SCÈNE V
signe de la main, la voilure roule.) Le voilà parti ! 1 Pauvre ami !
MINA , rentrant.
Oh ! quel bonheur ! nous en voilà débarrassées!
CLOTILDE
Qu’est-ce à dire , Mademoiselle ? Comment !
ces larmes que vous versiez tout à l’heure...
MINA
C’était pour lui faire plaisir.
CLOTILDE
C’»*st fort mal . Mina , et il vous faudra bien des choses pour effacer de mon esprit l'impression fâcheuse que vous venez d’y faire naître.
MINA
Pardon , mais je croyais que Madame attendait avec impatience l’absence de Monsieur, pour accomplir certain projet.
ci.o iilde.
D’accord. Mais le départ de mon mari ne m’en cause pas moins un chagrin sincère.
Cependant, Madame va partir à l’insu de Monsieur.
CLOTILDE
Je u’ai pu résister au désir d’aller revoir uia famille. Ce que je fais est mal , très mal ! mais les motifs qui ine guident sont si purs , que Muldorff lui-môme serait forcé de me pardonner , s’il apprenait jamais...
mina.
Ah ! Madame peut être tranquille , ce n’est pas moi qui la trahirai!
CLOTILDE
Je ne vous ai pas adressé de prière sur ce point; seulement, pour le repos de mon mari, je vous ordonne de vous taire , voila tout ; si * vous parlez, je vous renverrai, je n’ai pas autre chose à vous dire. Je serai de retour deux jours avant mon mari ; d’ici là, si quelqu’un se présentait pour me voir, vous répondriez tout simplement que je suis à la campagne.
MINA
J’obéirai , Madame.
CLOTILDE
Surtout , ne laissez jamais la maison seule , il v a tant de monde, à Rade, cette année, que je iie saurais trop vous recommander la prudence.
MINA
Puisque je ne pourrai sortir. Madame me permettra-t-elle de recevoir quelquefois mon cousin , avec lequel je dois me marier.
CLOTILDE
Voilà trois ans que vous me parlez de ce mariage.
MINA
Ce n’est pas ma faute , le parrain de Fabrice ne veut pas donner son consentement, si je n’ai pas au moins cinq cents florins de dot, et comme on est honnête fille , ça ne va pas vite,
CLOTILDE
Eh bien! si vous êtes réellement ce que vous devez être , je prierai mon mari de se cotiser avec moi pour vous faire cette dot.
MINA
Oh! Madame, tant de bonté...
CLOTILDE
Mai?» je vous en prie, «e recevez pas ici
4* votre cousin , cela pourrait faire supposer. (On entend une trompette.) Qu’est-cc que cela?
MINA
C’est la voiture de Strasbourg.
CLOTILDE
Vite ! mon châle , mon chapeau , je n'ai pas voulu me charger de paquets qui pourraient faire croire à une longue absence , je n’ai retenu tua place que jusqu'au château de llonsfeld, où demeure ma cousine ; de là , je continuerai mon voyage pour Strasbourg ; n’oubliez pas toutes mes recommandations , et surtout que je vous défends de voir votre cousin.
(Elle sort.)