‹ Le flibustier; comédie en vers, en trois actesChapitre 47 sur 58 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

PIERRE

Vingt jours.

LEGOËZ.

Oh! oh! Plus loin qu'aucun bourg de Bretagne. Alors, même du plus fin haut de la'montagne, On ne la voit pas ?

PIERRE

Qui?

LEGOËZ.

La mer.

PIERRE

Non.

LEGOËZ.

Triste endroit!

Hein, Janik?

Certe.

JANIK.

LEGOËZ.

Et quand il vente du noroit, Et que le plein du flot vient des côtes anglaises. On ne l'entend jamais saborder les falaises ?

Mais non.

PIERRE

LEGOËZ.

Et quand, avec ses pavillons flottants, Rentre au port un bateau parti depuis longtemps. On ne va pas au quai tout en joyeux tapage Voir si l'on reconnaît son gas dans l'équipage ?

PIERRE

Non, bien sûr.

J A N I K , regardant le ciel et comme se parlant à elle-même.

Et, le soir, quand le soleil descend, Où donc te mires-tu, beau nuage, en passant, Goéland fatigué qui sur Fonde sommeilles, Berçant ton ventre d'or et tes ailes vermeilles?

PIERRE, un pea ironique.

Mais, cousine, pour vos beaux nuages errants, Permettez, nous avons de grands fleuves, si grands Qu'on ne distingue rien de l'une à l'autre rive.

LEGOËZ.

Les fleuves ! Oui, je sais. Ça coule à la dérive.

Sans doute, c'est de l'eau ; de l'eau qui marche ; mais

Elle s'en va toujours et ne revient jamais.

Ce n'est pas comme ici. La marée est fidèle.

Elle a beau s'en aller au diable, on est sur d'elle.

Page 1