‹ Le flibustier; comédie en vers, en trois actesChapitre 6 sur 58 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LEGOËZ.

L'œil clair, couleur du flot.

MARIE-ANNE

Tous ils ont cet œil clair.

LEGOËZ.

Enfin que sais-je, moi? Mais , pour le reconnaître, J'en suis sur. J aurai là quelque chose en mon être Qui me criera : C'est lui, c'est l'absent revenu !

Oui, grand-père. Car moi, qui l'ai si peu connu. Je le reconnaîtrais aussi.

LEGOËZ.

Mais oui, fillette.

MARIE-ANNE

Plus VOUS avez d'espoir et plus je m'inquiète. Si triste est le réveil quand le rêve est trop beau.

Montrant la nier.

11 en est tant resté dans ce mouvant tombeau !

JANIK.

Pourquoi toujours douter ? Pourquoi ce noir présage?

MARIE- AN NE

Mais vous êtes si fous!

LEGOEZ.

Mais vous êtes trop sage !

Et puis, vous en voulez à la mer.

MARIE-ANNE

En effet.

.Je ne puis oublier ce qu'elle nous a fait, Combien de morts déjà...

JANIK.

C'est vrai, pourtant, grand-père.

Pour lui, j'ai peur aussi, parfois.

LEGOËZ.

Espère, espère.

Saint Pierre, le patron des pêcheurs et le sien. Le pi'otège. D'ailleurs, de mémoire d'ancien, On n'a jamais ouï raconter sur la côte Que la mer au dernier d'une race ait fait faute. La mer nous le rendra.

MARIE-ANNE

La mer vous a tout pris.

Vos trois filles par elle ont perdu leurs maris. Vous aviez quatre fils; tous ont péri sur elle. Nul n'est mort dans son lit de sa mort naturelle. Cette mer, malgré tout, votre cœur la bénit. Quel cœur avez-vous donc, et fait de quel granit. Que vous lui pardonnez quand même, vous, les hommes ? Ah ! ce n'est pas ainsi, nous autres, que nous sommes.

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