HYMNE A ZAGREUS
Pendant les trois années du Petit Silence, tu regardais les choses visibles, tu apprenais quel nombre est Târne de chacune d'elles, tu pénétrais comment les figures sont des nombres, tu voyais tous les mouvements s'éloigner et se rapprocher selon les intervalles des sons musicaux ; tes yeux devenaient des oreilles qui entendent plus loin ; ton esprit devenait une oreille qui jouit de l'harmonie totale de l'univers. Tu étais assez savant pour poser des questions utilement; ta mémoire sûre te permettait d'écrire sans te faire de mal.
Cependant tu restais encore trop ignorant et trop inquiet pour parler autre part que devant tes maîtres. Et tu ne disais jamais les mots qui affirment; mais tu exprimais, en frémissant de crainte et d'espoir, les incertitudes que la parole des livres et la parole des anciens faisaient vaciller en ton âme.
Déjà tu avais été initié aux Petits Mystères. Et, comme l'aube marche vers le soleil, tu marchais vers la clarté des Grands Mystères.
A ta première initiation, tu avais entendu Gillos hiérophante et Lysis dadouque, mais, à la dernière initiation, tu entendrais, avec le dadouque Lysis, l'hiérophante Pythagore.
Au sortir des Grands Mystères, tu chantais, avec les autres initiés, l'hymne du combat et de l'espoir :
« Quand le printemps remplacera l'hiver, quand
la saison orgiaque sera venue, Zagreus, qui est cœur, libérera les cœurs ; Zeus et les tyrans seront détrônés; Zeus et les lois seront abolis.
« Zagreus régnera, non comme le tyran, non comme la loi, mais comme la liberté. L'ordre ne viendra plus du dehors, contrainte et lutte ; il jaillira du vivant, fleur d'harmonie et d'amour. Tu changeras sans effort, et changer ne s'appellera plus mourir. Tu regarderas sans peur en toi et devant toi, et tu ne verras que de la lumière ; mais tu ne te retourneras point pour regarder derrière toi.
« Meure Zeus et vive Zagreus ! Zeus, loi pesante et lourde royauté, ton ordre, gêne et servitude, enferme la vie dans la douleur, dans la laideur. Mais toi, Zagreus, ton ordre n'est-il pas l'allégresse de la vie qui s'élance et qui rayonne? Zeus, vaste front et sourcils froncés. Zeus, implacable comme ton maître, le Destin. C'est du dehors que tu gouvernes les choses en les blessant, ô blessé toi-même, ô toi-même gouverné du dehors .
ce Mais toi, Zagreus, cœur qui bat, bouche qui rit. Cœur futur des choses et des êtres, tu gouverneras du dedans et tu ne seras point gouverné . Tu te confondras avec les choses et avec les êtres, ô cœur victorieux de Zeus et du Destin .
« Mort à Zeus ! Par tout ce qu'il a de bon, il aspire à mourir. Mort à Zeus, qui veut mourir pour deve-