‹ Le flibustier; comédie en vers, en trois actesChapitre 13 sur 58 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Ah! quel combat! Jamais, depuis les temps jadis,

On n'a vu Je pareil, jamais. Un contre dix !

Notre bateau tout seul contre une flotte entière !

Et l'on avait du sang jusqu'à la jarretière.

Mais quoi! Quand notre pont ne fut plus qu'un débris,

Il fallut bien céder; et le bateau fut pris.

Moi, je passai pour mort. A l'eau ! Comment, sur terre.

Je me retrouvai, seul et ranimé, mystère!

Mais lui, lui, je l'ai vu, sur le gaillard d'avant.

Entouré d'Espagnols, tenant tête, et vivant.

En tombant je pensais : — Ça va bien ; il les charge ;

Sur un bout d'aviron il gagnera le large. —

Hélas 1 A Saint-Domingue on ne le revit plus.

Alors je me suis dit : — Peut-être que le flux

L'a conduit vers des gens qui retournaient en Franco. —

Qu'il y restât depuis, j'en eus de la souffrance.

Il devait revenir avec nous ; c'était mieux.

Cependant je songeais : — Il est là-bas, joyeux.

Avec son bon grand-père et sa belle cousine.

Il a vu mes parents, car ma ville est voisine. —

Et je rentre, et je crois le trouver, et voilà :

Mes vieux parents sont morts, et Pierre n'est pas là.

MARIE-ANNK.

Ah î le pauvi'o grand-père, hélas ! Comment s'y prendre Pour lui dire...:* Et pourtant...

JACQUEMIN

D'autant que je dois rendre A qui de droit, et jmr conséquent à l'ancien, Ce qu'a laissé le gas. Ce coflVe était le sien,

22 LE FLIRUSTIRR

El: je l'ai repêché par bonheur à mer basse.

Il défait son baluchon et en tire un à un dos objets.

Du Mnge, un boujaron fait d'une calebasse, Un brin de buis breton, et ce vieux chapelet De Saint-Malo, voilà l'héritage au complet.

MARIE-ANNE, considérant le chapelet.

C'est bien son chapelet. On en avait la paire. Il emporta l'un. L'autre est celui du grand-père.

JACQUEMIN

L'ancien aura les deux maintenant.

MARIE-ANNE

Quel métier!

Voir de son petit-fils un grand-père héritier ! Si ce n'est pas injuste !

Montrant le poing à la mer.

. Oh! la mer inluimnine!

JACQUEMIN

Je la reprends pourtant, moi, dans une semaine. Que voulez-vous! On est marin. Triste ou joyeux, C'est encore à la mer qu'un marin vit le mieux. Le vent souffle. Adieu vat ! Et vogue la flibuste ! Pourtant, cette fois-ci... Ce qui me tarabuste. C'est d'apprendre à l'ancien que l'autre trépassa. .Te ne saurai jamais comment lui dire ça.

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