LE VÉRITABLE AMOUR
étoffe de pourpre. Et je ne suis pas Anacréon ou Polycrate, baisers superficiels et qui ne pénètrent point aux réalités de l'être.
Polycrate fit entendre un rire bruyant et Anacréon commença :
— Je te félicite, ô Phérécyde, si tu pénètres. .. Mais le sage l'arrêta :
— Tais-toi, ô harmonieux, car tu allais dire des mots de populace et traduire en paroles un rire qui n'est point venu de toi. Apprends cependant l'amour qui, comme un rayon de lumière, me lie à Pythagore. Sais-tu ce que je lui disais quand vous êtes arrivés?...
— Je le saurai, si tu me fais la grâce de le répéter,
— Je lui ordonnais de partir loin de Samos et loin de moi.
— S'il en est ainsi, tu n'aimes pas, affirma Polycrate.
Et Anacréon :
— S'il en est ainsi, quand tu nommes Eros, tu nommes un dieu que tu ignores. Tu risques de ressembler à l'orphelin dont la naissance fut mortelle à sa mère et qui vante la beauté de sa mère.
Phérécyde répondit gravement :
— J'aime Pythagore ; mais cet enfant est-il déjà Pythagore? Amoureux de la gloire du chêne, je n'enferme pas le gland dans la stérilité mouvante
de ma main; je leconfie à la terre, appui et nourrice. Quant à ce jeune sage, il aime en Phérécyde une parole dont Phérécyde ne peut prononcer que la première syllabe. C'est pourquoi mon amour dit à son amour : « Va dans les pays de clarté où tu liras toute la parole.» Vous, Anacréon etBathylle, Polycrateet Tyrrhénos, vous vous aimez pour un temps dans vos pauvretés. Pythagore et moi, nous nous aimons pour toujoursdans nos richesses grandissantes. Fils chéri de mon esprit et de mon cœur, va donc recueillir la portion de mes richesses que je ne puis te donner ici. Va dans les climats heureux où tu pourras réaliser et déployer tes richesses enfermées et que tu ignores.