ACTE DEUXIÈME
JANIK.
Ah! mon amour d'hier n'était qu'amour de rêve, il m'était doux et tendre et me charmait, bien sûr; Mais il flottait coaime un nuage dans l'azur, Vague, changeant de forme aux souffles de la brise. 11 peut s'évanouir sans que mon cœur se brise. De cet amour, ainsi que d'un rêve envolé, Mon petit cœur d'enfant, tu l'aurais consolé. Mais l'amour d'aujourd'hui n'est plus la même chose. Ah! ma mère, ma mère!...
MARIE-ANNE
Eh! quoi? Parle.
JANIK, la tète sur l'épaule de sa mère.
Je n'ose.
Je me le suis déjà moi-même reproché, Cet amour; et sans doute est-ce un aflreux péché, Car j'en ai honte.
MARIE-ANNE
Allons, ma Janik, tête haute.
Tu ne peux pas avoir, mal fait.
JANIK, éclalan'.
Ah! c'est ta faute, Ma mère! Que veux-tu? J'ai cru que c'était lui, Et je l'aime à présent.
MARIE-ANNE
Qui? Jacqucmin?
JANIK.
Mais oui.
M A RIE- ANNE
Pouvais-je donc prévoir?.. Ah! je reste étonnée Que ton âme se soit aussi vite donnée?
Elle était toute à lui devant qu'il fût venu.
Je n'ai fait qu'obéir à mon serment tenu.
Il paraît. A sa vue, en mon dme indécise
Le nuage flottant prend corps et se précise.
C'est lui, c'est l'attendu, c'est le vaillant garçon
Dont parlait le grand-père et que dit la chanson.
C'est lui ! Contre son cœur mon cœur est sans^défense.
Ne sommes-nous pas l'un à l'autre dès l'enfance?
Tous mes rêves passés vivent en lui, présents,
Et je l'aime en un jour, l'aimant depuis quinze ans.
MARIE-ANNE
Pardonne-moi, Janik. J'ai manqué de prudence. C'est vrai.
Se détachant d'elle, et à part.
Mais, après tout, qui sait? La Providence A de secrets détours et ne fait rien en vain. Qui sait si ce n'est point par un ordre divin?..
Revenant à Janik.
il t'aime, n'est-ce pas?
JANIK.
J'en ai la certitude.
Il ne me l'a pas dit ; mais tout, son attitude.