‹ Le flibustier; comédie en vers, en trois actesChapitre 5 sur 58 · ACTE PREMIER LEGOËZ · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER LEGOËZ

Eh ! mes filles, Parce que c'est l'usage ainsi dans les familles. Ce n'est pas à toujours respirer le même air Que l'on devient marin, c'est à humer la mer. Il faut partir enfants pour revenir des hommes.

JANIK.

VoiJà huit ans passés, grand-père, que nous sommes Sans nouvelles.

LEGOËZ.

Huit ans, belle affaire ! Huit ans !

Bah! Mais on n'en avait jamais, moi, de mon temps, Des nouvelles ! Je suis revenu tout de même.

JANIK.

Qui sait s'il pense à nous seulement et s'il m'aime?

LEGOËZ.

N'en doute pas. A quoi pourrait-il bien penser?

MARIE-ANNE

N'importe! Vous avez beau dire, à fiancer Des enfants, comme c'est parmi vous la coutume On se prépare trop d'angoisse et d'amertume. Si c'était à refaire. . . 1

J A N I K , suppliante .

Oh ! non, pas ce regret,

Ma mère.

MARIE-AÎ^NE, à Legoëz.

Mais enfin, votre gas reviendrait.

Que vous ne sauriez pas même le reconnaître.

LEGOËZ.

Aussi vrai que le jour luit par cette fenêtre, Je le reconnaîtrai, mon gas.

MARIE-ANNE

A quoi?

LEGOËZ,

Comment, A quoi? Mais à tout, certe, et rien qu'à son gréement. Pas roulant, cuir tanné, le bonnet sur l'oreille, Le...

MARIE-ANNE

Tous ces matelots sont d'allure pareille.

LEGOËZ.

L'air d'un brave à trois brins, hardi.

Tous en ont l'air.

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