‹ Le fils du diableChapitre 7 sur 57 · X. — Petite sœur · texte numérisé non relu

X. — Petite sœur

La jolie Gertraud écoutait plus attentive. Elle attendait impatiemment les conjectures de Franz touchant ces inconnus qui s'étaient chargés de lui retenir un appartement rue Danpliine, ei de Mre descendre ses pénates de la ni;insarde au premier étage.

Franz fut quelque temps avant de reprendre la parole. Il repassait en sa mémoire des réQexlons déjà faites, et cherchait de nouveau.

— Si fait, répéta-t-il enfin; pour Vun des deux, j'ai plus que des soupçons, c'est presque une certitude.

— Qui est-ce? demanda Gertraud impatiente. — Mais celte certitude, reprit Franz, ne me mènera pas trèsloin, car j'ignore le nom de cet homaie... N'importe' on peut lâcher... Ce qu'il y a de certain, c'est que, d'après les descriptions de ma concierge , l'homme resté dans la voiture était ma vision du bal Favart.

— Ah!... fit Gertraud qui resta la bouche béante. — Le fameux cavalier allemand en personne, ajouta Franz, le majo, l'Arménien... ce personnage triple qui me poursuit de sa protection. — Et l'autre? demanda la jeune lille,

Franz hésita et regarda Gertraud en face.

— L'autre, répéta-t-il, c'est plus malaisé... Si j'ea crois le portrait fait par ma concierge, nous saurions parfaitement le nom de celui-là... et vous le connaîtriez mieux encoie que moi, petite sœur.

Gertraud n'en était que plus intriguée.

— Costume et tournure, continua Franz, tout se rapporte complétementà l'homme dont je vous parle... (^esi son âge... il n'y a pas jusqu'à son léger accent allemand!... Quant h sa figure, on m'a dit qu'il avait

l'air de l'honnêteté en personne, et de plus en plus j'ai cru reconnaître votre père, Gertraud.

— Mon père! s'écria la jeune fille stupéfaite.

Ce mot arrachait Gertraud aux espaces fantastiques où son imagination areinande galopait naguère; le nom de son père la ramenait en pleine réalité.

Son premier mouvement lut la surprise, parce que l'idée de son père était en elle à cent lieues de ces autres idées capricieuses et bizarres éveillées par le récit de Franz. Elle éprouvait un sentiment analogue à celui d'un enfant qui tomberait à l'improviste sur un mon ami et réel, au milieu des pages merveilleuses des Mille et une Nuits.

Mais, au plus fort de sa surprise, elle se souvint de ce qui s'était passé dans la matinée. Ce personnage étrange, que Franz appelait le cavalier allemand, son père le connaissait, son père l'aimaii, son père semblait le respecter comme un maître.

Sa physionomie, habituée à ne rien dissimuler, changea, et ce charigement n'échappa point à Franz qui la regardait toujours (ixement.

— Je vous prie, murmura-t-il; répondez-moi, Gertraud... Pensez-vous que ce puisse être votre père?

La jeune fille ouvrit la bouche pour répliquer a.Tirmali\ement; n)aisau moment où elle allait parler, elle eut comme un scrupule.

Son père avait peut-être intérêt à se cacher ainsi; ou plutôt il ne pouvait en être autrement, puisqu'il s'enveloppait d'un si grand mystère.

Gertraud avait surpris ce secret sans le vouloir et par hasard; mais la conduite que Hans Dorn avait tenue vis-à-vis de Franz, dans la matinée, semblait tracer impérieusement la conduite qu'elle devait tenir à son tour.

Son père n'avait point parlé. Devant les questions (le Fianz, il s'était renfermé dans une réserve complète. Gertraud pensa qu'il lui fallait se taire également.

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Il fallait feindre l'ignorance. Et pourtant, à mesure qu'elle réfléchissait, il lui était impossible de garder même un doute.

Cette étrange histoire, racontée par le jeune homme, prenait pour elle un caractère frappant de vérité. Le mystérieux agent de celte féerie était bien son père, sous les ordres du cavalier allemand.

N'avaient-ils pas parlé de Franz tous les deux dans la matinée?

Et quel amour inexplicable Hans Dorn avait montré pour cet enfant inconnu!

Et puis encore, au moment où finissait l'entretien, le cavalier allemaml avait demandé l'adresse de Franz. Et c'était elle-même, Gerirand, qui avait été chercher cette adresse auprès de mademoiselle d'Audemer.

La réponse, cependant, demeurait suspendue sur sa lèvre. Elle n'osait plus; il y avait une rougeur épaisse à son front qui ne savait point mentir.

Ses yeux baissés évitaient le regard de Franz.

Celui-ci l'examinait toujours attentivement. Il y avait sur son vsage une expression complexe et malaisée à définir.

On eût dit une grande joie contenue et cachée sous une apparence de dépit.

— Vous ne voulez pas me répondre? prononça-t-il (l'un ton de tristesse. Vous aussi vous me trompez, Geriraud!

La jeune fille rougit davantage, m;iis elle ne répli- (jua point encore. Elle souffrait véritablement; elle était entre son père et Franz : Franz qui l'appelait sa sœur et qu'elle se sentait aimer à chaque instant davantage; son père chéri, dont chaque désir était pour elle un ordre respecté.

Le cœur de la j eune fille était bon et tendre, mais elle avait pour beaucoup la nature décidée des filles élevées par un homme. Quand une fois sa volonté

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s'était déclarée au dedans d'elle-même, elle se roidissaii, ferme et forte.

Mais si elle avait le bon vou'oir de ne point céder, ses connaissances en diplomatie n'étaient pas bien grandes. Il lui semblait que mettre fin aux questions de Franz par un refus de répondre bien net et bien positif, c'était accomplir héroïquement son devoir et garder intact le secret de son père. Elle ne savait pas qu'un refus de répondre équivaut à un aveu, dans une multitude de circonstances; elle ne savait pas que la première règle de la discréiion considérée comme art, c'est de savoir bel et bien n)eniir.

— Ecoutez-moi, monsieur Fran?, dit-elle, sans lever les yeux, mais d'un petit air résolu qui la faisait plus gentille; si vous voulez que nous restions amis, il ne faut point m'interroger à ce sujet... Une fois pour toutes, je ne sais rien, je ne suppose rien, je n'ai rien à vous répondre.

Un sourire vint h la lèvre de Franz.

— Eh bien! petite sœur, dit il d'un accent soumis, ne parlons plus de cela, puisque vous le voulez... J'aurais donné beaucoup pour savoir... mais je vois bien que vous êtes intraitable à l'endroit de la discrétion.

Geriraud poussa un grand soupir de soulagement; elle triomphait naïvement au dedans d'elle-même. Elle n'avait rien dit.

Franz, de son côté, n'avait point l'air trop désolé pour un vaincu. I,e refus péremptoire qu'il venait de subir ne le plonseaii point dans un découragement très-amer. Un observateur même médiocre eût deviné à l'expression de son visage, qu'il savait à peu près tout ce qu'il voulait savoii'.

De soite que les deux enfants étaient enchantés tous les deux, Gcrtraud d'avoir gardé son secret, Fratiz de l'avoir surpris. Heureuse bataille où il n'y avait ni vainqueur ni vaincu, ei où les deux armées,

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comme cela sfi fait souventsurde plus grands théâtres, chantaient le Te Deiim à Tunisson!

— Je vous obéis, petite sœur, reprit Frnnz, tandis que Gerlriiiid calmée le regardait en souriant, et je mets de côté ces questions qui vous déplaisent... nous avons, ma foi, bien auire chose à dire!... Cet homme qui n'est pas voire père n'a laissé nulle trace à mon hôtel... je ne sais pas si je pourrai le reirouver jamais, mais qu'importe, en définitive?... La manière dont on agit avec moi signifie quelque chose : mon père est évidemment là-dessous, et Ton ne traite pas ainsi un enfant qu'on a rinieniion d'abjiidonner ensuite.—Je suis bien sûre... commença Gcriraud vivement.

Puis elle rougit de nouveau et s'arrêta, décontenancée.

Franz fit semblant de ne point remarquer ce trouble.

— Me voilà riche! ponrsuivit-il. C'est un fait acquis... et vous ne sauriez croire, petite sœur, combien cela me va d'être riche!... Mon Dieu, je n'aime pas beaucoup l'argent et je ne crois pas être avare... mais si j'avais une chambre pleine d'or, je serais le plus heureux homme du monde. — Mon Dieu! s'écria Gerlraud, que feriez-vons de tout cela? — J'ouvrirais ia porte et les fenêtres, répliqua Franz.

Puis son regard devint rêveur, et il ajouta d'un ton plus grave :

— Savez-vous que ce doit être une bien douce chose, Gcrtraud?... J'ai vu la misère de près; je sais ce qu'on soufl're à Pai is... Oh! ce serait une belle vie! toujours la main ouverte!... Autour de soi, l'on verrait se sécher toutes les larmes... Cette pauvre jeune (ille qui s'incline toute pâle auprès du grabat de son vieux père, on la verrait se redresser et sourire. Elles sont si heureuses les fleurs que la sécheresse a couchées sur le sol aride et que relève une goutte de rosée! Cet homme fort, que la faim va [;ousser dans

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!e découragement ei dans le crime, on le verrait tourner le dos au précipice et remonter fièrement la pente de la vie... Les p aimes s'étouil'eraient, les sanglots se lairaicni; si loin que puissent se porter les regards, on verrait le bonheur sourire... Oh oui! Gertraud, l'or est un dieu puissant, et je voudrais des millions!

La jeune lille le regardait émue.

Franz l'atiira contre lui d'un geste gracieux, et se mit à caresser s;i main doucement.

— Que de joies on achèterait pour un peu d'or! reprit-il d'une voix basse où vibrait comme une harmonie voilée; que de hontes on pourrait laver! que de fautesexpier! que d'insultes réparer!... Mais tenez, petite sœur, sans aller chercher ces misères horribles qui se cachent dans Paris, et que le riche découvre de temps en temps avec un étonnement ellVayé, il est d'autres peines, silencieuses aussi, qu'il serait si aisé de changer en allégresse! Je connais ua jeune homme qui est beau, brave, fort, qui soutient sa famille indigente, et qui aime une jolie enfant, sa voisine...

Geriraud baissa les yeux.

— La jeune fille, poursuivit Franz, lui rend amour pour amour... C'est elle qui me l'a dit... Leurs premiersjeux furent communs; jamais ils n'ont été séparés l'un de l'autre... Si ou les mariait, il n'y aurait point, dans cet immense Paris, une félicité pareille à la leur!... car, je vous le répète, Gertraud, ces deux enfants s'aiment du sincère amour des belles âmes : le garçon est un noble cœur, la jeune fille est un ange.

Fianz souriait; une nuance rose descendait du front rie Gertraud jusqu'à la naissance de sa gorge chastement cachée sous sa robe de laine.

— E le est douce comme vous! reprit Franz; jolie comme vous, bonne comme vous!...

Il se pencha et sa lèvre effleura le front de la jeune fille.

— Ne rougissez pas, petite sœur, murmura-t-il à

.^01) oreille; vous êtes tout cela et mieux que cela... i:h bien! si je suis liclie comiiie je le crois, ajouta-t-il en relevant la tète tout à coup et avec un élan de chalfur, qui m'empêchera de doter ce jeune lioinnie couinieun fière?... KVst-il pas mon fière, Gertraud, piiistiu'il vous aime el que vous l'aimez?

L'ar ceiit de Franz donnait à ses paroles un parfum d'exquise tendresse.

Les beaux yeux de Gertraud étaient liumides.

— Pauvre Jean!... murmura-i-elle, mais il est fier el moi aussi, M. Franz,..

Le vent avait déjà tourné dans la cervelle de ce dernier.

— Nous verrons bien! s'écria-t-il en changeant de ton tout à COU]); figurez-vous, petite Gertraud, que j'enrage en songeant au temps qu'il me faudra pour avoir mes meubles de \lonbro!... Vraiment, je n'avais pas de soucis comme cela hier, et la fortune a bien aussi ses inconvénients,.. Mais à quoi pensez-vous donc, petite sœur? vous voilà toute triste!...

Gertraud pensait à Jeaii.

— Voyons! de la gaieté! s'écria Franz en redoublant ses caresses. Je vous donne ma parole d'honneur que nous serons tons heureux!

Taudis qu'il pariait ainsi joyeusement et le lire aux lèvres, une expression de mélancolie vint voUer de nouveau son gracieux visage.

— Il y a deux heures ix peine que tout cela m'est arrivé, murmura-l-ii, et que de pensées dans ces deux heures!... Parfois, il me semble encore que c'est un rêve... Cet homme esiil mon père, Gertraud?... Je l'ai bien vu cette nuit au bal; il y a un cœur lier et vaillant dans son regard; je crois que je l'aimerais.,. Et ma mère... Oh! ma mère, que je la vois belle et sainte!...

Il s'arrêta en une sorte d'extase.

— Mais peut-être n'est-ce que l'envoyé de mon

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père, repril-il brusquement; que sais je?... Le san?: qui coule dans mes veines parfois comme du feu... 11 me semble que mon père doit être un prince!

Gertraud eut un sourire. Franz fil comme s'il s'éveillait.

— Prince ou non, s'écria-t-il, je ne chanfïerais pas mon sort contre celui d'âme qui vive!... je suis jeune, je suis heureux!... Que peut-il y avoir dans l'avenir, sinon de la joie? — Dieu vous entende! M. Franz, murmura Geriraud; vous ê'es bon et vous pensez à ceux qui souffrent... Vous méritez d'avoir du bonheur. — Puis-je en souhaiter davantage? répliqua Franz, et ne m'en avez-vous pas donné vous-même ce soir, petite sœur?... Vous m'avez parlé d'elle, vous m'avez dit qu'elle m'aimait... — Je vous ai dit ce que je crois vrai, interrompit la jeune (illc; mais le pauvre Jean et moi nous nous aimons bien aussi, pourtant nous ne sommes pas heureux.

Ce fut comme une pluie froide tombant sur l'enthousiasme de Fraiiz.

— Vous avez raison, petite sœur, prononça-t-il avec un peu d'amertume dans la voix; j'étais trop joyeux; vous avez bien fait de m'éveiller de mon rêve. Hélas' je le sais, il reste bien des obstacles entre Denise et moi... et, si je perdais Denise, que me feraient toutes les autres joies?...

Sa tête se courba. Passant toujours d'un extrême à l'autre, il demeura un instant comme accablé; si bien que (iertraud, en le voyant attristé tout à coup, se repentit de ses paroles.

Mais, avant qu'elle eût ouvert la bouche pour le consoler et l'encourager, l'accès de mélancolie était passé, Franz avait repris contiance.

— 11 faudra combattre, dil-;l résolument; c'est clair!... mais j'ai des armes... Enfin, Geriraud, hier je ne désespérais pas, et combien ma position est "chingée depuis hier!... Eu somme, ai-je un rival

sérieux? — M. le chevalier de Reinhnld... — Une charge vivante!... une vieille coqnelie mâle! — Il est riche, mon pauvre M. Franz... il est noble! — Eh bien! et moi?...

Geriraud secoua lentement sa jolie tête.

— On ne sait pas encore... niurmura-t-elle. Franz frappa du pied avec un dépit denfant.

— Vous êtes méchante! dit-il.

Le sourire ami de Geriraud démentait compléte- .ment cette parole.

— Oh! monsieur Franz, répliqua-t-elle, je vous promets que je vous aime bien lous les deux, vous et mademoiselle Denise... mais j'ai peui-. — Peur de quoi? s'écria Franz en parlant avec autant de feu que si Gertraud eût été l'arbitre de cette cause; combien de temps me faut-il désormais pour connaître ma famille?... De gré ou de force, je vous en donne ma parole, avant qu'il soit un mois je saurai le nom de mon père... et ce nom, j'en suis sûr, vaut bien celui (lu chevalier Reinhold... Quant à la fortune, ce qui se passe me semble annoncer qu'elle est grande... et puis je ne suis pas absolument sans protection auprès de la vicomtesse ; son fils est mon ami. — Comptezvous sur lui? demanda Gertraud.

Franz hésita un insiani avant de répondre.

—Pas à présent, dit-il enfin; uiais quand je pourrai prouver... — Quand vous pourrez prouver, interrompit la jeune fille, vous n'aurez plus besoin de l'aide de M. le vicomte d'Audeiner... D'ici là, qui sait? — Gertraud! Gertraud!... inierrompit Franz à son tour, vous voulez donc me désespérer!... — Je veux vous prémunir. — Mais n'ai-je pas l'appui de Denise elle-même? Je la verrai... — Monsieur, Franz, dit Gertraud, qui ne put défendre sa voix contre un léger nccent de raillerie, le trottoir qui passe devant l'hôtel d'Audemer est un lieu de rendez-vous bien chanceux!...

Franz se mordit la lèvre et ses sonrcHs firent mine (le se froncer. Mais au lieu de cela, il prit l.i taille de Geiiraud en se jouant.

— Eh bien, petite sœur, s'écria-t-il, puisque vous voulez absolument que je vous le dise, je compte sui vous, et je ne compte que sur vous. — Bon Dieu! dil la jeune fille en riant, quelle puissante protection vous avez là, monsieur Franz! — C'est la meilleure, et vous le savez bien, puisque vous m'avez montré le néant de toutes les autres... Vous avez un si excellent cœur! — Bon! interrompit Gertraud, je ne suis plus méchante... Voilà les co;npliments qui vont venir! — Vous savez que je vous aime tant! reprii Franz, et que j'aurais une joie si vraie à vous rendre la pareille!

Gertraud faisait ce qu'elle pouvait pour garder son petit air moqueur; mais Franz était un heureux enfant, dont la voix savait d'insiinct les roules tortueuses qui descendent au cœar de la femme.

Dès qu'il le voulait bien, on ne lui résistait plus.

En ce moment d'ailleurs, il plaidait une cause gagnée d'avatice. Gertraud avait pour Di-nise une all'ect on dévouée, et rien ne lui disait de combattre le sentiment qui l'entraînait vers Franz.

Son âme toute franche et toute bonne ne demandait qu'à s'ouvrir.

— Vous irez vers elle, reprit le jeune homme ; je sais que vous irez, petite sœur... Vous lui direz combien je souffre loin d'elle, et combien j'ai besoin de la voir...

Le sourire de Gertraud se lit plus espiègle en ce moment, parce que le coucou suspendu à la muraille rendit ce bruit fdd)le qui annonce l'heure une ou deux minutes à l'avance.

Elle regarda le cadran; l'aiguille allait marquer neuf heures.

Franz ne put deviner ce que signifiaient ce regard el ce sourire.

— Vous la prierez, coniinua-t-il; vous la supplierez, de ma part, à genoux... — Seigneur!... comme vous y allez!... — Est-ce que vous me refuseriez? — Je crois que oui. — Geriraud!... — iM. Franz... — Ma petite sœur!... — ?.!on pauvre monsieur Frauz...

Le coucou sonna neuf heures. Connue le timbre commençait à retentir, on entendit le bruit sourd et lointain d'une voilure sur la place de la Rotonde.

— Ecoutez! dit Ge.rtraud en serrant le bras de Franz.

lisse lurent tous les deux. En ce moment de silence, leurs oreilles saisirent pour la première l'ois cet autre bruit sourd aus>i et continu que nous avons entendu avec Jean Regnault sur l'escalier.

Ils n'y firent attention ni l'un ni l'autre.

La voilure s'approchait rapidement. Quand elle s'arrêta, on put conjecturer que c'était à la porte de l'allée de Hans Dorn.

Gertraud frappa dans ses mains, et sa charmante figure s'épanouit.

— Voilà de l'exactitude, murmura-telle. — Vous attendez quelqu'un? demanda Franz. — Oui, répondit Geriraud. — Dois-je me retirer?... — Non pas!... vous ne serez pas de trop, et la visite vous regarde peut-être un peu... Veuillez passer seulement dans la chambre de mon père. — Qui est-ce donc? demanda Franz en se levant pour obéir.

Un léger bruit de pas se fit dans la petite cour.

Franz voulut répéter sa question, mais Geriraud le poussa dans la chambre de Hans Dorn cl ferma la porte sur lui.

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