‹ Le flibustier; comédie en vers, en trois actesChapitre 7 sur 58 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Mon cœur maternel, moi, rien ne l'a consolé De n'avoir plus le fils que la mer m'a volé. Et j'aurais confiance en elle? Non, aucune. Implacable, à jamais, je lui garde rancune. Car je la connais trop, la tueuse d'enfants, La gueuse !

LEGOËZ.

Taisez-vous, ma bru. Je vous défends D'injurier la mer. Janik, elle extravague ; N'écoute point. Vois-tu, quoi que fasse la vague. C'est le nom du Seigneur qu'elle chante en passant, Et quiconque l'insulte, insulte au Tout-Puissant. Que par elle on prospère ou bien que l'on pâtisse, Nul n'a le droit de mettre en doute sa justice. Tout en pleurant ceux-là que prend le goulïre amer, Ne dis jamais du mal de Dieu, ni de la mer.

MARIE-ANNE

Pardonnez-moi. J'ai trop parlé. J'ai tort, sans doute. Mais je ne puis l'aimer, puisque je la redoute.

LEGOËZ, à Janik.

Et toi, fillette ?

JANIK.

Moi, grand-père, je te croi.

Il faut payer sa dîme à la mer comme au roi. Or, tu payas ta part, et même davantage. Et la mer te redoit du bonheur en partage. Si celui qu'on espère y ti'ouvait le trépas, La mer serait injuste, et la mer ne l'est pas.

LEOOËZ.

Voilà parler I

A Marie- Anne qui hausse les épaules.

Ma bru, si cela vous chagrine, Tant pis ! Mais Janik, elle, est de race marine. Vous, vous êtes terrienne et fille de terrien ; A l'amour de la mer vous ne comprenez rien. Oui donc ! Appelez -moi vieux fou, si bon vous semble Soit ! Ma Janik et moi, nous serons fous ensemble, Et nous l'espérerons, sans nous lasser jamais, Le gas qui reviendra,

Prenant el tapotant la main de Janik.

va, je le le promets,

Chantant avec enthousiasme.

Où l'attendait sa mie,

Lon la, Où l'attendait sa mie.

JANIK, l'embrassant.

Bon grand-père!

LEGOËZ.

Qui sait ? Tandis que nous causons, Et qu'à la vieille mer vous cherchez des raisons, Qui sait s'il n'entre pas dans le port vent arrière, Le bonnet à la main, en faisant sa prière?

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