IX. — Comme on intrigue
Après la réponse de Franz, Sara et lui avaient gardé durant quelques secondes un silence embarrassé.
— Vous ne l'aimez pas?... reprit enfin Petite. — Non, réplifiua Franz. — C'e.sibien vrai? — Pu:5.que je vous i'uffirnie... — Eh bien, prouvez-le-moi!... je parie que \oire rendez-vous e.st lixé à demain, pendant la chasse aux flambeaux. — iVlais il n'y a pas de rendez-vous... comaiença Franz.
Sara !'ir;t€rrompit.
4) SEPTIÈME PAUTIE.
— C'est une si excellente occasion! dit-dle avec un léger accent de raillerie; il y aurait pourtant un moyen (le me persuader... —Lequel? — Wais vous ne remploierez pas! — Dites... — A quoi bon?
Franz fil un geste d'impatience.
Le spectre s'appuyaii, immobile, à la colonne. On l'eût pris pour une diî ces funèbres figures, liiillées dans le marbre des tombeaux, si de faibles iressaillenieiits n'eussent agité de temps à autre les longs plis de son suaire.
Sa tête voilée faisait seule saillie en dehors du pilier; Sara et Franz ne l'apercevaient point...
— Ecoulez, reprit Petite, si je suis jalouse, c'est que je vous aime encore, moi!.., j'ai peur; rassurezmoi par piiic!... Je crois que vous avez donné ces heures de la chasse à \me autre; si vous me les consacrez, je ne craindrai plus, et je^serai bien heureuse...
On aurait pu entendre, sous le voile bîanc du spectre, comme une plainte étoullée.
— Ces heures sont à vous comme loutes/clles de ma vie, répondit Franz qui ne savait comment tourner la dilUculié; où voulez-vous quej'aillejvous rejoindre?
Derrière le château, répondit Sara, qui eut, sous son masque, un sourire; dans ce champ où sont les ruines de rancien village de Blulhaupt.
— A quel moment? — Une demi-heure après l'ouverture de la chasse. — J'y serai, dit Franz.
Sara lui fit un petit signe de tête gracieux et perça la fou'e.
Il y eut sous le voile du personnage déguisé en spectre comme un écho des dernières paroles de Franz.
Il se détourna pour suivre Sara du regard, puis on le vit se <liriger péniblement vers l'une des issues de la salle.
LE BAUON DE RODACH. Ûl
Il traversa les longs corridors, et monta l'escalier qui conduisait à rapparleiuent de l'agent de change Léon de Laurens.
Il iniroduisii une clé dans la serrure de cette porte, que Petite avait fermée à double tour sur son mari agonisant.
Il entra. Son suaire tomba et découvrit la face hâve de Léon de i.auiens lui-même.
Il se laissa choir sur le pied de son Ht. Ses traits, minés par la souffrance, exprimaient une mortelle angoisse.
Il resta longtemps immobile et semblable à un homme frappé de la foudre.
Puis, du fond de ses yeux caves, deux larmes roulèrent leiitemeni sur sa joue.
Sa poitrine amaigrie se souleva; ses lèvres pâles s'entr'ouvrirent, et ces mois tombèrent comme eu un sanglot déchirant :
— Je l'aime eiirore!...
En quittant Franz, Petite avait rejoint le chevalier deReinliold.
— Demain, lui dit-elle, après rouverlure de la chasse, il sera dans les ruines de l'ancien village. — Tout seul? demanda le chevalier. — Avec moi... prenez vos mesures en conséquence. — Belle dame, disait le jeune monsieur Abel à madaiiie la marquise de Beaulravers, sa danseuse privilégiée. Je ne sais si je rêve, mais il me semble que nos Hommes Roulées ont grandi de trois ou quatre pouces dans la soirée.
Madame la marquise braqua son binocle vers l'endroit indiqué.
■— C'est vrai, pourtant! répliqua-l-el!e, je viens d'en voir passer un, et il me paraissait beaucoup plus petit... mais, je vous en prie, qui sont donc ces messieurs?
Abel abaissa le croc pommadé de sa moustache.
— Ceci est un grand secret, belle dame! dit-il, on