‹ Le fils du diableChapitre 53 sur 57 · I.R BAnON DK nODACn · texte numérisé non relu

I.R BAnON DK nODACn

El chnqiie fois qu'une fosso était creusée, une voix s'élevaii qui disait :

— Ce!le-ci est pour Fabricius Van Piaët. — Celleci pour le doc'.eur José Mira. — Celle-ci pour le chelier de Reiubokl. — Celle-ci pour le madgyar Yanos Georgy...

Quand ce fat au tour de la dernière, la voix dit :

— Celle-ci est pour le vieux Moïse de Geldberg. Au nom de son père, Lia se laissa choir sur ses

genoux.

Les trois bommes s'appuyèrent sur leurs pioches et demeurèrent un insiant immobiles.

— Voilà plus (le viniit ans, tues frères, dît celui qui était arrivé le premier, d'une voix trisie et grave, que nous avons creusé une antre fosse au même lieu!... nousélionsjeuiiesalorsotnotresœur vivait!... Durant ces Icjngues années, avez-voiis songé parfois à dire une prière pour le repos de rame du malheureux baron de Rodach^ — Il avait voulu déshonorer notre !>œur! répondirent les deux fières d'un air sombre. — Et nous l'avons puni de mon! répondit le premier, c'était le droit; mais on doit des prières à ceux qu'on envoie ainsi, sous la main de Dieu, sans leur donner le temps de se repentir... moi, j'ai prié bien souvent, mes frères, car cet homme, nous l'avons dépouillé après sa mort, et c'est sous son nom que nous avons longtemps déjoué les poursuites de nos ennemis.

Celui qui parlait ainsi franchit les fosses ouvertes et s'agenouilla auprès de la petite croix de bois; les deux autres l'imitèrent.

On entendit dans le silence du caveau les versets latins du Deprofundîs.

Puis les trois hommes se relevèrent.

— Notre besogne est linie pour celte nuit, dit le premier arrivé; allons nous reposer, car nous aurons bientôt besoin de toutes nos forces... Demain,

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s'il plaît à Dieu, ces cinq fosses seront pleines el les ^;erviieurs de Bluihaupt saUieroni ie fils des comics!

Ils éieisnireni la lampe et se dirigèrent tous les trois vers l'ef^calier de la chapelle.

Lia, plus morte que vive, les suivait.

Ils traversèrciil la chapelle et la cour.

Au moment où celui qui était venu le premier allait rentrer sur les pas de ses fi ères, dans le corridor où la jeune fille l'avait vu passer seul naguère, il se sentit iclcnu par le pan de son manleau.

Il se retourna; Lia était agenouillée sur le pavé à ses pieds.

La porte, cependant, s'était refermée sur les deux autres frèi es, engagés dans le corridor.

— Otto... murmura le jeune liile d'une voix défaillanle, j'étais l<à... dans le caveau... j'ai tout vu... j'ai tout eniendu! Je sais bien que je ne puis être à vous, désonnais...

Une larme roula le long de sa joue pâle.

— Ma s, je vous en prie, ajotita-t-eile en joignant les mains, éparfjnez la vie de aïoii pauvre père!

La lune tombait d'aplomb sur le visage de la jeune fil'e et illuiMinaii son admirable beauté, l'armi l'angoisse de sa douleur sans bornes, il y avait comme un reflet de résignation suave et sainte.

Otio était émujusqu'à ne point trouver des paroles; entre toutes les epieuves de sa vie, celle-ci était peutêtre la plus aiiière.

Il releva la jeune fille et l'attira contre son cœur.

— Mon Dieu, murmura-t-il, ayez pitié d'elle elde moi!

Il y eut un silence durant lequel on n'entendit que l'eirori pénible de leurs respirations oppiessées.

— Lia, (lit enlin Otto, je vous aimais... je vous aime!... Jamais une autre l'euune n'aura place dans mon cœiw... Que Dieu vous fasse beiireuse el me donne double part de soulTrances!

LE BARON UE RODACif. 67

La tête de la jeune lille s'appuya coiiire ie sein du bâtîM-d de BUuhaupf, cl un sanglot souleva sa poitrine.

— Adieu! reprit Otto on essoyant de se dégager, nous ne nous verrons plus en ce monde. Lia... — Kous nous revenons au ciel! murnîura la jeune filie d'une voix qui semblait mourir.

Et roiiinif Ot'.o poussait la porte pour se retirer, elle ajouia, ranimée par un élan de dévouement filial :

— iMon père!... vous ne nravez pas promis la ^ie de mon père!

Oiio s'arrêta, irrésolu.

— Je vous promets la vie de Mosès Gekl, Lia, dit-il enfin; mais il faut que justice soit faiie, et mieux vaudrait pour lui la mort peut-être...

La porte retomba sur lui.

Lia se remit à genoux, et sou front toucha rheri)e glacée qui croissait enire les pavés de la cour.

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