SCÈNE V
JANIK.
JÂNIK, seule, se redressant brusquement.
Voyons, ce que j'éprouve est maL C'est insensé.
C'est criminel. Mon Pierre est mort, mon fiancé;
Et ce n'est pas sa mort qui fait couler mes larmes.
Non, toutes mes rancœurs et toutes mes alarmes
Sont pour l'autre. Ou plutôt (je suis folle, vraiment!)
Cet autre, un étranger, il «le semble qu'il ment
Quand il dit que ce n'est pas Pierre qu'il se nomme.
Je le voyais pareil à lui, le fier jeune homme
Que j'ai fidèlement si longtemps attendu.
Comment croire, l'ayant trouvé, qu'il est perdu ?
En vain je fais effort à distinguer moi-même
L'un de l'autre. Il n'est qu'un, lui que j'aime et qui m'aime.
Tel je l'avais rêvé, tel il est revenu.
Il n'est pas mort. Il vit! Car je l'ai reconnu.
Ah! je n'ai pourtant pas une àme de parjure.
Sainte Vierge, à mes vœux je ne fais pas injure,
Et je tiens bravement tout ce que je promets,
Puisqu en l'aimant ainsi, c'est Pierre que j'aimais.