DÉPART DE SAM0S
môle qui, frappé de soleil, dressait, négation et refus, l'éblouissement d'un roc bâti par les hommes.
Un peu d'éloignement rendit le spectacle, non du port, des vivants et de la ville, mais de File charmante et forte. Sur les eaux et sur le ciel elle poussait, en cri d'amour qui rappelle les fugitifs, les verdures étagées de ses robustes montagnes.
Elle était pareille à une mère qui, descendant vers l'Hadès, tend, de l'autre côté de la mort, des bras de plus en plus lointains, de plus en plus émouvants.
Pour n'être point vaincu dans son cœur, Pythagore se détourna vers le large.
Ce léger mouvement, inaperçu de tous, n'était-il pas le geste d'un héros? 11 ne voulut point entendre le grincement intérieur de ses énergies et il proclama à voix haute la raison heureuse de son départ :
— Phérécyde, dit-il, est plus grand devant moi.
Puis, les yeux sur la vaste danse de la mer violette, la pensée sur le flottement de l'avenir prometteur et fuyant :
— Phérécyde me Fa dit : Phérécyde est une parole. Je vais, ô joie, entendre la parole entière, étreindre tout Phérécyde.
Le balancement du vaisseau, le balancement de son esprit lui firent saisir un appui. Ses mains s'accrochèrent au rebord qui semblait fuir, sa pensée s'accrocha au souvenir :
— En attendant la fin du Mot, je répéterai la syllabe que je sais.
En sourdine, comme lorsqu'on calme un enfant trop lent à s'endormir, il chanta le poème confié à sa mémoire fidèle, le poème rude et mystérieux où vit l'étrangeté des origines; où l'Antre replie les ténèbres de ses sept enfoncements ; où, sur Ophionée criant les sept rugissements, Eros chante les sept cantiques.
On se dirigeait vers Gorinthe, la ville des faux plaisirs, la forge haletante où, pour l'émoi des êtres grossiers, l'or fond et s'évapore au souffle du baiser. Pythagore espérait y trouver un navire qui le porterait vers Athènes couronnée de violettes, vers Eleusis couronnée de narcisses.
Laborieusement replié sur lui-même, il s'appliquait à jeter dans l'ombre la troupe des regrets. D'un filet lourd et qui s'accroche, il s'efforçait de tirer jusqu'au soleil d'aujourd'hui les espérances sur lesquelles flottaient, vagues ricaneuses, le temps et le lointain. Et il n'apercevait pas le présent que ses yeux semblaient regarder : ni l'agitation de ses compagnons, ni l'assombrissement d'une partie du ciel, ni là-bas la fureur de la mer qui hurle et qui accourt grandissante comme une folie.
Le navire fuyait de toute sa vitesse; le navire fuyait de ses voiles gonflées et ensemble de la force