donné cinq lante mille écns à riiislaut mé.ne pour les avoir. — Diable! lit Vau Praëi. — Oueique lolie!... gromiiiela le Portugais. — Je passai résidûment au travers de la liae, déieruiiné à prendre l'idiot à l'iaipro\is'e.
« M,i vue ne l'effraya point; il resta denù-couché au U'ilicu de ses papiers épais.
a — Tieu.s! lien.^! ilit-il seulement, voilii le hausse!. ,.
» C'est ie lutui (pi'ou me donne au Temple.
1) - Où as-tu pris ces papiers, GeiguoleiPdcmaudaije d'un air sévère.
» Il me toisa d'un œil morne et farouche.
» — Je suis plus grand que vous, niuru)ura-l-i'; si vous voulez me faire du mal, je vous jetterai dans le tiou! — Je ne veux pas te faiie <lu ma', mon pauvre entant... mais j'aime beaucoup les vieux paoi.-rs, et, si tu veux, je l'achèterai ceux-ci. — Conbien? s'écria l'idiot don! les yeux brillèrent. — Ce que lu voudras.
» Il arrondit ses deux mains joimes en loi uie de vase, puis il secoua la tète, ne trou\anlpas le récipient assez volumineux.
» - Macasqiielie! s'écria-l-il en découvrant sa tête hérissée; je veux plein ma casqueite de sous! — Tu les auras, dis-je.
» El je tirai de ma poche trois ou quatre pièces de cinq francs tpii étaient assurément l'équivalent, pour le moins, du prix demandé.
» Mais ce n'était pas le compte de ridiol.