CHAPITRE IV
l'organisation de la franc-maçonnerie
LA Franc-maçonnerie est une société internationale. Nous venons de voir les délégués maçonniques de toutes les parties du monde acclamer d'une seule voix, à Naples, en 1869, le projet de l'écrasement définitif du catholicisme.
De ce tronc sortent une foule de branches, qui sont les Rites ou Obédiences. Il y a, par exemple, dans la Maçonnerie française, rObédience du Grand-Orient, le Rite Ecossais, le Rite de Misraïm et la Maçonnerie Mixte (où l'on admet les fem-
mes au même titre que les hommes). En Amérique, et aux Etats-Unis en particulier, ces Rites sont innombrables. Chaque Rite donne, à son tour, naissance à une foule d'obédiences secondaires qui constituent des sociétés telles que The Kfiights of Pythias^ The Odd Fellows.
The Sons of Tempérance^ etc, sociétés non seulement à rites, mais à esprit essentiellement maçonniques.
Qu'on n'attende pas de nous une étude approfondie des diverses Rites de la Maçonnerie universelle ('). Nous dirons un mot de celui qui intéresse particulièrement le Canada français, le Grand-Orient de France (^).
Le Grand-Orient est une fédération qui comprend 353 loges maçonniques. Cinq maîtres peuvent constituer une loge, dont le chef prend le nom de Vênéi^able. Chaque loge nomme annuellement un délé-
(1) Deschamps a épuisé le sujet dans le ler vol. de son grand ouvrage ' ' Le!^ Sociétés secrètes et la Société ", pp. 23-99. Nous y renvoyons le lecteur,
(2) La loge / 'Emancipation de Montréal, obéit au Grand-Orient de France.
gué : rassemblée des délégués de toutes les loges constitue le Couvent. C'est le Parlement maçonnique. Nous sommes tentés de dire : c'est le. Parlement français.
Le Couvent élit le Conseil de l'Ordre (composé de 33 membres) dont l'effectif est renouvelable par tiers. Le Conseil de l'Ordre veille au respect strict de la loi maçonnique^ qui n'est pas autre chose que le résultat des délibérations du Couvent. C'est sous sa haute direction que les loges travaillent . Chaque loge doit se suffire à elle-même. De là des souscriptions fort élevées qu'on exige de tous les membres sans distinction.
Les francs-maçons ont crié bien haut contre la main-morte des Congrégations.
Qui nous dira jamais les sommes qu'ils ont amassées pour mener dans la société leur campagne d'infâme corruption?
Le Grand-Orient s'est organisé en 1772.
Il comprend, à l'heure actuelle, 19.000 membres.
De quelles armes formidables dispose donc cette poignée de sectaires pour qu'ils
aient pu, en un siècle, presque changer l'âme d'un peuple ? Quels sont les moyens d'action qui constituent l'organisation extérieure de la Franc-maconnerie ?
Toutes ces ressources d'attaque et de défense tiennent dans ces deux mots :
secret,, hypocrisie.
Son but, c'est la destruction de " l'œuvre sacerdotale", de l'œuvre catholique dans tous les pays oii celle-ci existe. Elle n'a pas à chercher le catholicisme chez les nations protestantes. C'est donc aux peuples catholiques, et à eux seuls, qu'elle en veut.
Pénètrera-t-elle dans ces milieux chrétiens en faisant annoncer à son de trompe qu'elle ne vient chez eux que pour y étrangler la foi ? Elle ne le dira tout haut que lorsqu'elle sera devenue la maîtresse absolue du gouvernement. Et encore !
Première condition du succès maconnique : le secret.
" Le secret^ disent les constitutions maçonniques, est le premier signe caracté-
ristique de l'Ordre (')." Il y a un serment nouveau à prêter pour chaque grade. Les initiés acceptent de subir les peines les plus atroces dans le cas où ils viendraient à trahir l'Ordre en révélant ses secrets.
Voici le serment exigé du récipiendaire par le Grand-Orient : '^ Je jure et promets sur ce glaive, symbole de l'honneur, et sur le livre de la loi de garder inviolablement tous les secrets qui me seront confiés par cette Respectable Loge, ainsi que tout ce que j'y aurai vu faire ou entendu dire; de n'en jamais rien écrire que je n'en aie reçu la permission expresse, et de la manière qui pourra m'être indiquée (^). " C'est ce que les francs-maçons appellent, je suppose, la libre pensée.
L'Ecossisme a des formules de serment plus terribles. Le Vénérable de la Grande Loge Symbolique Ecossaise s'adresse au récipiendaire :
** Monsieur, écoutez la formule du serment:
(i) Descliamps, Introd. CI. Jeannet, p. XCIX
(2) Cahier du grade d'apprenti du G.-. O.*., édition 1880, p. 21.
Vous, de votre propre et libre volonté, en présence de cette R.*. assemblée de M.*, vous promettez et jurez solennellement, sincèrement, de ne jamais révéler aucun des mystères de la F.'. Mac.*. ... Le jurez-vous ?
Le Récip.*. — Je le jure.
Le Ven.*. — Répétez après moi :
'' Je préférerais avoir la gorge coupée, plutôt que de manquer à ce serment (').^'
Ceci pour le grade d'apprenti. Le serment du Compagnon est encore plus terrifiant :
^'. . . Si jamais je deviens parjure, puissè-je avoir le cœur arraché, le corps brûlé, et mes cendres jetées au vent, afin qu'il ne soit plus mémoire de moi parmi les maçons C)."
Tous ces serments ne sont que du pur formalisme, '' dira quelque sage cervelle," et la Franc-maçonnerie elle-même ne se
(i) G.'. L.*., Rituel imprimé chez Daubourg, 99, Boulevard Beaumarchais, pp. 20 — 21.
(2) Rituel des trois premiers degrés symboliques de la F.-. Mac.*. Ecoss.-. p. 32.
soucie guère de les faire appliquer dans la pratique.
Le 2 avril 1889, le Conseil de l'Ordre du Grand-Orient publiait la circulaire suivante :
" Les communications à la presse profane relativement à des faits mac.*, doivent être interdites, et nous prions ceux de nos FF.*, qui appartiennent au journalisme ('), de s'inspirer avant tout des intérêts de l'Ordre et de s'abstenir de publier soit ce qui se fait et ce qui se dit en Loge, soit des commentaires sur les actes ou les dires des FF.-. M.-, en tant que F.'. M.'. H "
Qu'on ne nous dise pas non plus que depuis 1889 le serment du secret a perdu de sa force dans la Maçonnerie.
Le 17 novembre 1904, à la 9^ chambre du tribunal correctionnel de Paris, M. Gustave Téry, journaliste bien connu, refusa de jurer qu'il dirait toute la vérité. Il al-
(i) Et ils sont légion, en Amérique comme en France.
(2) Bulletin du G.-. O.*., avril 1S98, pp. 5253.
légua qu^étant franc-maçon, il était lié par le serment maçonnique.
Grand émoi au tribunal. Il fallut l'intervention de M. Labori, l'avocat de Dreyfus, pour faire céder M. Téry. Ce dernier consentit à prêter serment, non sans faire remarquer que tous les témoins francsmaçons ne violeraient peut-être pas, comme lui, leur engagement maçonnique.
La cause est jugée. Le franc-maçon est tellement lié par son serment que, s'il veut y rester fidèle, il est tenu de mentir devant les tribunaux de son pays.
Voilà les gens qui ont chassé de France les religieux parce que, liés par leur vœux, disait-on, ceux-ci n'étaient plus des cit03"ens libres.
Le Grand-Orient, à l'assemblée générale maçonnique de la rue Cadet ('), vota des secours pour les mineurs de Carmaux pendant la grève de 1892. Un journal de Paris, V Eclair^ annonçait quelque temps après, le vote des secours maçonniques aux
(i) Le Grand-Orient siège à Paris, 15, rue Cadet.
grévistes. Scandale des FF.*. . Au Convent ils donnent libre cours à leur indignation.
C'est d'abord le F.*. Adrien Duvaud {') : ''Aujourd'hui MM.'. FF.*., il se produit une indiscrétion plus grave encore, non seulement parce qu'elle divulgue un fait que nous voulions tenir caché, mais encore parce qu'elle le divulgue sous la forme la plus regrettable. Un journal, D Eclair^ a publié ce matin une dépêche de Carmaux (^) . . . "
Puis vient le tour du F.*. Thulié qui, dans un beau mouvement, s'écrie : '' . . .Si vous pouviez, MM.*. FF.*., nous communiquer les noms de ceux qui commettent ces indiscrétions, immédiatement nous les dénoncerions à la Mac.*, tout entière et nous demanderions leur exclusion (^)."
A plusieurs de ces violateurs du secret
(i) Le F.-. Adrien Duvaud est un des membres les plus actifs de la Ligue de l 'Ryiseignement, cette œuvre si hypocritement et si essentiellement maçonnique.
(2) Bulletin du G.-. O.-., 1892, p. 226.
(3) Le même, p. 246.
maçonnique on peut appliquer ce vers de La Fontaine :
" Son indiscrétion de sa perte fut cause "
Le franc-maçon paye souvent sa désobéissance de sa vie. En 1826, William Morgan, journaliste de l'Etat de New-york, après avoir reçu les hauts grades de la Maçonnerie, les révéla dans un ouvrage ('). Des membres de la loge de Rochester l'attirent dans une barque sur le lac Ontario. Ils reviennent bientôt sans lui en disant que Morgan s'est no3^é et présentent aux autorités un cadavre comme étant le sien.
Il fut démontré que ce cadavre était celui d'un certain Monroë.
Ce crime maçonnique, doublé de ce déni de justice, provoqua, dans le temps, une telle indignation qu'il donna lieu, aux Etats-Unis, à la création de VAntïmasonïc party. Cette association, fondée
(i) Freemasonry exposed a7id explained, showing the oxigin, history and nature of Masonry, tts ejffects on the gover?iement aiid the Christian Religion, in-8°, New-york, 1826, Fitzgerald, publisher.
dans le seul but d'exclure des fonctions publiques tout homme appartenant à la Maçonnerie, ne devint bientôt plus qu'une simple agence électorale aux mains des démocrates.
Le crime et la Franc-maçonnerie ont toujours fait bon ménage. Ceux qui ont si lâchement fait assassiner l'héroïque président de l'Equateur, Garcia Moreno, en 1875, ont bien pu faire mourir, en 1904, le député de Neuilly, le courageux Syveton. Comme le traître maçon, le téméraire />r<?fane^ qui ose faire contre la secte un acte de guerre décisif, doit faire d'avance le sacrifice de sa vie.
Quand on pense au mal qu'a fait Syveton à la Maçonnerie en lui arrachant ces ■ infâmes bouts de papier que l'histoire appellera désormais ^' les fiches de la délatioii maçonnique dans P armée fraiiçaise^^ on comprend mieux la mort du vaillant député.
C'est le 8 décembre 1904 qu'on a trouvé Syveton asphyxié par le gaz d^ éclairage (dit l'enquête officielle) dans son cabinet
de travail. Le 9 décembre, Syveton devait frapper un dernier coup, le plus terrible) contre la Maçonnerie à la Cour de justice où il devait comparaître ce jour-là.
Le seul rapprochement de ces deux dates est éloquent. Des hommes éminents ont affirmé dans les organes les plus autorisés de la presse française (') que Gabriel Syveton était tombé victime d'un complot maçonnique. Je n'en citerai qu'un. Il est assez connu pour que la hauteur et l'indépendance de son esprit le mettent à couvert de toute accusation de partialité.
C'est M. Jules Lemaître, de l'Académie Française, qui, à une assemblée générale de la Ligne de la Patrie Française tenue à Paris le 17 avril 1905, s'exprimait ainsi.*. . . .'* Je regrette en Syveton un ami charmant, le compagnon de bien des voyages, une belle et claire intelligence, un homme d'une merveilleuse bravoure. Et je veux honorer en lui, avant de me séparer de vous, un grand et probe serviteur du pays,
(i) Le Gaulois, La Libre Parole, La Croix, entre autres.
un des deux à qui nous devons l'affaire des fiches — et un martyr de la cause nationale C).''
Le secret maçonnique fait encore des martyrs de nos jours. Nous avons déjà vu un franc-maçon le mettre audessus du serment judiciaire. La circulaire suivante vous prouvera que l'obéissance maçonnique doit passer avant l'obéissance militaire :