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LA DOULEUR

Gabrielle resta un instant comme pétrifiée, la bouche ouverte et les yeux hagards. Elle ne pouvait croire qu'elle eût bien entendu.

Soudain, elle bondit sur ses jambes, et la poitrine haletante, les lèvres frémissantes et les yeux étincelants, elle se dressa en face de la jeune fille.

— Ah! malheureuse, malheureuse enfant! s'écria-telle avec une douleur profonde, que viens-tu de dire? quelles effroyables paroles as-tu osé prononcer!... Allons, relève la tête et regarde-moi !

La tête de fa jeune fille s'inclina davantage.

— Ainsi, reprit Gabrielle d'une voix rauqueje ne me suis pas trompée, j'ai bien entendu... Et c'est toi, mon élève, une Goulange, c'est toi qui soupçonnes, qui ac^ cuses la mère!... Mais quel horrible démon i donc soufflé sur ta pensée et versé son poison dans ton cœur et dans ton âme! Ah! malheureuse, malheureuse! Vous ?-ez grandi près de votre mère, vous avez senti pénétrer

en vous le feu de son amour maternel, votre cœur est fait de son cœur, votre âme est faite de son âme, et vous ne la connaissez pas !

— Mais je l'aime, je l'aime! s'écria la pauvre enfant d'une voix déchirante.

— Non. Maximilienne, non, vous ne l'aimez pas, puisque vous pouvez douter d'elle !

Elle continua en pleurant :

— Pauvre femme! pauvre mère! pauvre martyre!... Après tant de souffrances imméritées voilà sa récompense!... Après le devoir accompli, après le sacrifice, après avoir immolé son bonheur à elle, pour conserver le bonheur et l'honneur de sa famille, on va lui crier : Par vous notre bonheur et notre honneur sont en danger! Et qui l'accuse, grand Dieu! Sa fille, sa fille qu'elle adore, sa fille pour laquelle elle a enduré sans se plaindre toutes les tortures! Eh bien, oui, voilà sa récompense! Toutes les douleurs du passé devaient n'être rien; il fallait d'autres épines à sa couronne de martyre! Il fallait que sa fille lui portât au cœur le coup le plus terrible! Ah! elle en mourrai

Maximilienne poussa un cri et tomba sur ses genoux en sanglotant.

Gabrielle reprit :

— Ah! Dieu n'est pas seulement sans pitié, il est injuste!

— Louise, Louise ! cria la jeune fille, les bras tendus vers elle.

— Allezj mademoiselle, dit Gabrielle, en hochant la tête, vous la connaîtrez un jour, cette faute commise par votre mère; alors, si elle n'est pas morte, la sainte victime, c'est prosternée devant elle comme devant Dieu et le front à ses pieds que vous lui demanderez pardon,,

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