L AGENT DE POLICE REPARAIT
11 y eut un assez long silence.
Morlot réfléchissait, tout en suivant la fumée qui sortait de sa bouche et montait en spirales bleues vers le plafond. Sa pensée se livrait à un travail des plus actifs. El Gabrielle, qui le connaissait bien, se disait :
— Il a découvert quelque chose.
Morlot reprit la parole.
— Gabrielle, vous avez vu le comte de Montgarin : comment est ce jeune homme? deraanda-t-il.
— Fort bien.
— Physiquement et moralement?
— Oui. Tenez, avant-hier sa douleur était égale à la nôtre.
— Était-elle vraie?
— Si sa douleur eût été feinte, mon ami, je ne m'y serais pas trompée. Je l'ai examiné avec attention; près du lit du marquis, je l'ai vu pleurer. Oui, sa douleur était Téelle. « lia beaucoup de cœur, me suis-je dit, Maximiiienne sera heureuse avec lui. »
— Est-il riche?
— Assurément il l'est moins que Maximilienne le sera on jour. Sa mère et son père sont morts. Fils unique, il possède l'héritage de ses parents. Il a un château en Bourgogne et un hôtel à Paris.
— Gabrielle, êles-vous sûre qu'il aime mademoiselle de Goulange?
— Oh ! quant à ça, oui. Il ne faut que le voir regarder Maximilienne pour en être convaincu : l'amour pétille dans ses yeux et éclate dans son regard.
— Est-il aimé?
— Sans aucun doute. Vous devez bien penser, Morlot, que si Maximilienne ne l'aimait pas, il ne serait point son fiancé.
— Oui, vous avez raison, Gabrielle.
Morlot était dérouté.
Après être resté un instant silencieux, il reprit :
— Savez-vous comment le comte de Montgarin et mademoiselle de Coulange se sont connus?
— C'est dans une fête à l'hôtel de Coulange qu'ils se sont vus la première fois.
— Par qui le jeune homme a-t-il été présenté?
— Par madame la marquise de Nouvelle qui a fait de lui les plus grands éloges.
— Ah! fit Morlot, c'est bizarre!
— Qu'est-ce qui est bizarre? demanda Gabrielle.
— J'ai prononcé ce mot en pensant à la dame patronnesse qui vient voir mademoiselle Maximilienne de la part de la marquise de Neuvelle, pour lui conseiller, en l'effrayant, de se marier au plus vite.
— Vous savez aussi bien que moi, Morlot, que madame la marquise de Neuvelle est la plus ancienne et la meilleure amie de la famille de Coulange.
— Soit, mais cela n'empêche pas d'être bizarre ou étrange, ce qui l'est. C'est madame de Neuvelle qui présente le fiancé en faisant son éloge, ce qui indique qu'elle désire ce mariage ; et quand la fameuse comtesse polonaise se réclame d'elle pour arriver jusqu'à mademoiselle de Coulange, c'est pour lui faire aussi l'éloge du comte de Montgarin et lui dire que son bonheur
court un grand danger si son mariage n'a pas lieu immédiatement. Voyons, Gabrielle, n'y a-t-il pas là de quoi nous étonner?
— Oui, en effet, c'est assez singulier.
— Certes, je ne suppose même pas que madame la marquise de Neuvelle prête la main à une vile intrigue. Toutefois, on dirait que, à son insn, sans doute, elle joue un rôle tout à fait en dehors de son caractère et peu en harmonie avec la sévérité de ses principes.
— C'est pourtant vrai, approuva Gabrielle.
— Avec tout cela, reprit Morlot, nous sommes toujours au milieu des ténèbres; mais je crois y voir apparaître une lueur; c'est vers cette lueur que je me dirigerai... Le bonheur et l'honneur de la famille de Coulange sont menacés; c'est de toute évidence. Par qui? Par Soslhène de Perny; nous en sommes à peu près certains. Quelle trame le misérable a-t-il ourdie? Quels sont ses projets? Qu'espère-t-il? Que veut-il? Tout cela, jusqu'à présent, est impénétrable, voilà ce qu'il faut découvrir.
Sosthène de Perny a des complices, ce n'est pas douteux. La dame patronnesse en est une; la marquise de Neuvelle, sans s'en douter, en est peut-être une aussi ; nous en trouverons d'autres, si nous cherchons bien. Ah! M. de Perny n'est pas un scélérat ordinaire; il est fort, très-fort. Nous n'avons qu'à nous rappeler le vol de votre enfant, Gabrielle, pour reconnaître qu'il est aussi habile que prudent. Son imagination est fertile quand il s'agit de faire le mal. Il a eu le temps, depuis quatorze ans bientôt, de méditer son plan ; aujourd'hui ses batteries sont dressées et il a commercé l'attaque.
Quand je pense aux machinations dont vous avez été ]& victime, Gabrielle, je me demande quelle effroyable
«hose il a pu inventer pour frapper d'un seul coup la famille de Coulange tout entière. Il veut tuer le marquis, me direz-vous. Oui, mais ce n'est pas seulement la mort de son beau-frère qu'il veut. Croyez-moi, Gabrielle, il y a ici autre chose qu'une lâche vengeance.
Écoutez : malgré ce que vous m'avez dit tout à l'heure de M. de Montgirin, ce jeune homme m'apparaît comme un personnage mystérieux, me produit l'effet d'un point d'interrogation isolé sur une page blanche dans un livre.
— Quoi! s'écria Gabrielle, en pâlissant, vous penseriez...
— Mon Dieu, je ne peux rien dire encore, répondit Morlot; mais nous nous trouvons dans une situation qui nous autorise à faire toutes les suppositions. Il faut voir et avancer dans ce dédale d'infamies, pas à pas, avec prudence. Nous devons porter nos investigations sur tout, et pour la môme raison avoir le soupçon de ceci ou de cela.
Autrefois, avec la patience et l'espoir, qui ne m'ont jamais abandonné, je suis parvenu à découvrir bien des choses; je me souviens du passé, Gabrielle, et plein de confiance je vais me mettre en campagne. Tout en protégeant M. le marquis de Coulange contre la fureur sanguinaire de son ennemi, je chercherai dans l'ombre, et j'espère bien que je ferai jaillir la lumière. Je n'ai pas besoin de vous recommandep-, n'est-ce pas, dr ne parler à qui que ce soit de ce que nous disons ici. On ne doit rien savoir à l'hôtel de Coulange.
Vous avez loué à mon intention la chambre à côté, c'est bien. Mais un second domicile me sera nécessaire; j'aurai une chambre dans un autre quartier de la ville. 11 faut prendre d'avance toutes les précautions utiles
afin d'empêcher l'ennemi de soupçonner qu'on s'occupe rie lui et que la famille de Goulange a des amis dévoués prêts à la défendre.
— Merci, mon ami, dit Gabrielle avec émotion ; vous voyez que j'avais compté sur votre dévouement, puisque je n'ai pas hésité une seconde à vous appeler. Mais vous allez être éloigné de Ghesnel pendant des mois, peutêtre; comment expliquerez-vous votre absence à M. le marquis?
— D'abord, Gabrielle, répondit l'intendant, M. le marquis n'est plus mon maître. Depuis huit mois, c'est à M. Eugène que je rends compte de ma gestion.
Aujourd'hui même je lui ferai une visite et je lui demanderai simplement de m'accorder un congé.
— S'il refusait?
— Je ne le crois pa=;. Mais, dans ce cas, Gabrielle, je n'hésiterais point à me démettre de mes fonctions.
— C'est bien, dit Gabrielle, voilà le vrai dévouement.
— Gabrielle, reprit Moriot, quand vous m'avez dit tout à l'heure comment le cheval de M. le marquis s'est emporté, vous avez émis cette opinion qu'on devait avoir fait avaler à l'animal une drogue ou un poison quelconque.
— Oui, mon ami, je crois cela.
— Eh bien, Gabrielle, je le crois aussi.
— Ah!
— Mais, en croyant cela, je dois admettre aussi qu'il y a parmi les serviteurs actuels de la maison de Goulange un complice de Sosthène de Perny.
— Cela ne me paraît pas douteux, répondit Gabrielle. Je n'a-i pas oublié le rôle ignoble que jouait autrefois,
près de madame la marquise, sa femme de chambre Ju- Uette.
Une lueur subite traversa la pensée de Gabrielle.
— Morlot, Morlot, dit-elle d'une voix vibrante, je me rappelle quelque chose.
— Qu'est-ce?
— Avant-hier, dans la matinée, — je ne saurais dire au juste l'heure qu'il était, — j'entrai dans l'écurie de M. le marquis pour donner au cocher une lettre que la nourrice de sa petite fille m'avait chargée de lui remettre. Le cocher n'était pas dans l'écurie, un autre domestique s'y trouvait penché sur la mangeoire, entre deux chevaux. Au bruit que je fis en entrant, cet homme se rejeta vivement en arrière, comme s'il eût été effrayé, et un de ses bras fît un mouvement que je m'explique maintenant; il a certainement fait disparaître dans une de ses poches un objet qu'il avait à la main.
Le front de Morlot s'assombrit de nouveau.
— Gabrielle, avez-vous bien vu cet homme? demanda-t-il.
— Oui, très-bien ; je lui ai parlé et il m'a répondu.
— Alors, vous êtes sûre de le reconnaître?
— Oui.
— Eh bien, Gabrielle, il faut que ce soir ou demain au plus tard vous me disiez son nom et quel est son service à l'hôtel de Goulange.
— La mission dont vous me chargez est, je crois, facile à remplir. Aujourd'hui même, sans qu'ils puissent se douter de rien, je verrai tous les serviteurs de la maison.
— C'est ce qu'il y a à faire. Vous reconnaîtrez l'individu, et alors il vous sera facile de savoir son nom et les fonctions qu'il remplit. Grâce à vous, Gabrielle, bientôt peut-être je tiendrai le fil conducteur qui nous fera découvrir Sosthène de Perny. Du moment que nous sau-
rons où le misérable se cache, nous ferons en sorte de pénétrer ses desseins. Car, je vous le répète, Gabrielle, Sosthène n'en veut pas qu'à la vie de M. de Coulange; le brigand médite autre chose d'également terrible. Oui, il faut que nous connaissions ses projets et que nous sachions à quels dangers la famille de Coulange est exposée. Dès demain, que dis-je? dès ce soir, Gabrielle, le régisseur de Chesnel redeviendra policier.
Il me semble que j'ai encore quelque chose à vous dire. Ah!... il ne faut pas qu'on sache à l'hôtel de Coulange que c'est vous qui m'avez fait venir et moins encore la raison qui me fait demander un congé. On devra ignorer de même que je suis resté à Paris. A l'exception de M. Eugène et de madame la marquise, peutêtre, — je verrai, — on doit croire que je sui^ toujours dans l'Allier, très-occupé des fermages et de l'exploitation des carrières de Chesnel.
A propos, Gabrielle, avez-vous dit mon nom à la maîtresse de l'hôtel?
— Non, mon ami, car j'ai pensé qu'il était prudent de le taire. Je vous ai seulement annoncé comme étant un de mes parents.
— C'est parfait! Si vous le voulez bien, Gabrielle, je m'appellerai ici M. Robert.
— C'est entendu!
— Voyez-vous, Gabrielle, si nous voulons réussir dans notre entreprise, il faut nous défier des espions. Qui sait, à rhôtel de Coulange, chaque domestique en est peutêtre un. Mais nous verrons, nous verrons.
— Soyez tranquille, mon ami, je serai discrète.
— Maintenant, Gabrielle, je vais passer dans ma chambre et changer de vêtements pour me rendre à l'hôtel de Coulange.
— C'est cela, mon ami.
— Et voue, Gabi'ielle, qu'allez-vous faire?
— Je vais aller aussi à l'hôtel de Coulange. Et comme •nous ne devons pas y arriver ensemble, je pars immédiatement.
— Mous nous retrouverons ici ce soir, dit Morlot,
Et il entra dans sa chambre. Gabrielle mit son châle, son chapeau et sortit. En moins de vingt minutes, le régisseur de Chesnel eut changé de costume. Vêtu d'une redingote, d'un pantalon et d'un gilet noirs, il avait l'air d'un châtelain de province. Ses gros brodequins étaient remplacés par des bottines fines et son chapeau de (eutre rond par un chapeau de soie à haute forme. Il avait à la main une jolie canne à pomme d'or, un cadeau du marquis de Coulange. Avant de sortir, il se plaça devant la glace et resta un moment immobile, se regardant.
— Non, murmura-t-il, c'est impossible, quand même nous nous trouverions face à face, M. de Perny ne me reconnaîtrait point. On change en quatorze ans. J'ai pris de l'embonpoint et je laisse pousser toute ma barbe. Bah! Sosthène de Perny ne doit plus se souvenir aujour d'hui de l'agent de police Morlot!
La marquise de Coulange et Gabrielle étaient depuis un instant dans la chambre du marquis, quand un domestique annonça M. l'intendant de Chesnel.
— Faites entrer, dit le marquis.
— M. Morlot est à Paris? fit Gabrielle jouant la surprise.
— Probablement pour la même cause qui vous y a amenée, chère madame Louise, répondit le m.irquis.
— Ce brave et excellent Morlot, dit la marqui^ie, il n'a pas trouvé suffisant de nous avoir écrit deux lettres îe même jour.
Morlot entra. Le marquis lui tendit la main en disant :
— Je devine ce qui vous amène, merci, mon ami. Naturellement, Morlot eut l'air étonné de voir Ga-
brielle.
Au bout d'un instant, il voulut parler de Chesnel. Le marquis l'interrompit et lui dit en souriant :
— Vous direz tout cela à mon fils; vous savez que c'est lui seul, maintenant, qui s'occupe de Chesnel. Vous ne l'avez pas vu encore; il était tout à l'heure avec moi; vous le trouverez chez lui.
^loriot comprit que le marnuis le congédiait, il se leva.
— Vous êtes à Paris pour quelques jours, sans doute, dit le marquis; j'aurai le plaisir de vous revoir. Comme toujours vous coucherez et prendrez vos repas à l'hôtel.
— Je remercie monsieur le marquis, j'ai l'intention de quitter Paris dans la nuit ou demain matin h la première heure. Je pensais ne voir M. le comte que dans six semaines, à Coulange; mais j'ai cru devoir avancer mon voyage afin de ne pas attendre trop longtemps pour dire moi-même à M. le marquis et à madame la marquise que je prends ma part de leur peine et qu'ils peuvent toujours compter sur mon entier dévouement.
Sur ces paroles, Morlot salua respectueusement et se retira. Comme le lui avait dit le marquis, il trouva le jeune comte chez lui. Eugène le reçut avec affabilité.
Après avoir parlé un instant de l'explosion de Frameries et du cheval emporté, Morlot tira de la poche de sa redingote une forte liasse de billets de banque.
— Encore de l'argent ! fit le jeune homme.
— Oui, monsieur le comte, et j'espère bien que nos carrières de marbre nous donneront cette année dix-
huit ou vingt mille francs de plus que l'année dernière.
— Décidément, monsieur Morlot, vous ne vous lassez point de faire des prodiges.
— Je fais mon possible pour justifier la confiance que vous avez mise en moi.
— Certes, nul n'en est plus digne. Mon père me disait, il y a quelque temps, que depuis que vous êtes à Chesnel, vous en avez doublé la valeur.
— Où est la richesse, monsieur le comte^, il est facile de la trouver.
— A votre avis, combien Chesnel vaut -il aujourd'hui?
— Deux millions.
— Oh! vous exagérez.
— Si Chesnel était à vendre, on trouverait acheteur à ce prix.
— Peut-être, monsieur Morlot; mais Chesnel n'est pas à vendre. Il me semble que vous m'apportez une grosse somme.
— Trente mille francs, monsieur le comte.
— J'ai donc raison de dire que c'est une grosse somme. Faut-il que je compte ?
— Certainement, puisque monsieur le comte va me donner un reçu.
Le jeune homme compta les billets de banque, .^t le reçu et le remit à Morlot.
— Maintenant, monsieur le comte^ dit l'intendant, j'ai quelque chose à vous demander.
— C'est accordé d'avance.
— Monsieur le comte, j'ai besoin d'un congé.
— Je ne pensais pas, monsieur Morlot, que vous eussiez à demander une autorisation pour vous absenter de Chesnel.
— C'est que, monsieur le comle, je serai peut-êlre éloigné de Chesnel pendant plusieurs mois.
— Ahl fit le jeune homme étonné. C'est donc un long voyage que vous voulez entreprendre?
— Oui, monsieur le comte, un long voyage.
— Avec votre femme?
— Non, seul. Mélanie restera à Chesnel.
— Et si je vous refusais ce congé, monsieur Morlot?
— Alors je prierais respectueusement monsieur le comte de donner mes fonctions à un autre.
Le jeune homme saisit vivement une des mains de Morlot.
— Est-ce que vous pensez, dit-il, qu'on peut se séparer ainsi, pour toujours, d'un serviteur, d'un ami tel que vous, monsieur Morlot ? Non, non. J'ignore de quelle nature sont les services que vous avez rendus autrefois à mon père et à ma mère, mais je sais qu'ils sont grands. Le fils du marquis et de la marquise de Coulange serait ingrat s'il refusait quelque chose à l'ami de ses parents. Vous pouvez quitter Chesnel pour plusieurs mois, pour un an, s'il le faut, je vous le permets.
— Merci, monsieur le comte, j'étais certain d'avance que je n'aurais pas un refus. D'ailleurs, vous pouvez être sans inquiétude, rien ne souffrira à Chesnel; j'ai là un homme sûr, capable de me remplacer, sans compter la surveillauce active de Mélanie, qui est au courant de tout.
— C'est bien, monsieur Morlot : je sais que vous donnerez des ordres et qu'ils seront fidèlement exécutés. Ai-je le droit de vous demander où vous allez et ce que TOUS voulez faire ?
— Comme je ne veux point mentir, monsieur le comle, je ne peux pas vous répondre.
— Dans ce cas, monsieur Morlol. je vous prie d'ex- Cfjser ma curiosité.
— Oli ! monsieur ^e comte !
Il y eut un moment de silence.
— Monsieur le comte, reprit Moriot, j'ai encore une chose à vous demander.
— Dites, répondit le comte.
— Dans l'intérêt de ce que je veux faire, il faut absolument qu'on ignore que j'ai quitté Ghesnel pour quelque temps. Ni M. le marquis, ni madame la marquise, ni mademoiselle voire sœur, enfin personne ne doit savoir que vous m'avez accorde un congé.
Le jeune homme ne put cacher sa surprise.
— Monsieur le comte, reprit vivement Moriot, croyez que j'ai de puissantes raisons pour vous demander cette chose, qui doit vous paraître absurde et inexplicable. Mais, je vous le répète, il faut qu'on ne sache rien. Ne me demandez pas une explication que je ne pourrais vous donner. Vous avez confiance en moi, c'est une grande preuve de cette confiance, qui m'honore et dont je suis fier, que je réclame en ce moment.
Après avoir réfléchi un instant, le jeune homme répondit :
— Il suffit, monsieur Moriot, je garderai le silence. Quand l'intendant sortit de l'appartement du comte de
€oulange, il trouva sur son passage une femme de chambre qui l'attendait.
— Venez, lui dit cette femme, madame la marquise désire vous parler.
Tout en fronçant les sourcils, Moriot suivit la femme de chambre.