LA BIBLIOTHÈQUE
Hadabab lui apprit à lire les caractères en forme de cônes qui sont l'écriture chaldéenne. Le Grec passa désormais ses journées dans la bibliothèque de Babylone.
Souvent, au moment d'entrer, il relisait l'inscription.
« Palais de Nabopolassar, roi du monde, roi de Babylone, à qui Ea le guide intelligent, et Davkina, fille et épouse d'Ea, ont donné des oreilles pour entendre et ouvert les yeux pour voir ce qui est le commencement de gouverner. Ils ont révélé aux rois mes prédécesseurs cette écriture cunéiforme, manifestation du dieu Ea, maître des sciences; je l'ai écrite sur des tablettes, je l'ai signée, je l'ai rangée, je l'ai placée dans mon palais pour l'instruction des hommes. »
Le philosophe admirait l'ordre de cette bibliothèque. Elle se composait de tablettes de terre cuite, plates, minces et carrées. Sur leurs deux faces courait une écriture fine, serrée, abondante. Chaque livre était formé de tablettes numérotées qu'on empilait les unes sur les autres dans une case à part.
Pythagore étudia d'abord une interminable grammaire où les difficultés de l'écriture et de la langue étaient examinées et résolues dans un ordre heureux. Il parcourut des dictionnaires, des recueils de lois, des livres de chronologie, de véritables manuels
d'histoire, de géographie, de statistique, des collections d'hymnes, des ouvrages de théologie et de magie. La plupart de ces œuvres lui parurent moins pleines que les livres de Theuth.
Mais l'arithmétique chaldéenne le passionna. Il confia à sa mémoire plusieurs remarques et plusieurs raisonnements ignorés de Misraïm. Il admira là table ingénieuse où les chiffres se multiplient les uns par les autres sans aucun effort de l'esprit. Il employait des heures de joie à diriger un doigt de sa main droite le long des colonnes verticales ; cependant un doigt de sa main gauche suivait les colonnes horizontales, et il était ravi de l'infaillibilité avec laquelle leur rencontre donnait le produit cherché.
Le zodiaque et les livres d'astronomie lui apportèrent une gerbe de bonheur encore plus riche et plus parfumée. Que de choses il apprit! La lune s'éteint pour nos yeux chaque fois qu'entre son argent pauvre et l'or radieux du soleil s'interpose l'opacité de la terre. Le vol des oiseaux de lumière tourne dans un ordre complexe mais constant, et la deux cent vingt-troisième lunaison ferme un cycle qui aussitôt recommence exactement tel. Comme à l'aurore, l'amant reconnaissant balbutie le nom de la bien-aiméejPythagore, les yeux illuminés, répétait en une piété ardente le mot qui nomme cette période .