‹ Le fils du diableChapitre 51 sur 57 · LE FILS OV PMB E. T. IX · texte numérisé non relu

LE FILS OV PMB E. T. IX

Ul SEPTIEME PARTIE.

n'a pas voulu nse le confier à moi-même... Mais tenez! en voilà un qui va iniriguer madame la vicomtesse (l'Auilemer. — En voilà un autre, s'écria la marquise, qui prend le bras de la comtesse, votre sœur! — Charmant! fit le jeune monsieur Abel; ils sont au grand complet!... Voici le troisième qui accoste co petit fat de Franz!

Tout cela était vrai. Les trois Hommes Rouges, qui, depuis le commencement du hal, jouaient un rôle passif, peu en rapport avec leurs fantasiirjues costumes, trouvaient enfin qu'il éiait temps d'agir.

Une triple scène s'entama en ce moment qui rappelait un peu, de loin, pour les curieux, celle de l'ermite.

En effet, tous les gens accostés par les trois Hoinmes Rouges seiublaient étrangement intrigués.

Le premier avait touché l'épaule de Franz et lui avait dit d'un ton paternel :

— Vous èies un étourdi, mon très-cher, et vous donnez beaucoup de mal à des hommes raisonnables <}ui valent cent fois mieux que vous!

Franz se retourna stupéfait.

Pendant cela, le second Homme Rouge murmurait à l'oreille du frèi e de Denise :

— Monsieur d'Audemer, vous êles d'une pure et noble race... j'ai connu monsieur votre père et j'étais son ami... — Qui que vous soyez, monsieur, mlerrompit Julien, ces discours me semblent bien graves pour le costume que vous portez et le lieu où nous soiinnes. — Je n'avais à choisir ni pour le lieu ni pour le costume, monsieur le vicomte... et ce sont en ell'et des choses bien graves que je vais vous dire!...

Le troisième Homme Rouge s'était placé devant la vicomtesse et l'avait séparée de la foule.

— Comtesse Hélène de Bluthanpi, lui dit-il d'un ton solennel et sévère, vous avez donc tout oublié!...

Denise dansait; le chevalier de Reinhold faisait l'ai-

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niable dans une autre partie de la salle; l'Homme Rouge avait choisi un mo:tie»l où madame la vicomtesse d'Audemer était seule.

Le bal s'agitait autour d'elle et la laissait isolée.

Ce nom de Bluihaupt, qu'on venait de lui donner et qu'elle ne portait plus depuis si longtemps, la jeta tout d'un coup au beau milieu du passé. Un monde de souvenirs s'éveilla brusquement dans son esprit.

Malgré l'âge, elle avaii conservé des restes de sa beauté froide et blonde. Jusqu'à ce monieiu, ou avait vu bri 1er sous sou masque un teint llouri cornue celui d'une jeune femuie : el e était si heureuse de l'opulent mari.ige de son fils! La joie lui ôtait vingt ans.

Les premières paroles de son inyslérieuv interlocuteur la secouèrent brusquemeni; el e devint loule pâle.

— Qui é;es-vous? demanda-telle avec trouble. — Qu'importe cela? répondit le troisième Homme Rouge; je suis une voix qui vous parle de votre famille assassinée.

La vicomtesse eut un tressaillement, mais sa tête se redressa hautaine; elle voulait combattre. Son accent prit une teinte de raillerie.

— On m'a glissé déjà queliiues chapitres de cet absurde roman , dit-eile; vous venez de la part de mes frères? — Je viens de la part de votre père, madame, répliqua l'Homme Rouge, dont la voix se fit plus lente et plus solennelle, le comte Ulrich de Bluihaupt, de votre sœur la comtesse Margareihe et de votre mari Raymond d'Audemer, tons trois morts par le crime!

La vicoaitesse essaya un geste de dédain; mais sou front se baissa, taidis que sa joae reJeve.iait pourpre.

Elle fut obligée de s'appuyer ai dossier d'au fauteuil.

— LjibS.'z-.uoi, monsieur, murmura-t-elle; je vous

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en prie, laissez-moi!... — Paidieii! disait pendant cela le premier Homme Rotif^e qui tennit toujours le bras (lo Franz, mon jeune gaillard, si vous étiez resté mort dans quelque coin des bois de Geldherg, vous !ie l'auriez vraiment pas volé! — Bah! interrompit Franz, votre histoire est vieille, et je la sais sur le bout du doigt. — Présomptueux et fou! grommela l'Homme Rouge; il tient de famille!... Du diable! mon beau fils, ajouta-t-il tout haut, on m'avait bien dit que vous ne doniiez de rien!... En attendant, vous donniez du fil à retordre à ceux qui veillaient sur vous?... — Qui donc a le droit de veiller sur UKii? demanda Franz d'un air mutin. — Pardon de la li- !)erté grande, monseigneur!... On osaU prendre celle fiermissiou et je pense qu'on la prendra plus d'une fois encore... Bon Dieu! si l'on vous laissait faire, vous iriez vous jeter, en riant, dans le premier piège

Franz frappa du pied avec impatience.

— Je n'aime pas ce ton-là, dit-il, et rien ne me déplaît comme d'être traité en enfant! — Gracieux seigneur, répliqua le premier Homme Rouge, sans perdre son accent do franche raillerie, ne vous fâchez pas, au nom du ciel!... on saura bien vous sauver malgré vous... et si vous pouvez seulement vous frarer jusqu'à demain soir... — Ah çà! interrompit Franz, m()itié,gai moitié colère, vous me paraissezbien savant sur ce qui me concerne!... — Trèssavani!... Maistenez!... un bon conseil, pendant que j'y pense!... n'allez pas demain a celte chasse aux flaud)eaux. — Par exemple!... commença Franz, qui éclata de rire. — Je m'attendais à cela... eh bien! si vous y allez, promettez-moi, du moins, de ne pas vous séparer du gros de la foule. - Pourquoi? — Parce qu'on a eu le temps de recharger le fusil qui vous a envoyé une balle à l'épaule,..

Le deuxième Homme Rouge et Julien étaient face h face

Ce qu'on voyait du visage fie Julien peignait le mécontentement et lu colère. On devinait une provocation prête à tomber de sa lèvre plissée.

L'Homnte Rouge disait d'un ton froid et calme :

— Ce n'est pas pour vous que je pa.' le, monsieur le vicomte: c'est pour votre pèie qui fut m)ii bienfaiteur... Je ne vous dis pins, conme auirefjis : Vous allez épouser la fille d'un meurtrier... — Autrefois?... répéta Julien. — Oui... ce n'est pas le premier avertisseiiieni que je vous donne... A Paris, la nuit du dimanche au lundis gras... — Au bal Favart?... interrompit Julien.

L'Homme Rouge s'inclina.

— Ah!... fit le jeune vicomte en se rapprochant; c'était vous!

11 y avait dans son accent et dans sa pose une menace de violence.

La voix de THoinme Rouge était de plus en plus calme.

— Je ne vous parle plus du passé, reprit-il, mais du présent... Cette femme dont vous avez fait votre fiancée... — Taisez-vous, monsieur! interrompit Julien qui lui saisit le bras.

Ce mot sifila entre ses dents serrées par la colère

— Cette femme, reprit encore l'Homaie Rouge sans s'émouvoir, est une...

La main de Julien se colla, convulslve, sur la bou» che de l'Homme Rouge.

Celui-ci le repoussa, mais sans violence. A travers les ti ous de son masque, il regardait le jeune vicomte avec une évidente compassion.

— Vous l'aimez donc bien?... murmura-t-il. — Comme je n'aimerai jamais femme en ce monde! répliqua Julien d'Aude.ner.

L'Homme Rouge sembla hésiter.

En ce moment, il se passait dans ie bal quelque chose d'étrange. Tandis que l'orchestre entraînait les

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danseurs aux accords sautillanis d'uno mnziii ka ultranaiionalc, la mystérieuse iriniié des Hommes Bougées, qui avait produit tant d'efl'et au commencement du bal, semblait s'être dédoublée.

Ce détail échappait au plus grand nombre, mais il y avait maintenant six Hommes Rouges dans la salle.

Six hommes qui portaient le fantastique manteau des démons de la légende.

La salle était immense et la foule compacte. Les six hommes aux manteaux écarlates se trouvaient disséminés. Personne ne songeait à les compter.

La triple scène dont nous avons entamé le récit se poursuivait, et à mesure qu'elle coiuinuait, Fianz, Julien et la vicomtesse d'Andemer se troublaient davantage en face de leurs interlocuteurs inconnus.

~ Laissez-moi, monsieur! disait la vicomtesse. — Quand vous m'aurez éloigné, répondit le troisième Homme Rouge de sa voix lento et sévère, vous resterez avec votre conscience, mad;ime... Mais voyez si je n'avais pas raison de dire que vous avez tout oublié!... vous êtes ici, souriante et gaie, depuis bientôt quinze jours, dans ce château où furent assassinés Guniher de BInthaupt et votre sœur Margarèthe... — Calomnie!... balbutia la vicomtesse. — Oh! vous ne dites plus cola du fond du ca'ur, comtesse Hélène!... vous avez peur de croire; mais il faudra bien vous rendre à l'évidence!... Tenez! sans sortir de celte salle, je puis vous montrer les acteurs principaux de tous ces drames sanglants...

« Vous voyez bien cet homme, dont la tête hautaine dépasse celle de ses voisins, son doigt étendu désignait le madgyar Yanos; cet homme , il y a maintenant vingt-doux ans, a mis son sabre dans le cœur du comte Ulrich, votre père...»

La vicomtesse tremblait et perdait le souille. Elle cherchait à se dégager de cette éiiciiitc morale qui la

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tenait esclave; mais l'Homnie Rouge mettait toujours sa grande taille entre elle et la foule.

— Vous aimiez bien voire sœur Margarèllie, autrefois, reprit-il, rointes^e Hélène!... regardez ce vieillard, il monfrail le docteur José Mira : c'était jadis le médecin de Bluihaupt... la pauvre Margarèthe se couchait, pâle et brisée par les douleurs de l'enfantement... vous vous souvenez comme elle était bonne et belle!... ce vieillard avait pour mission de la secourir : il l'empoisonna!...

Les jambes de la vicomtesse fléchirent.

— Oh! c'est all'reux! murmura-t-ei!e, laissez-moi! laissez-moi!...

Sa plainte s'étonlTa parmi les gerbes de notes joyeuses qui jaillissaient de l'orchestre.

— Je n'ai pas lini encore, reprit l'Homme Rouge, en étendant la main vers le chevalier de Reinhohl; celni-ci est le dernier... celui-ci est le (iancé choisi par vous pour votre fi'.'e, madame... et l'on vous a dit pourtant plus d'une fois déjà que le vicomte Raymond d'Audemer, votre mari était tombé sous ses coups!

La vicomtesse, dont les jambes chancelaient, fut obligée de s'appuyer à un siège.

— Comment ajouter foi à ce mensonge? balbutiat-elle.

— En voyant le témoin du crime, madame... en écoulant le récit d'un homme qui s'agenouilla, deminiori, au bord du piécipice, et qui dit le premier De profundis pour le salut de l'âme de Raymond d'Audemer.

La voix de la coriilesse devenait si faible qu'on ne pouvait presque plus l'entendre.

— Je ne vous crois pas! dit-elle avec eflbrt.

L'homme Rouge enlr'ouvrit les pans de son manteau, et lira de son sein un petit portefeuille sur lequel étaient gravées les initiales de Raymond d'Aude-

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mer. Les longs plis de î'éioffe écarlaie qui rcnveloppait de la tête aux pieds laissèrent voir, en se sépuraiit, un costume tout élincelant d'or et de pierreries. Ce fut TaiTaire d'une seconde. Les |)ans «lu manteau se rcjoin;nirent; la vicomtesse n'avait point pris «rarde.

L'homme Rouge poursuivit, d'un accent étouffé : I! y a vingt ans, durant la nuit de la Toussaint, Je trouvai un cadavre sur la traverse de Heideiberg, au fond (!u trou que l'on nomme l'Enfer de BUilhaupt...

Ce portefeuille était à lui, madame; le reconnaissez-vous?...

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