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temps sa tête cachée dans ses deux mains. Quand il se releva, on ne trouvait plus rien, sur ses traits, de leur sérénité habituelle. Une sueur glacée baignait son visage , et des soupirs s'échappaient de sa poitrine.
— Plus d'espoir! murmura-t-il. Plus d'espoir! Qu'ai-je fait? La main quej*étentlais pour consoler a frappé mortellement! Mon Dieu que votre justice est inexorable et jalouse! Pour la première fois de ma vie entière, je me suis un peu détourné de la voie rigoureuse de votre loi... Avec quelle rigueur vous m'en (!hatiez! J'ai marché sans votre lumière ; dès le premier pas je suis tombé. Je voulais être médecin et me voilà bourreau ! Hélas! en la voyant si jeune, si belle, si malheureuse, prodiguer les aumônes aux pauvres Israélites et porter partout chez eux, avec une ardente charité, les consolations et la paix, la com-
passion s'est emparée de mou aine. Un soir, nous nous sommes rencontrés au chevet (l'une pauvre juive qu'elle arrachait à la misère ; dès qu'elle a su que j'étais le Cohen, cet ami dont son père lui avait souvent parlé, elle m'a appelé à son aide : elle a tendu les mains vers moi, comme le voyageur qui tombe dans un abîme tend les mains aux faibles rameaux qui fleurissent sur le bord du gouffre, et qui peuvent empêcher la chute et la perte de l'infortuné. Elle m'a confié ses douleurs; elle m'a laissé lire au fond de sa pensée. D'un mot j'ai cru pouvoir changer la destinée de cette pauvre enfant. Je connaissais depuis longtemps Litzerman. Je savais que son frère, peu (î' années avant sa mort, lui avait confié une somme considérable , destinée à la dot de sa fdle Isabelle ; somme qu'il ne voulait point aventurer dans ses spéculations commerciales. J'allai trouver
cet liomnie; il nia le dépôt. Je trouvai , grâce à uij (Je mes co-religionnaires, des preuves écrites de la main du père d'Isabelle... Il lui fallut restituer les quatre cent mille florins. J'exigeai encore qu'il se séparât de sa nièce et qu'il retournât en Allemagne. Je me croyais sur de mon miracle! Isabelle était redevenue riche et libre -, elle se trouvait délivrée du parent qui la tenait, par sa cupidité, séparée de David.
Alors, dans ma conliance insensée en moimême, j'avouai à Isabelle que j'étais l'ami de David; je pris cette lettre d'elle pour lui, el je vins d'Amsterdam à Paris, croyant apporter le bonheur au fiancé que de fatales appalences avaient déçu. Je savais qu'il l'aimait encore... Je pars; j'arrive, et vous savez, mon Dieu, si je me suis hâté? ajouta-t-il en regardant ses pieds déchirés et sanglants! Il
est trop Inrtiî David est le fiancé d'une autre! David, flans deux jours, conduira à la synagogue, une jeune femme qui l'aime et qu'il croit aimer. Ma mission aurait jeté inutilement le trouble dans une famille; elle aurait brisé trois cœurs au lieu d'uni... Les tendresses humaines ont-elles si peu de durée? David, (jue j'avais laissé plein de la pensée d'Isabelle, a-t-il pu l'oublier tout-à-fait, dans le court espace de quelques mois? Des influences étrangères ne l'abusent-ellos pas? Le regret et le désespoir ne l'attendont-ils pas bientôt ?
11 appuya sa tête contre la porte, et laissa quelques minutes s'écouler encore dans ces pensées funestes. A la lin, il se releva, prit sou bâton .échappé de ses mains, et se mit en route.
- — Alloiis, dil-il, alluiisl II me reste furon'
des devoirs à remplir, et ceux-là, la volonté céleste ne saurait les trouver coupables. Dieu permet de consoler toutes les souffrances , que les infortunés qui les subissent soient de son peuple ou parmi les gentils.
Pendant une semaine, le Cohen marcha sans s'arrêter : à peine consentait-il à prendre quelques heures de repos et de sommeil. Seulement, il passa le jour du Sabbat à Anvers, et y remplit les devoirs de la loi. Dès que le soleil se fut couché, il reprit son bâton de voyageur , obtint par charité sa place sur un bateau de commerce qui se rendait à Rotterdam, et se dirigea aussitôt vers Amsterdam.