‹ Le flibustier; comédie en vers, en trois actesChapitre 32 sur 58 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Quand je l'aime, quand là, d'un seul mot, je pourrais.. ! Mais je ne le dois pas.

A voix haute, avec courage et tristesse.

Ecoutez bien. Après Mon départ vous saurez qu'il m'était impossible De vous dire pourquoi j'ai l'air d'être insensible...

JANIK, joyeuse.

Vous ne l'êtes donc pas?

JACQUEMIN, effrayé.

Grand Dieu! J'en ai trop dit.

JANIK, tout à fait ravie.

11 m'aime ! . . . Vous m'aimez !

JACQUEMIN, désespéré.

Ah ! je suis un bandit.

Un misérable!

Quoi ? Que dites-vous ?

JACQUEMIN

Un drôle !

Abuser d'une erreur ! Jouer l'infâme rôle D'un coquin qui se laisse aimer sous un faux nom ! C'est lâche. C'est affreux. Je ne veux pas, non, non.

JANIK, épouvantée.

Je ne vous comprends pas. Quel accès de folie...?

JACQUEMIN, d'une voix haletante.

Ne me condamnez point, vous, je vous en supplie Car ce n'est pas ma faute. Il fallait bien mentir Pour le grand-père. Et puis, je devais repartir Dans cinq jours. Votre mère, au reste, eut cette idée, Et non pas moi. La chose enfin fut décidée Si vite, que je dus obéir sans remord... Pouvait-on dire au vieux que son gas était mort ?

JANIK.

Ciel! Mort!... Mais alors, vous!... Un étranger!... Surprendre- Mes aveux!

Elle se cache la tète dans ses mains.

JACQUEMIN

Ah ! je sais que je dois vous les rendre; Et vous avez bien vu tout mon cœur révolté Contre ce vol, commis malgré ma volonté. Oh ! dites-moi que vous m'en croyez incapable, Que ce crime, dont seul le hasard est coupable. Vous n'en accusez pas le pauvre Jacquemin, Et que vous consentez à lui serrer la main, Car c'est la main d'un bon garçon, digne d'estime, Qui d'un sort malchanceux, comme vous, fut victime. Mais qui vaut qu'on en garde un loyal souvenir Quand il sera parti pour ne plus revenir.

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