ACTE I, SCÈNE I
Et qui près du ministre a le plus grand crédit ,
De tout ce qui se passe est par mes soins instruit.
Les dangers d’un ami réveillent ses alarmes ;
Il a pour lui le cœur d’un vieux compagnon d’armes Et pour le mieux servir arrive tout exprès.
RUSTAN
Comptez sur moi.
SAINT-LÉON
Tu peux servir nos intérêts ,
Mais il faut, cher Rustau , dompter ton caractère.
RUSTAN, brusquement.
Et quels sont mes défauts ?
SAINT-LÉON
. D’être un peu trop sincère.
Il ne faut pas toujours et sans nécessité
Poursuivre tout le Inonde avec la vérité :
A quoi bon à chacun montrer son ridicule ?
De tout faux compliment je me fais un scrupule ,
Et quand je veux cacher ce que j’ai sur le cœur Je sens là certain poids qui m’étouffe : d’honneur,
Je ne saurais flatter.
SAINT-LÉON
, Eh bien ! pourquoi le faire?
RUSTAN
Quel moyen?
SAINT-LÉON
J’en sais un.
RUSTAN
Lequel ?
SAINT-LÉON
C’est de se taire.
BUSTAN.
Ce moyen est encor difficile pour moi.
SAINT-LÉON
Revenons à Feryil ; que pense-t-il de toi ?
BUSTAN.
Il me flatte , il me craint , mais il ne m’aime guère.
Eli bien ! il faut user d’une ruse de guerre ;
Pour avoir ses secrets le flatter aujourd’hui ,
Et feindre , s’il le faut , de t’entendre avec lui :
Il est sans défiance , il connaît ta rudesse.
BUSTAN.
Vous voulez qu’un soldat à ce rôle slabaisse !
Il est contre Fervil d’autres moyens , je croi.
( Il fait appel d'armes. )
SAINT-LÉON
Allons , mon cher Rustan , écoute et calmc-toi.
Cet homme qui te craint , réponds moi sans colère y Il a cherché déjà le moyen de te plaire ,
De t’attirer à lui.
BUSTAN.
Sans doute il l’a tenté.
Comme un autre , à mon tour, par lui je suis flatté ; Et j’ai beau le brusquer, toujours il recommence.
SAINT-LÉON, rivement.
Il faut changer de ton , l’affaire est d’importance. C’est à toi seul ici qu’il peut se confier :
Nous en profiterons.