ACTE IV, SCÈNE VI
Et cet adroit Fervil m’a trop bien deviné ;
Mais, crois-moi , j’ai mieux vif dans cette circonstance De son zèle trompeur la perfide apparence.
Comme il s’est aperçu qu’il était écouté,
Son faux attachement a bien mieux éclaté.
Tu jugeras bientôt quel est son caractère ,
Et nous avons encore une autre épreuve à faire. ROLAND.
Et quelle épreuve ?
SAÎNÎHÈME.
Ecoule et crois-en ton ami Dans de justes soupçons encor mieux affermi ,
Qui voit que sous tes pas on ouvre un précipice,
Et qui veut malgré toi te rendre un grand service.
Ce Fervil par mes soins est déjà prévenu D’un écrit au ministre on secret parvenu.
Nous pouvons lai prouver que ta perte est certaine : Qu’un faux courrier demain devant tous nous l’apprenne; Qu’un autre sous tes yeux occupe ton emploi ;
Cet autre gouverneur, ami , ce sera moi.
Pour un jour seulement que je prenne ta place ,
Et tu verras bientôt l’effet de ta disgrâce.
ROLAND
Il m’a juré cent fois.... ,
SAINT.HÉME.
Chaque jour nous fait voir Que l’on jure pour ceux qui tiennent le pouvoir.
Mais ce pouvoir détruit , à la cour , à l’armée ,
Les sermens des flatteurs s’envolent en fumée.
ROLAND
Fervil triomphera de cette épreuve encor.
«4 LEFLA.TTEUR,
SAINT-HÊME.
Eh bien , s’il en triomphe envers lui j’aurai tort. Je prouverai du moins , jaloux de te défendre , L’intérêt qu’à ton sort un ami devait prendre. Mais j’attends de l’épreuve un succès différent ,
Et pour me l’assurer ce siècle est mon garant ; Prodigieux en honte et fécond en bassesses ,
Il fit voir des flatteurs les perfides souplesses.
Ne sais-tu leur manège? ignore-tu leurs mœurs? Ne les as-tu pas vus flétrir leurs bienfaiteurs ? Crois-moi , de ce Fervil attends le même outrage : Tombe , tu le verras prendre un autre langage , Du côté des ingrats réunir ses efforts ,
Oublier tes bienfaits et publier tes torts ;
Des flatteurs d’aujourd’hui tel est le caractère.
ROLAND
. Celte épreuve est utile , et nous pourrons la faire.