‹ Le flagrant délitChapitre 7 sur 9 · LE II.AGIIAJNT DI^.LIT · texte numérisé non relu

LE II.AGIIAJNT DI^.LIT

îévies, et une singulière expression de rontrariélé se peignit dans ses traits.

La soirée était magnifique; une brise tiède et caressante bruissait mollement dans les feuilles, et faisait trembler la cime des grands arbres: M.Ferrard, qui pour tout au monde n'aurait pas voulu perdre une si belle occasion de promenade, prit le bras du marquis: puis après quelques tours de jardin ils s'enfoncèrent dans le bois avec Beîphégor et Delormieux.

Nancy attendait cette promenade avec im- ||)atience ; elle laissa une demi-heure s'écouler, et, ne craignant plus d'être surprise, elle descendit de sa chambre, et pénétra dans la serre où le malheureux Arthur comptait les minutes et les secondes depuis dix heures du matin.

Mais à peine avait elle embrassé Artliur qu'elle entend marcher près de la porte . c'est le marquis ! il entre dans la serre... Arihnr n'a que le temps de se blottir derrière

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une vieille caisse d'oranger : la jeune (ille s assied devant une petite table et saisit un crayon comme pour dessiner.

— Ah ! vous êtes ici , mademoiselle! dit M. d'Albetour avec une voix douce et mielleuse, mon Dieu! je tremblais que vous ne fussiez plus souffrante... je vous croyais au lit.

— En effet... balbutia Nancy toute confuse, je voulais me coucher... mais j'ai mieux aimé prendre un peu de repos dans une bergère... et je souffre beaucoup moins à présent.

— Mais vous ne craignez pas de vous enrhumer ici , mademoiselle ? Il y fait très humide.

— Oh! non , monsieur , dit-elle avec un tremblement dans la voix, je suis accoutumée à cette température... je viens très souvent ici pour dessiner... j'y suis plus tranquille, et le jour est meilleur que dans le salon ou dans ma chambre...

— Oui , ma foi ! dit M. d'Albetour en jetant les yeux de côté et d'autre, on pourrait faire de ce pavillon un charmant cabinet de travail; mais actuellement cette vilaine serre, avec son parquet de briques et ses murailles sales où pendent d'horribles toiles d'araignées, ne mérite vraiment pas l'honneur que vous lui faites.

Nancy paraissait de plus en plus troublée; elle était fort pâle et demeurait immobile, sans lever les yeux.

— Mais vraiment, vous dessinez comme un ange ! dit M. d'AJbetour en se penchant sur un lavis à l'encre de Chine auquel Nancy avait l'air de travailler. Quelle touche délicate et fine! c'est délicieux ! ravissant ! mais se peutil ? Quoi ! c'est d'imagination que vous avez dessiné cette jolie noce de village ?.. je ne vois pas de modèle ! •

— En effet, monsieur... c'est de souvenir... J'ai vu quelque part cette charmante scène-là

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(luaiid jV'lais loulc pelile . el je ne l'ai jamais oubliée...

— A merveille! dit M. d'Albelour avec cha leur. Ce dessin est admirable ! Vous êtes néo peintre, mademoiselle!., vous réunissez tous les talents, et chaque jour me découvre une nouvelle perfection dans l'adorable Nancy !

— Oh! monsieur, vous êtes trop indulgent! répondit la jeune fille toute rougissante. Je dessine pour me distraire,... mais je n'attache aucune importance à ces mauvais barbouil lages... la plupart du temps même je les déchire... ^

— Oh! quelle cruauté! Je vous en conjure, mademoiselle, épargnez ce charmant dessin ! je vous demande grâce pour lui! Voulez- vous m'en faire cadeau?., ce sera la plus belle page de mon Album et la plus précieuse ! Dites , me le donnez -vous, mademoiselle?..

— Celui-ci, monsieur!., dit- elle avec embarras, il ne m'appartient plus.., je l'ai pro»

mis à mon frère Arthur la dernière fois qu il est venu à la campagne...

— Ah!., repartit M. d'Albetour assez froidement; et depuis ce temps-là, mademoiselle, vous ne l'avez point achevé? — Apparemment que M. Arthur le réclame, et vous écrit de le finir?'..

— Non, monsieur,... bégaya Nancy avec un tressaillement involontaire, — Arthur ne m'a pas écrit...

— En vérité?., mais c'est très mal ! comment ! depuis si long-temps qu'il ne vous à vu . pas une lettre! pas un mot ! Il oublie donc tous ses amis?.. Pour moi, je lui pardonne de bon cœur sa négligence!., entre hommes, on ne se gène pas... Mais vous oublier, belle Nancy!.. Oh! voilà ce qui est impardonnable!

— Il ne m'oublie pas. monsieur, réponditelle vivement , il ne m'oublie pas! oh ! non. je suis tranquille!.. Arthur m'est bien connu... t i s'il ne vient pas. monsieur, ce n'est poini sa

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fauleîil souffre aulanl que moi d'une aussi longue absence '

— Mais ce n'esl guère probable , répondit M. d'Albelour en secouant la tôte d'un air de doute, s'il désirait venir, il viendrait, je présume. — personne ici ne l'en empêche,... et d'ailleursil n'a pas de si graves occupations, des affaires de si haute importance qu'il ne puisse leur dérober cinq ou six jours pour venir voir son tuteur, et vous, mademoiselle, qui lui témoignez tant d'affection ! M. votre père est profondément blessé d'un pareil manque d'égards... il m'en parlait tout à l'heure encore...

— Il vous en parlait, monsieur ?.. répliqua Nancy d'un air étonné. Eh bien! donc, pourquoi ne lui écrit-il pas de venir ! pourquoi ne cesse-t-il de me répéter qu'Arthur ne viendra pas de toute la saison, et qu'il fait beaucoup mieux de rester à Paris pour travailler chez son agent de change!

— Travailler! lui, Arthur! dit le marquis

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en souriant ; ah i mademoiselle , c'est pour ne point vous faire de la peine que votre excellent père a trouvé ce prétexte ! Il connaît toute la tendresse que vous portez à son pupille, et ne veut pas vous affliger, en vous disant qu'Arthur vous oublie, que c'est un ingrat, et qu'il aime beaucoup mieux s'amuser à Paris dans les bals, les dîners, les spectacles, que de venir passer quelques jours de calme et de repos à la campagne auprès de son vieux tuteur et d'une jeune fille innocente et pure... Mais je trouve M. Ferrard un peu sévère, et jusqu'à un certain point j'excuse Arthur! Il est jeune, d'un caractère bouillant ^ impétueux , et les bruyans plaisirs de la capitale ont sans doute plus d'attraits pour un jeune homme enthousiaste et changeant que la vie uniforme et tranquille d'une maison de campagne!

— Vous croyez, monsieur?., dit-elle avec hésitation. Oh ! je pense que vous jugez mal de mon frère Arthur.

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— Je parle du moins en ronnaissancc do cause, mademoiselle, car je sais la conduite qu'il mène à Paris... Vous ne m'accuserez point, j'espère, de vouloir nuire à M. Arthur dans votre esprit !.. c'est un excellent jeune homme qui n'a pas au monde un ami plus dévoué que moi!.. Je lui porte un vif inténH . mademoiselle , et toutes les fois que je trouvera* l'occasion de lui rendre service, je la saisirai avec empressement; mais je suis juste, et mon amitié ne m'aveugle pas... je ne puis me dissimuler qu'il aime un peu trop le plaisir... Souvent même à Paris j'ai cru devoir lui faire quelques observations, moi qui ne suis pourtant pas un rigoriste, un censeur bien sévère... mais il y a des bornes qu'on ne doit point franchir, et je ne veux point qu'on outre cette maxime « il faut que les jeunes gens s amusent y> ; car on ne s'arrêterait plus... C'est comme Arthur, il est passionné, ardent, excessif!... il n'use de rien avec sagesse, avec modération.

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— Mais jusqu'à présenl, monsieur, je vous avais toujours enlendu faire l'éloge d'Arthur!..

— Et je le fais encore aujourd'hui, made- ' moiselle, répliqua vivement M. d'Albetour. je

vous le répèle, c'est un jeune homme d'esprit et de cœur! un brillant sujet qui réussira dans le monde, s'il veut suivre un peu mes conseils, et changer de conduite.

— Ainsi donc, monsieur, vous prétendez que sa conduite est mauvaise ?.. ajouta Nancy, avec des larmes dans la voix.

— Mauvaise ! oh! non pas, mademoiselle! je ne dis point cela... je dis qu'elle peut le devenir... Par exemple je sais qu'il ne fréquente pas toujours la meilleure compagnie, et qu'il voit quelques jeunes gens libertins, des femmes dangereuses...

— Des femmes! interrompit-elle avec force. Je ne vous comprends pas, monsieur, veuillez vous expliquer plus clairement...

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— A quoi bon , mademoiselle ? balbutia le marquis avec une feinte hésitation ; permettezmoi plutôt de ne pas en dire davantage, et de changer môme de conversation... Vous me comprendriez beaucoup moins encore, mademoiselle, si mon langage était plus clair... vous avez trop de pureté dans l'âme, trop d'inno cence et de candeur, pour que je dévoile à vos yeux, naïve jeune fille, la vie d'un homme que vous chérissez comme un frère, et que vous cesseriez d'estimer peut-être. si...

— Oui, je cesserais de l'estimer, répliquat-elle d'un accent énergique, s'il ne méritait plus l'estime des honnêtes gens ! mais . Dieu merci! monsieur, Arthur en est toujours digne ! et ceux qui vous ont dit le contraire ont calomnié ce brave jeune homme.

— Calomnié ! mademoiselle. — Vous ne m'avez donc pas compris ?.. ou plutôt je me suis Tiial exprimé... Ce que je vous dis là. mademoiselle, je ne le tiens de personne!..

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J'ai vu. moi qui vous parle !.. el j'espère que vous ne me croyez pas un calomniateur.

— Dieu m'en garde, monsieurle marquis!

dit-elle avec une émotion croissante; mais vous n'êtes pas infaillible... vous avez pu vous tromper, vous avez pu croire des choses qui ne sont pas!.. Encore une fois, monsieur, comment se fait-il que vous parliez aujourd'hui si défavorablement d'un jeune homme qui est votre ami. et que vous devriez défendre, au lieu de l'accuser !...

. — Je le défendrai toujours, mademoiselle, envers et contre tous!... mais je ne défendrai pas sa conduite! Je suis trop franc, trop sincère pour fermer les yeux sur des intrigues scandaleuses que je désapprouve, el qui passent les bornes! Jusqu'à présent, mademoiselle, je ne croyais pas Arthur capable cie sacrifier rhonneur au plaisir ! IKH'^

— Que dites- vous , monsieur :

— Je savais très bien qu'Arthur fréquen-

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lail. pour son malheur, des femmes peu honorables, qu'il aurait dû fuir... C'est avec une profonde répugnance, mademoiselle, que je vous entretiens de semblables détails... Il faut que j'y sois forcé, je vous jureî... dans l'intérêt de la vérité!... dans le vôtre, peut-être... Il a commis une mauvaise action!... je n'aurais jamais cru d*Arthur qu'il fût capable d'abuser de mon nom , de mon influence, de mon amitié, pour séduire une jeune fille!...

— Dieu ! s'écria Nancy.

— Une pauvre enfant que j'avais presque élevée, à qui je portais une tendresse de père! une malheureuse orpheline que j'avais adoptée!... C'était une jeune fille honnête et pure, belle comme vous. Nancy, comme vous innocente et naïve!... Arthur la vit chez moi souvent... j'étais sans défiance! il lui parla d'amour î...iil 1^ fit aimer de la pauvre enfant...

Un bruit étrange qui venait du fond de la serre coupa la parole à M. d'x\lbetour. Il ne

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put s'empêcher de tressaillir, et jeta un coupd'œil rapide autour de lui.

Nancy était frissonnante et pâle.

— Mais je dois respecter votre innocence, mademoiselle, continua le marquis à demivoix; j'abrégerai certains détails qui pourraient vous faire rougir... Il me suffira de quelques mots... Arthur a séduit cette pauvre jeune fille!...

— Arthur!... lui!

— Et puis, après l'avoir séduite il l'a cruellement abandonnée! reprit M. d'Albetour avec force. J'en ai la preuve entre les mains ! .. . La malheureuse enfant vient de m'écrire ! j'ai sa lettre...

— Donnez-la-moi ! interrompit sourdement Nancy dont l'œil morne était fixé à terre.

— La voici! dit M. d'Albetour en tirant un papier de sa poche. ^

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Mais nu moment où TSaucy venait de saisir la lellre, une voix se fit entendre...

— Miséiable!... épargne au moins son innocence I

Et tout- à-coup Arthur, blanc de fureur. s'élance de sa cachette, arrache à Nancy la lettre qu'il déchire en mille pièces : et se tournant vers le marquis impassible et calme, il lui dit en croisant les bras et secouant la télé :

— Ah ! marquis ! ... vous ne me saviez pas si près de vous!

— Au contraire, monsieur, répond flegmaîiquement d'Albctour, je savais que vous étiez ici : voilà pourquoi j'ai parlé si franchement a mademoiselle. Puisque vous, monsieur, vous n'aviez pas honte de vous cacher pour me surprendre, pour espionner mes paroles, je n'ai pas cru devoir ménager mon langage !

Nancy demeurait immobile ei froide.

— Mais vous êtes un calomniateur, mon-

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, sieur! dit Arlhui en s avançant vers le niarcjuis d'un air de menace.

— Vn calomniateur! répond d'Albelour avec une inflexion méprisante. Cette lettre qu« vous venez de déchirer et qui vous accuse, direz-vous. monsieur, qu'elle ment, et que c'est une machination inventée pour vous [perdre! Mais celle pièce n'est pas anéantie, monsieur ! vous en connaissez récriture , n'est-ce pasP... Si vous niez, monsieur, il est facile de réunir les morceaux de cette lettre!...

— Mais c'est infâme à vous, marquis d'Ai belour! s'écrie Arthur, les yeux flamboyans de colère. Vous savez bien que je suis incapable d'avoir séduit lâchement une jeune fille, pour l'abandonner ensuite! Cette jeune fille si naïve et si pure, vous le savez bien, c'est une malheureuse déjà profondémenl corrompue, qiioique sortie à peine de l'enfance ! Et c'est vous qui l'avez séduite, vous seul! Pourquoi donc mentir à la face du ciel en m'accu^ianl

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d'un crime qui est le vôtre! pourquoi vouloir changer l'estime et raffeclion d'une sœur, d'une amie d'enfance, en mépris, en horreur!

— J'ai voulu seulement ouvrir les yeux à mademoiselle Ferrard. et la prévenir contre les dangers qui 1 entourent! J'ai voulu, monsieur, qu'elle pût vous connaître à fond, elle, crédule et confiante! Dites, monsieur, est-ce dans une louable intention que vous êtes venu ici furtivement, à la sourdine, comme un homme qui a de mauvais desseins?... Pourquoi vous cacher dans la maison de votre tuteur? pourquoi ce rendez- vous, dans ce lieu, avec mademoiselle Nancy?... Ah! je pénètre facilement vos projets, monsieur!... c'était pour la compromettre à mes yeux!... pour la deshonorer peut-être !

— Malheureux ! ! s'écrie Arthur en se précipitant sur le marquis et le frappant au visage.

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Nancy pousse un gémissement et tombe sans connaissance.

— Arthur!. ..vousêtesmort!... dit iM. d'Albelour avec une rage concentrée, et tout pale. — Votre âge ne vous sauvera pas !... vous me rendrez raison de cette insulte !

— De grand cœur, monsieur! réplique Arthur.

— D'Albetour! d'Albetour! crient plusieurs voix. Où diable êtes- vous donc?

— Par ici, messieurs! répond le marquis d'une voix forte. A moi, mes amis!

Presque au même instant Belphégor et Delormieux entrent dans la serre.

— Hé! nous te cherchions, Gustave! dit Belphégor, sans apercevoir Nancy immobile et renversée dans un fauteuil. Tiens ! M. Arthur!...

— Et par quel hasard ? poursuit Delor mieux.

— Silence! dit sourdement M. d'Albetour.

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