SCENES DE NUIT
Transportons-nous à Montmartre el entrons dans la masure qui sert de repaire à Soslhène de Perny et à Armand des Grolles.
La nuit est sombre. De gros nuages noirs cachent la lune et les étoiles. Dix heures viennent de sonner.
Sosthène et Armand sont assis â une table, en face l'un de l'autre. La lumière d'une lampe les éclaire. Les Persiennes de la fenêtre fermées et un épais rideau de cretonne interceptent la lumière, de sorte qu'on pourrait croire la vieille maison inhabitée.
Il y a sur la table deux verres et plusieurs bouteilles qui contiennent des liqueurs fortes. Dans le verre de Des Grolles il y a de l'eau-de-vie, celui de Sosthène est vide. Le premier fume sa pipe, l'autre un cigare. Ils sont silencieux et de temps à autre ils échangent un regard rapide. Sosthène a le teint animé, de la bave aux lèvres, et ses yeux ont un éclat singulier. C'est l'effet produit par l'alcool, dont les vapeurs lui montent à la tète. Sosthène trouve que l'existence qu'il mène à Paris est alfreusement monotone; pour échapper à l'ennui, il boit. 11 se
couche rarement sans être en état d'ivresse. L'abus des liqueurs lui donne des rêves bizarres dans lesquels ii savoure la plupart des jouissances qui lui sont défendues. C'est ainsi que, pour lui, le rêve de l'ivresse devient la réalité.
— Quelle heure est-il? demanda-t-il à Des GroUes.
— Bientôt dix heures.
— Ah ! comme les jours sont longs !
11 s'étira les bras en bâillant à se démancher la mâchoire.
— Et ils se ressemblent tous, reprit-il d'une voix sourde. Quand je pense que je suis à Paris, la ville de tous les plaisirs!... Des GroUes, je m'ennuie à mourir!
— Je comprends cela.
— Toi, au moins, tu vas, tu viens, tu peux descendre versles boulevards. Moi, parce que je puis être rencontré, reconnu, je suis obligé de rester enfermé ici comme un rat dans son trou. Des Grolles, est-ce que tu ne t'embêtes pas, toi ?
— A quoi cela m'avancerait-il? Il y a longtemps que je suis devenu philosophe el que je suis habitué à prendre les choses comme elles sont. Certes, je ne peux pas dire que je m'amuse, mais, après tout, la situation pourrait être pire. J'ai de la patience, j'attends.
— Est-ce que je n'attends pas aussi , moi? Les jours, les semaines, les mois se passent et nous ne sommes pas plus avancés que le jour où nous avons débarqué au Havre.
— Pourtant, tu ne peux pas dire que l'affaire est mal conduite.
— Je n'en sais rien. Assurément, José est adroit, mais' il manque d'audace.
— Il est prudent, voilà tout. Il prend ses précautions.
et il a raison, c^v il sait qu'il faudrait peu de chose pour compromettre l'affaire. Voyons, est-ce sa faute, est-ce la mienne, si le marquis est encore vivant?
Sosthène prononça quelques mots inintelligibles qui ressemblaient à un grognement,
^ Soyons patients, continua Des Grolles, sachons attendre, et les millions du marquis seront à nous. En somme, jusqu'à présent, nous n'avons pa.> à nous plaindre, les plus sérieux obstacles sont franchis; le comte de Montgarin est au cœur de la place, le mariage est décidé elle marquis et la marquise prennent plaisir à entendre roucouler les amoureux.
Des Grolles parlait pour lui seul. Sosthène ne l'écoutait plus. Tout à coup il asséna sur la table un coup de poing qui fit danser les verres et les bouteilles.
— Mille tonnerres! jura-t-il, est-ce que cela va encore durer longtemps ? J'en ai assez, j'en ai trop de cette vie de hibou qu'on me fait ici !... Pendant que je croque le marmot dans ce nid à lézards, José Basco va au spectacle, se pavane au bois, à cheval ou en voiture, et fait la roue dans les salons... il se prend au sérieux et finit par croire lui-môme qu'il est comte de Rogas! Enfin, savons-nous où nous en sommes? Allons donc, nous ne savons rien du tout. José taille, rogne, et n'en fait qu'à sa tête. Il se croit supérieur à tout le monde et il ne daigne plus me consulter. Voyons, Des Grolles, réponds, me consulte-i-il?
— Pourquoi faire, puisque tu as approuvé son plan?
— Alors tu me donnes tort?
— Tu te plains toujours sans raison.
— Ne te gêne pas, dis tout de suite que je suis un abruti.
Des Grolles répondit par un haussement d'épaules.
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— C'est vrai, j'ai approuvé son plan, reprit Soslhène, mais non tous les moyens qu'il emploie pour arriver au but. Si j'avais dirigé l'alTàire, moi, aujourd'hui nous tiendrions les millions.
— Allons doncl fit Des GroUes, souriant ironiquement.
— D'abord, je n'ai jamais compris qu'il fût nécessaire de se débarrasser du marquis avant le mariage.
— José avait son idée.
— Elle était bonne, si lu n'avais pas manqué ton coup au mois de septembre dernier. Tuer le marquis maintenant, ce serait empêcher le mariage pour cause de deuil et nous condamner bêtement à attendre encore une année.
— José savait certainement comment il manœuvrerait pour que le mariage se fit malgré le deuil de la famille. Il ne nous dit pas tout.
- Mille tonnerres! c'est surtout de cela que je me plains! Je ne sais ni ce qu'il fait, ni où il va.
— Je veux bien convenir avec toi qu'il marche lentement; mais sois tranquille, je l'ai vu à l'œuvre, il va droit au but.
— Soit, mais nous ne savons toujours pas quand cela finira.
— Attendons!
— Attendons! c'est ton mot; vingt fois par jour tu me ie lances à la figure. Eh bien, je te répète qne j'en ai assez; oui, ça dure trop longtemps.
Une seconde fois Des Grolles haussa les épaules. Après un moment de silence, Sosthène reprit : — 11 y a plus de quinze jours que nous n'avons vu José.
— Tu sais bien qu'il est extrêmement prudent, s'il
venait ici trop souvent, cela pourrait être dangereux pour nous et pour lui. Dans tous les cas, il ne nous laisse pas à court d'argent. Si tu ne peux te montrer x.!}lle part, si tu es forcé de te cacher ici comme un renard dans son terrier, à qui la faute? Je comprends que tu regrettes la joyeuse vie d'autrefois, bien que tu arrives à l'âge où les ardeurs commencent h être moins vives. Mais enfin, à part la liberté complète, que tu n'as pas, tu ne manques de rien. Tu peux fumer des cigarettes du matin au soir et même la niùt; tu manges bien et tu bois encore mieux.
— Eh bien, oui, je bois. J'aime l'absinthe, l'eau-de-vie, tout ce qui est fort, tout ce qui brûle et monte au cerveau ; cela chasse les idées noires. Ces bouteilles ren ferment la gaieté, je la bois dans mon verre. Et puis, il faut bien que je fasse quelque chose. Quand je bois, les heures me paraissent moins longues. A la fin, ma tête s'alourdit, la pensée m'échappe, je m'endors. Oh! ne plus penser à rien, la bonne chose! Et comme le sommeil est délicieux quand le rêve vous emporte au milieu des splendeurs et des merveilles d'un monde inconnul... Allons, Des Grolles, buvons...
Il saisit une bouteille et remplit son verre à moitié. C'était de l'absinthe.
— Des Grolles, avance ton verre.
— Non, je ne veux pas boire.
— Tu as tort. Va, l'ivresse a du bon. Elle engourdit les sens. Tu ne veux pas boire?
— Non.
— Eh bien, moi, j'ai soif, je bois.
Il prit son verre, et le porta à ses lèvres. Des Grolles n'eut que le temps de saisir son bras pour l'emrêcher d'avaler la liqueur verte.
— Mais, fou que tues, lu veux donc l'empoisonner? Ne vois-tu pas que c'est de l'absinthe que tu t'es versée?
— Qu'importe, pourvu que l'ivresse vienne !
— Sosthène, tu ne boiras pas cela, je ne le veux pas.
— Ah ! çà, aurais-tu la prétention de m'imposer ta volonté?
— Oui, quand il s'agit de te défendre contre toimême.
La discussion continua. Des Grolles ne lâchait point le bras de Sosthène. A la fin, celui-ci voulant repousser Des Grolles, ce que contenait le verre se répandit sur la table. Alors, le regard de Sosthène prit une expression terrible; ses yeux injectés de sang lancèrent de sombres éclairs et la fureur qui grondait sourdement dans sa tête éclata subitement. Il bondit sur ses jambes en poussant un cri de rage et sauta sur Des Grolles qu'il saisit à la gorge.
Une lutte terrible allait s'engager entre les deux associés quand, tout à coup, la porte s'ouvrit brusquement.
— Ah! çà, que se passe-t-il donc ici? dit une voix sonore.
C'était José Basco.
Son apparition produisit l'effet d'un coup de foudre.
La fureur de Sosthène s'apaisa aussitôt; il lâcha Des Grolles et, honteux, presque craintif, il recula jusqu'au fond de la chambre.
— Voyons, reprit José, en avançant, est-ce que vous êtes ivres ?
En quelques mots, Des Grolles le mit au courant de ce qui venait de se passer. Alors le Portugais se tourna vers de Perny et lui dit :
— Des Grolles a raison et vous avez tort. Je vous ai
déjà dit plusieurs fois que l'abus des liqueurs fortes, de l'absinthe surtout, finirait par vous jouer un mauvais tour. Du reste, vous le savez aussi bien que moi, et je ne comprends point que vous n'ayez pas assez de raison et d'empire sur vous-même pour vous priver d'une satisfaction dangereuse.
— J'ai toujours la même réponse à vous faire, José : je m'ennuie; n'ayant rien à faire, je passe mon temps comme je peux.
— Au lieu de boire, dormez, répondit durement le Portugais.
— C'est facile à dire, répliqua Sosthène; seulement, je ne poux dormir que quand j'ai bu.
JoséBasco haussa les épaules.
— D'ailleurs, reprit-il, je ne suis pas venu ici ce soir pour vous faire de la morale; j'ai autre chose à vous dire. Voyons, êtes-vous en état de m'entendre?
— Vous pouvez parler, José, répondit Sosthène en se rapprochant, de quoi s'agit-il?
— Commençons d'abord par nous asseoir.
Des Grolles et Sosthène se placèrent en face de José. Voyant que ses deux complices étaient prêts à l'écouter le Portugais reprit la parole.
— Depuis trois jours, dit-il, la famille de Coulangea quitté Paris pour aller passer l'été, comme chaque année, au château de Coulange. Le comte de Montgarin de plus en plus amoureux, — ill'est trop selon moi, — part après-demain pour aller rejoindre sa fiancée. Sauf les jours qu'il viendra à Paris, il passera une partie de l'été à Coulange. Le marquis et môme la marquise l'ont pris en grande amitié et ne peuvent se passer de lui. De ce côté, je ne me suis point trompé dans mes prévisions. Quant au mariage, il faut que nous en prenions
notre parti, il n'aura lieu que l'année prochaine, au mois de février.
— Encore neuf mois à attendre! murmura Sosthène.
— Oui, neuf mois, reprit José ; c'est long, je le trouve comme vous; mais nous devons avoir la patience d'attendre. Certes, si l'époque du mariage n'a pas été avancée, ce n'est pas ma faute; j'ai fait pour cela tout ce que je pouvais; j'ai même employé un moyen d'une certaine hardiesse. Ce moyen, que je croyais infaillible, n'a pas réussi, j'ai été déçu dans mon espoir. Maximilienne a une volonté de fer contre laquelle tout ce qui ne fléchit pas se brise. Dernièrement encore, elle a déclaré nettement à son père et à sa mère, qu'elle ne voulait pas se marier avant le mois de février prochain, c'est-à-dire à l'époque qui a été fixée pour le mariage de celui qu'elle croit son frère avec mademoiselle de Valcourt, nièce de l'amiral de Sisterne. Il est vrai, — je suis forcé de le dire, — que j'ai été dans tout cela mal secondé par le comte de Montgarin. Assurément il joue parfaitement son rôle; il est adroit, audacieux; il a du caractère et une volonté énergique; malgré cela, en présence de mademoiselle de Coulange, il devient faible comme un enfant. Je n'ai pas autre chose que sa faiblesse à lui reprocher. Ah ! s'il avait pu se faire aimer sans aimer luimême! Voilà ce que j'aurais voulu. Quelle force, quelle puissance nous aurions ! Malheureusement, en plus de sa beauté, mademoiselle de Coulange possède le don de fasciner : elle est adorable et le comte de Montgarin l'adore!
Enfin, voilà où nous en sommes. Pendant leur séjour à Coulange et après leur retour à Paris, jusqu'au mois de février prochain, no«? sommes condamnés à un repos forcé.
— Ah! fil Soslhène.
— Je crois que, dans notre intérêt, il est bon de leur accorder celle trêve.
— Que craignez-vous?
— Quant à présent, rien. Mais, malgré les mille précautions que j'ai prises, un soupçon peut naître. Notre succès est assuré, redoublons de prudence. Or, je crois qu'il est utile que nous disparaissions complètement pendant quelque temps.
— Et le marquis? demanda Soslhène, en regardant fixement José.
Le front du Portugais s'assombrit et un sombre éclair passa dans son regard.
— Sa fille sera mariée dans neuf mois, répondit-il d'une voix creuse, il a encore dix mois à vivre !
— Je vous conseille alors d'empluyer un moyen plus sûr que ceux dont vous vous êtes déjà servi.
Le Portugais devint blême et ses traits se contractèrent affreusement.
— Il faut que le marquis meure, il mourra, répliquat-il avec un accent féroce; s'il le faut, je lui plongerai moi-même un poignard dans la poitrine!
Ces horribles paroles furent suivies d'un silence lugubre.
— Est-ce tout ce que vous avez à nous direce soir? demanda dePerny au bout d'un instant.
— Non, ce n'est pas tout.
— Alors parlez, nous vous écoutons.
— Le marquis m'a invité à passer quelque temps à Coulange.
— . Avez-vous accepté ?
— Non.
— Pourquoi?
— Je vous l'ai dit : parce que je crois qu'il est prudent que je disparaisse pendant trois ou quatre mois.
— Où irez-Yous?
— J'ai répondu au marquis que j'étais absolument forcé de me rendre à Lisbonne, où je serais probablement retenu jusqu'à la fin du mois d'octobre. J'ai dit cela aussi au comte de Montgarin. Mais ce n'est pas à Lisbonne, où rien ne m'appelle, que je veux aller. Néanmoins, j'ai résolu de passer l'été hors de France... Qfue pensez-vous d'un voyage en Allemagne?
. — C'est un pays que je ne connais pas, répondit Sosthène.
— Et vous, Des Grolles?
— Je ne suis jamais allé plus loin que Bade.
— S'il en est ainsi, j'aurai le plaisir de vous faire voii un piys que vous ne connaissez ni l'un ni l'autre.
— E^t-ce que vous nous emmenez? demanda vivement Sostbène.
— Oui, nous allons faire ce voyage ensemble.
— Enfin, fit Sostbène, je vais donc sortir de mon cercueil !
— Vous parlez l'allemand tous les deux; c'est une bonne cbose. Vous, Des Grolles, vous endosserez de nou. veau une livrée et vous passerez là-bas pour être notre domestique.
— Soit, répondit Des Grolles; je suis pbilosopbe, je m'accommode de tout.
— J'ai encore quelques relations au pays d'outre-Rhin reprit José; partout où nous irons, Sostbène, nous serons bien reçus. Nous visiterons les principales villes de Bavière, de Hanovre, de Prusse, d'Autriche et de Hongrie; si c'est nécessaire nous irons plus loin, jusqu'à Saint- Pétersbourg. J'ai l'espoir que nous ne perdrons pas notre
temps : il fajt que ce voyage nous rapporte quelque chose. Vous comprenez?
— Parfaitement.
— J'ai acheté cher le comte de Montgarin, vous le savez, et ses dépenses de chaque mois sont énormes; c'est forcé, il faut ce qu'il faut, le comte doit tenir son rang. Malheureusement, notre caisse n*e.st pas inépuisable; à force d'y prendre, les fonds baissent. Les derniers cent mille francs sont entamés. Pendant quatre, cinq, six mois au plus, tout ira bien encore; mais après? Je ne veux point vous cacher que je suis inquiet, car il ne faut pas que le comte de Montgarin puisse soupçonner seulement que je manque d'argent. Pour cela, il faudra que je continue à payer les dépenses de sa maison et à lui donner toutes les sommes qu'il me demandera sans avoir l'air de compter. Et ce n'est pas tout : il y aura la corbeille de mariage à acheter... Bref, tous mes calculs faits, pour arriver au jour du mariage, il nous faudrait deux cent mille francs, et il ne nous reste plus que quatre-vingt-dix mille francs.
De Perny et Des GroUes avaient l'air consterné.
— Je ne vous ai point caché (jue j'étais obligé de dépenser beaucoup ; aujourd'hui je vous fais connaître exactement la situation.
— Mais si nous manquons d'argent à la dernière heure, tout est perdiW exclama Des Grolles.
— Si nous n'avions rien à redouter, je ne serais pas inquiet, dit José en hochant la tête.
Sosthène était devenu très sombre.
— Ainsi, dit-il, d'une voix creuse, depuis que nous sommes à Paris nous avons dépensé près de deux cent cinquante mille francs.
— Oui, répondit José, en y ajoutant une cinquantaine
de mille francs que j'ai pu ramasser sur des tables de jeu.
De Perny se leva brusquement, et d'un pas saccadé, martelant le parquet, il arpenta la chambre, en tournant comme un ours dans sa cage de fer. Il grinçait des dents, des sons étranglés sortaient de sa gorge enrouée et il lançait de tous les côtés des regards de fauve. Soudain il se rapprocha du Portugais.
— Ainsi, dit-il d'une voix rauque, nous pouvons échouer au moment de toucher au port?
— Je vous ai fait connaître la situation pour vous montrer le danger.
— Mille tonnerres! cela ne sera pas! hurla Sosthène, en frappant du pied avec rage; non, non, cela ne sera pas, quand je devrais...
— Soyez donc calme, de Perny, lui dit froidement José; vos emportements ne changeront rien. Un danger nous menace; eh bien, nous devons lui faire face, et, dès maintenant, nous préparer à l'éviter. Il nous manque cent mille francs, il faut que nous trouvions le moyen de les faire entrer dans notre caisse. Comme vous le voyez, liotre voyage en Allemagne est absolument nécessaire. Nous partirons avec quarante mille francs, et j'espère bien que nous reviendrons avec cent cinquante mille.
— Et si nous ne trouvons rien à faire? demanda Sosthène.
— Je connais le pays, répondit José, on joue comme partout, et plus gros jeu qu'en France.
— Eh bien, ne perdons pas de temps, quand parlonsnous ?
— Dans trois jours. Nous prendrons le chemin de fer de Lyon, nous traverserons l'Italie et nous entrerons en
Autriche par le Tyrol. Comme on ne saurait être trop prudent, nous voyagerons séparément jnr>qu'au delà de la frontière française. Je crois cependant que nous pouvons prendre le même train, Des GroUes en deuxième classe et nous dans deux compartiments des premières. Tout étant bien convenu, les trois complices se donnèrent rendez-vous pour le samedi soir à la gare de Lyon.