SCÈNE VI JANIK, MARIE-ANNE
MARIE-ANNE, entrant vite.
JANIK, se jetant dans les bras do sa mère.
Ma mère!
MARIE-ANNE
Il t'a tout dit, je le devine.
Oui, t(»ut.
JANIK
MARIE-ANNE
Ce pauvre Pierre! Hélas! la main divine Aura jusqu'à la fin été dure pour nous. Mais, comme dit grand-père, il faut à deux genoux. Sans se plaindre, accepter tous les maux qu'elle envoie. Bienheureux qu'on nous laisse encore cette joie D'épargner au vieillard le coup dont il mourrait I
JANIK, tristement.
Pourquoi ne m'as-tu pas confié ce secret
Tout de suite ? Pourquoi m'avoir aussi trompée?
MARIE-ANNE
Je craignais que du coup tu ne fusses frappée Toi-même. Tout cela s'est fait si brusquement! Ton bonheur fut si vif dans le premier moment! Te confier la chose alors, c'était te rendre
ste! Et le grand-père ainsi pouvait l'apprendre. Ta douleur se serait trahie à ton insu, Et lui, qui t'aime tant, s'en serait aperçu.
JANIK.
Tu crus bien faire, hélas! Et tu fis mal, ma mère. Après tant de bonheur ma peine est plus amère.
MARIE-ANNE
J'étais sûre, plus tard, doucement, à loisir, Avec des mots câlins que j'aurais su choisir. D'endormir les regrets de ton âme blessée, Comme aux jours d'autrefois où je t'ai tant bercée.
' JANIK.
Va, tes soins désormais resteront superflus. La peine que j'ai là ne s'endormira plus.
MARIE-ANNE
Ne parle pas ainsi. Peine d'amour est brève.