CHAPITRE
LES FONCTIONS BIOCHIMIQUES.
D: DUTOIE
22 ART Leg | Mi à s À La fonction biligénique du foie est connue de longue
date, C'est vers 1856 que Claude Bernard a découvert
sa fonction glvcogénique, qu’il considérait comme une
production spécifique de la glande. D’autres fonctions hépatiques ont été mises en évidence par la suite : uréogénie,
fonction créatininogène, fonction protéopexique, fonction uricopoïétique et uricolytique, fonction martiale, fonction ntihémorragique, fonction antitoxique, fonction antianaphylactique, fonction cétogène, fonction thermogène. N'en doutons pas : d’autres fonctions hépatiques pourront sans doute être encore découvertes dans la suite des temps, pour le plus grand tracas des malheureux étudiants et des infortunés praticiens.
N'’est-il pas possible, dans cette complexité croissante, de trouver quelque fil conducteur susceptible de fournir une vue d'ensemble, quelque peu simpliste, mais susceptible d'aider à mettre de l’ordre dans des cervelles surchargées ? C’est ce que nous allons nous efforcer de rechercher maintenant,
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Avouons tout de suite vers quel but nous tendons : montrer que dans son chimisme, le foie demeure dans le même rôle compensateur mis tout à l'heure en évidence.
I1 n’y a, comme nous le verrons, entre le foie et d’autres groupements cellulaires organiques, qu’une différence fonctionnelle quantitalive, et non qgualilalive. En d’autres termes, si le foie constitue une expression organique éminente, il ne possède aucun pouvoir qui lui soit rigoureusement spécifique : une preuve en est dans le fait que l’ablation du foie n’entraîne pas la mort immédiate de l'anime] ; il arrive dans ce cas ce qui survient lors de la suppression de tout organe tampon : la survie est fonction de la rapidité de mise en œuvre des vicariances possibles et l'opérateur qui prend soin de maintenir des vicariances artificielles, en attendant le complet rétablissement des vicariances naturelles, abaisse singulièrement la mortalité de ses sujets.
On re saurait reprocher à Claude Bernard &’avoir commis une erreur assez lourde en déclarant péremptoirement que la fonction glycogénique appartenait au seul foie. De son temps, on ne pouvait encore soupçonner que, actuellement ou potentiellement, toute cellule possède toutes les aptitudes, car l'étude des tumeurs malignes n'était pas encore entrée dans la voie où elle est à présent. On'ignorait que des cellules différenciées peuvent se diffé-
“rencier et régresser vers l’état embryonnaire, avant de
repartir vers d’autres destinées.
Faisons, pour un instant, table rase de tout ce que nous savons concernant les fonctions hépatiques et bornonsnous à observer certains faits. Le premier d’entre ceux qui viennent fortement retenir notre attention, encore que nous n'avons pu mettre la main sur des commentaires publiés à son sujet, c’est celui du développement remarquablement
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> précoce et. important, du foie chez l'embryon. On
= fournit bien à ce sujet des données pondérales que
= nous avons. reproduites antérieurement, Mais, concernant le fait lui-même, rien... Je moins que l’on puisse dire, cependant, c'est que tout se passe comme si le foie remplissait quelque rôle éminent, non encore reconnu ni élucidé, dans la croissance embryonnaire ou, peut-être mieux encore, dans son contrôle structural. Nous nous fortilierons dans cette pensée en nous rappelant que l'enfant, aux deux grandes époques du remaniement de sa structure corporelle (7 ans et 13-15 ans) présente tous les signes d'une modification de son rvthme hépatique normal : le teint devient plus blême et des taches de Jentigo font leur apparition sur la face. On estime volontiers que, si les enfants pâlissent dans ces périodes de croissance accélérée, cela tient à la fatigue organique qu'ils éprouvent du fait de leur augmentation de taille et de poids. Pour que cette explication fût valable, il serait nécessaire que la modification du teint suivit l’accroissement somatique : or, l'observation montre que c’est le contraire qui se produit. il semble donc bien que l'enfant grandisse sous le couvert de sa pâleur, celle-ci étant déterminée par un changement dans le comportement normal de sa glande hépatique.
Nous pouvons rapprocher de ce fait les manifestations cutanées, principalement de la face, chez les femmes gravides : Ilà encore l'insuffisance hépatique passagère se manifeste lors d’une multiplication cellulaire ; le foie ne se dérive-t-il pas de son travail habituel parce qu'il en a un autre à accomplir ?
Nous pourrions également citer cet autre fait, maintes fois observé par nous, et qu'il nous étonne de n'avoir vu signalé par aucun cancérologue : il arrive
fréquemment qu’au niveau d’une tumeur interne, apparaissent sur les téguments des taches de lentigo, non plus de la taille de grains de son comme chez les enfants, mais de la taille d’une pièce de deux francs ou plus étendues encore. Mais ici, une question se pose : ces taches proviennent d’un vice de la fonction hépatique, ou bien sont-elles une production endogène de la tumeur ? Les idées que nous défendons en ce moment ne se trouveront modifiées, quelle que soit l'hypothèse retenue, en attendant une vérification plus précise. Toutefois, les taches auxquelles nous faisons allusion pouvant parfois faire leur apparition dans des régions assez éloignées de la tumeur, les raisons de mettre directement en cause dans l'apparition de la pigmentation s'en trouvent assez sérieusement réduites. Et n'oublions pas de mentionner que notre observation ne se rapporte pas à des tumeurs mélaniques, mais à des tumeurs très variées, telles que safcomes de la cuisse ou cancers du rectum.
Il paraît donc à peu près acquis que le foie remplit
une mission, sans doute très importante, d’abord dans l'édification de la structure de l'animal, ensuite dans l’entretien de cette même structure, entretien qui est nécessaire pour la maintenir aussi longtemps que possible dans la morphologie acquise à l’âge adulte.
Un autre fait à ne pas perdre de vue, si l’on aisément pénétrer dans le mécanisme intime de ce qui se passe dans la glande hépatique, c’est que tout travail cellulaire ne tarde pas à être bloqué par sa propre production si le jeu des émonctions ne vient pas débarrasser le territoire fonctionnel des substances qui y ont été enuendrées. C’est là une loi générale, formulée en premier lieu, au sujet des réactions chimiques, par Berthollet, et dont la loi de Vant’hof et Le Châtelier n’est qu'une autre
PI aie v à» dir di lé mets
e expression. Elle domine réglage de tous les métabo- lismes cellulaires et se nie par cet autre fait que,
dans les organismes supérieurs, tout comme dans une
industrie bien réglée, les déchets sont repris pour d° autres
utilisations. Ainsi en est-il du déchet thermique, dans l'ordre physique, et de l’excretum acide lactique, dans
l’ordre chimique, pour ne citer que ces deux exemples. L :
N'oublions pas, enfin, que, dans la série animale,
toute organisation supérieure est caractérisée par une
symbiose d’éléments anaérobies et d'éléments aérobies. Pressenti par A. Gautier, qui a établi que les processus d’hydratation, dans la désintégration des édifices moléculaires, précédaient toujours les processus oxyaatifs, ce fait a été mis en lumière par Laville qui a montré l'existence d’un équilibre organique aéro-anaérobie.
Ces notions étant rappelées, nous sommes maintenant en mesure d’aborder l’étude du chimisme du foie.
FONCTION GLYCOGÉNIQUE
L'alimentation fournit à l'organisme des substances ternaires (sucres, matières amylacées, graisses) et des substances quaternaires (protéines). Les ferments digestifs procèdent au clivage des grosses molécules albuminoïdes, et c’est sous forme de peptones et d'acides aminés que les corps azotés parviennent à la glan-hépatique, par l'intermédiaire de la veine porte.
Du mélange nutritif qu'il reçoit, transporté par le sang veineux, le foie tire un parti merveilleux. Fonction-
nant comme un laboratoire chimique parfaitement organisé, il se livre à un processus complexe d’hydratations, de dédoublements, d’oxvdo-réductions dont nous n’arrivons guère à saisir que les termes ultimes, Si certains points
donnent encore lieu à discussions, il en est d’autres qi semblent bien acquis, et c'est seulement sur ces derniers que nous appuierons nos remarques. SA
Le foie normal arrête au passage les Are amy lacées et sucrées, ainsi que la majeure partie des matières azotées. Par simple déshydratation, le glucose est transformé en glycogène. L’hydrolyse des amylacés, produite dans un milieu de pH approprié (faiblement acide), fournit des sucres aisément producteurs de glycogène, Ceux des corps quaternaires qui sont retenus produisent, par hydrolyse suivie de désamination, du glycogène et une faible proportion de graisses, d’une part, de l'anhydride carbonique, de l’ammoniac (l'un et l’autre labiles) et de l’urée (stable), d'autre part. Le glycogêne est conservé par le foie ; l’urée est partiellement éliminée. Normalement, les graisses le sont aussi. $
Cette phase de désintégration chimique est suivie d'une phase d'intégration ou de synthèse, au cours de laquelle sont élaborées de nouvelles substances protéiques, nécessaires à l'entretien de la substance de l'individu. A quel besoin de l'organisme répond cette démolition, suivie d’une reconstruction moléculaire ? Tous les auteurs sont d'accord pour considérer que la dislocation des protéines permet aux acides animés formés de se recombiner selon un nouveau plan et de fournir les albuminoïdes propres à l'espèce animale, et sans doute à l'individu même, qui doit les utiliser. Spécificité plus ou moins efficace
Remarquons, en passant, que la grosse difficulté, pour le physiologiste comme pour le clinicien, réside dans le fait ile saisir, dans sa pureté et dans sa sim plicité, une réaction principale. Cette dernière, qui est fort souvent réversible, est soumise à la loi d'action des masses, ou des
| concentrations, et ne vers un équilibre où la réaction contraire se produit. De plus, de telles réactions se produisent dans un milieu complexe où des réactions secondaires sont susceptibles de naître, de telle sorte qu’autour de la réaction principale, et en tenant compte de cet autre fait que les éliminations ne sont pas instantanées, on reconuaît la présence de quantité de corps survenus à l’état épisodique et cependant susceptibles ie masquer le phénomène primordial. £ Le fait à retenir, pour l'instant, est que le foie élabore du glycogène à partir des éléments nutritifs qui lui sont “apportés par la circulation porte et que ce faisant, il paraît exercer un contrôle sur le taux de la glycemie. Chez l'individu normal], ce taux est, en effet, remarquable par sa constance. Claude Bernard a montré qu’en régime carnivore, le sang sus-hépatique est plus glucosé que celui de la veine porte, alors qu’en régime herbivore et glucosé, le sang sus-hépatique est sensiblement à glycémie normale. Le foie abandonne done du sucre à l'organisme quand l’alimentation n’en fournit pas suffisamment, mais il en arrête l'excès, empêchant ainsi la diffusion par le rein. Chauveau a montré, de son côté, que le sang veineux renferme moins de glucose que le sang hépatique, c’està-dire que le sang abandonne une certaine quantité de sucre aux tissus. L’excitation du vague et du plexus cœæliaque diminue le glycogène hépatique et augmente le glucose circulant. De même l’asphyxie, probablement en empêchant la reconstitution du glucose par oxydation de l'acide lactique engendré par le travail musculaire, déclenche la mobilisation en sucre d’une portion du glycogène hépatique.
L'ingestion de graisses n’augmente pas la réserve glycogénique : ce sont les réserves adipeuses qui se
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À ; * ; PS surchargent et sont susceptibles, dans les périodes de jeûne, de fournir du glÿcogène au foie. à :
De tous les faits que nous venons d’énumérer, il ressort clairement que, quant à sa fonction glycogénique, le foie joue un rôle éminent de compensalion ou, plus exactement encore, directeur des compensations nécessaires, dans l’ordre chimique, à un organisme pour qu'il ne subisse pas trop immédiatement les variations que comportent les discontinuités et les aléas de régime. Et nous saisissons également que si le glycogène est un régulateur, un tampon, un amortisseur pour les oscillations de faible amplitude, les graisses en constituent un pour celles de plus grande amplitude. Cet amortissement à deux degrés, avec toute la souplesse possible de son fonctionnement, représente un précieux moven de défense organique et de durée.
Nous sommes maintenant en mesure de pénétrer un peu plus avant dans ja signification de la fonction glycogénique. La constance de la glycémie et de son indépendance vis-à-vis du régime est un fait capital et qui a frappé de nombreux auteurs. Nous en avons compris le mécanisme, Peut-être pouvons-nous nous risquer à en expliquer la raison profonde : les actions destructrices se situent, pour un individu, à ces deux pôles opposés que sont la carence et la pléthore ; tout l’art de vivre est de naviguer entre ces deux écueils, et le jeu des tampons physiologiques est de réduire les chances d’échour sur l’un ou sur l’autre. Il en va de même dans l’ordre biochimique, où Ja rapidité de la réaction peut être aussi nuisible que sa lenteur à l'obtention d’un résultat donné. Il y a toujours un optimum à réaliser pour arriver au meilleur rendement : c’est ainsi, par exemple, que les oxydations très rapides de certains métaux revêtent leur surface d’une
ES
; couche solar. empêchant toute action ultérieure de se se produire, alors qu’une oxydation ménagée est susceptible d'atteindre toute la masse du métal. Les oxydes constituent des écrans de tout premier ordre contre les oxydations destructrices et la physiologie nous en offre maints exemples dans le comportement de certains pigments, Les sucres qui alimentent l’énergétique du vivant, obéissent certainement à une loi analogue ; ils ne peuvent fournir leur plein effet qu'à une certaine concentration correspondant à un effort gradatif, au développement d’une force explosive, mais non brisante, en rapport avec les mécanismes cellulaires susceptibles de l'utiliser. Quant au glycogène, nous pouvons dire qu'il est au glucose ce que la dynamite est à la nitrocellulose : un explosif stabilisé. Nous situerons mieux encore, sous le triple rapport a chimique, énergétique, biologique, la fonction du glycogène, si nous rappelons que la cellulose, cette armature végétale, est un polymère de l’amidon, et donc du glycogène, fournissant à l’industrie ces explosifs puissants
que sont les nitrocelluloses.
A. Brault, qui a fait une étude magistrale du glycogène et de son rôle dans toute la série animale et végétale. conclut en ces termes : « Le glycogène accompagne très exactement les foyers de suractivité vitale » C’est pourquoi, contrairement à l’opinion de CI Bernard, la fonction glycogénique n'appartient pas en propre à la glande hépatique : le muscle, les leucocytes, le revêtement cutané externe chez le fœtus sont riches en glycogène. Les champignons, qui naissent sur les détritus organiques en voie de décomposition et de putréfaction, les bactériacées qui vivent sur les matières animales ou végétales en fermentation (fruits, pain, excréments, urines, etc.), les cestodes et nématodes qui parasitent l’homme et les
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animaux, tous montrent une présence de glycogène d'autant plus affirmée que leur développement est plus rapide. | ;
Peut-être pouvons nous maintenant pénétrer un peu plus intimement encore la raison d’être de la fonction glycogénique, par le rapprochement de certains faits. Etudiant le régime des cardiaques et la nutrition du cœur, M. Loeper et A. Lemaire considèrent que glycogène et glucose sont les deux termes les plus définis d’une sorte de balancement chimique qui précède et déclenche la contraction mécanique du cœur. Le glycogène, aliment d'épargne, et le glucose, aliment de consommation, sont en constante transformation réciproque par suite d’une double action réversible, dont l’une sera possible en anérobiose et l’autre exigera l’aérobiose. Notion qui nous permet d'apprécier le rôle régulateur de la glycogénèse dans cet équilibre aéro-anaérobie auquel nous avons précédemment fait allusion. Si nous songeons à cet autre fait que, du glucose provenant de l’hydrolyse du glucogène par le tissu hépatique, une très faible part seulement, environ deux pour mille, est abandonnée à la circulation sus-hépatique, nous sommes presque dans l'obligation de conclure que là où s’accumule le glycogène, c’est pour être consommé sur place, pensée qui se trouvera renforcés par cette autre constatation que, somme toute, le glycogène hépatique ne représente guère que le tiers de la masse totale de cette substance dans l’organisme pris en entier- De là à soupçonner que le passage du glucose par l’intermédiaire glycogène est déterminé par la nécessité, pour un organisme, d'obtenir, pour ses besoins énergétiques, un glucose naissant et ac/if, alors que le glucose circulant serait un simple glucose stable et passii, il n’y a qu’un pas. Nous hésitons d’autant moins à le franchir que notre
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igne à au “ue N. coass & des « sucres instables » : oxvdabilité plus. facile, hydrolyse extrêmement aisée, faculté de polymérisation très développée et, le plus sou- vent, changement de signe optique dans le passage de la forme instable à la forme normale. Ne sont-ce pas là des caractères éminemment appropriés au travail biologique et qu’on croirait créés spécialement pour les besoins de la cause ?
L'occasion d'utiliser de telles &onnées ne tardera pas à naître dans la suite de notre exposé.
FONCTION BILIGÉNIQUE
Le foie élabore la bile, solution aqueuse dont la composition chimique varie dans d’assez larges limites. Elle contient : des sels solubles et insolubles, de Ia mucien, du cholestérol, de la lécithine, des acides gras et savons, des acides biliaires (sous forme de sels de soude : taurocholate et glycocholate), des graisses et des pigments. La bile hépatique se déshydrate et se concentre dans la vésicule biliaire.
Quelle ‘est l’origine de la bile ? C’est ce que nous:
allons résumer rapidement, en examinant tout à tour chacun des éléments de sa composition.
Chobestérol. — Le métabolisme du cholestérol est encore peu connu, encore qu'il ait donné lieu à d’assez nombreux travaux en ces derniers temps. Du point de vue de la production du cholestérol, le foie ne joue pas un rôle plus important que les autres glandes (rate, surrénales, ovaires, glandes génitales mâles, corps thyroïde), que le système réticulo-endothélial, les tissus nerveux et les
drganes d'origine ectodermique. Le rôle du cholestéro!t dans le régime de la circulation de l’eau et la nutrition des tissus, son rôle antitoxique, les relations de la cholestérolémie et des reactions pathologiques de l'organisme humain assignent à ce lipoïde non azoté une place de premier plan aux yeux du elinicien et du thérapeute.
E. Chabrol et M. Cachin, qui ont étudié particulièrement les rapports de l’émonctoire hépato-biliaire et de la cholestérolémie ‘concluent, devant l'incertitude des résultats obtenus, qu'il est plus simple et plus rigoureux pour l'instant, de doser la bilirubine du sang que d° ue roger le cholestérol. Par contre, Guy Laroche et A. Grigaut estiment que la diminution du rapport des esters du cholestérol par rapport au cholestérol total est l'indice d’une insuffisance hépatique. D’après ces auteurs, si le foie n’est pas le régulateur unique de la cholestérolémie, il y joue un rôle principal, par sa fonction de lipopexie et de byse du cholestérol en sels biliaires.
Les récents travaux de Roffo, concernant la cancérisation par les ravons solaires apportent quelques lueurs nouvelles dans éette obscure question du eholestérol. L'insolation provoque une hypercholestéréolémie locale, précédant toute manifestation histologique. Le cholestérol se comporte alors comme une sorte de catalyseur des rayons lumineux ; il devient photo-actif et ionise le milieu ambiant; il s'oxyde, en même temps que son novau tétracyclique s’estérilie et il donne naissance à un carbure fluorescent du type anthracénique, de la même famille que tous les agents cancérigènes. Un tel processus est entravé par la présence de certains pigments et c’est ainsi que la cholestérolémie sous-cutanée chez le nègre se tient dans des limites qui ne représentent pas le dixième de ce qu’elle est chez le blanc.
Ta permanence, d’ ailleurs individuelle du taux # so sanguin, est remarquable. Elle est __ parallèle, chez le sujet: normal, à celle de la glycémie ou
à 4e Ja bilirubunémie, mais les donnés actuelles ne permettent pas encore de interpréter avec quelque certitude.
Tout au plus, pouvons-nous soupconner que le cholestérol Pa remplit dans l'organisme une fonction amphotère, donc ie révulatrice, et que cette Jonction concerne plus particulièrement l'édification des structures cellulaires, ainsi que
nous l'indique sa présence en excédent dans les tissus en
z voie de cancérisation ou dans les foyers athéromateux. | Il a été, par ailleurs, remarqué que les états dépressifs
. correspondent à une cholestérolémie inférieure à la nu normale, alors que le contraire a lieu dans les états d’exci- ù:
tation.
= Le surplus du cholestérol organique, qui semble bien
plus provenir d’une formation endogène que d’un apport
exogène alimentaire, est réduit dans l'intestin et entraîné
par les matières sous forme de coprostérol. à Acides el pigments biliairrs. — Les acides biliaires È
paraissent provenir des albuminoïdes libérés par la des-
truction des globules rouges sanguins et se présentent >
sous forme de sels sodés dont le dédoublement, par hydra-
tation, donne le seul acide cholalique, non azoté et proche
parent du cholestérol, d’une part, et de l’urée, d’autre
part. Ces produits sont formés par la cellule hépatique
tubulée et collectés par les conduits biliaires. Par contre,
les pigments biliaires, dont le principal est constitué
par la bilirubine, ne semblent pas, contrairement à l'opinion
autrefois admise, être d’origine purement hépatique.
Comme les acides biliaires, la bilirubine trouve son origine
dans le pigment sanguin (hématine), dont elle provient, par
hydratation, en présence du glucose et par extraction du fer,
Pour Drouet, les pigments biliaires ont une origine
splénique principale et N. Fiessinger attribue une fonction bilirubinigénique à la rate. Or, la rate n’étant qu’une expression accentuée du système réticulo-endothélial, cela revient à dire que la fonction dilirubigénique est d'ordre organique général. De fait, la bilirubine peut se produire dans d’autres tissus que ceux du foie ou de la rate, par exemple dans des fovers hémorragiques. C'était déjà l'opinion de Gilbert qu'il y a une cholémie normale et qu'une certaine quantité de hbilirubine se trouve transportée au foie par le courant sanguin. Il est possible que
le parenchyme hépatique manifeste plus de puissance ou plus de rapidité dans la formation de la bilirubine à
partir de l’hématine. il est possible, également, — et : 2 l’analocie de constitution chimique des deux substances
autorise à le penser, —- que le foie transforme en bilirubine
la chlorophvlle d'origine alimentaire. L'avenir, seul, éclaircira définitivement ces points de détail.
On considère assez généralement que la sécrétion biliaire est purement excrémentitielle et que le foie se présente ainsi comme une grande voie d’émonction. C’est ici l’occasion de rappeler ce que nous avons antérieurement dit de l’utilisation de ses excreta par un organisme vivant, utilisation d’autant plus poussée que l'organisme est plus près de la perfection. Dans toutes ses fonctions, le foie nous montre d’admirables exemples d'application de ce principe et, à notre avis, la sécrétion biliaire n'échappe pas à la règle.
En effet, si, chez les doloris, par exemple, les voies biliaires s’ouvrent au voisinage immédiat de l’anus, on sait qu'il n’en est pas de même chez les grands mammifères et, en particulier, chez l'homme. Nos voies biliaires débouchent dans le duodénum, de telle sorte que, dans
£ { RE à 1 i ses nn nt Ce, 8e Me CHR ANSE
S Je ractus digestif, le foie vient déverser en amont, après les avoir remaniés, des matériaux qu'il a puisés en aval par cp intermédiaire du système poste. Cette remarque a conduit à la mise en valeur d’une sorte de « circulation entéro-hépatique » dont l’un des buts serait de remanicr secondairement des substances déjà traitées lors de leurpremier passage à travers la glande, La chimie nous offre des exemples de ces traitements par épuisement.
Or si, normalement, les pigments bhiliaires finissent par être éliminés avec les féces, qui en tirent leur coloration principale, nous nous trouvons cependant devant un fait d’une certaine importance : la quasi constance du taux de la bilirubinémie individuelle. Un tel fait comporte assurément une signilication et probablement celle-ci : la bilirubine possède un rôle physiolopique. Nous ne croyons pas trop nous avancer en précisant que ce rôle est une fonction anlioxygéne, c’est-à-dire une fonction de réqlae de l'équilibre aéro-anaér'bie.
= Les faits correborent cette opinion : les pigments biliaires injectés dans le sang produisent un effet hypothermique net (Bouchard, Charrin, Carnot), coïncidant avec une accélération de la respiration, ralentissement du cœur, apathie; Gansdau, opérant sur 142 sujets, conclut nettement que le sang des asthéniques se trouve plus riche en bilirubine que le sang des hypersthéniques ; U. de Castro, étudiant la réaction de la hilirubine, remarque, sans se l'expliquer, le retard introduit par ia présence d’hémoglobine. Une action antioxygène Ge la bilirubine explique avec simplicité toutes ces constatations. Nous en apporterons une autre. à la suite des nombhreuses observations que nous avons faites sur la pigmentation des sujets qui prennent des bains de soleil : après une
réaction d’érythème, à apparition plus on moins rapide,
plus ou moins marquée, plus ou moins durable, les patients prennent une teinte jaunâfre, comparable à celle d’un
ictère hémolvtique léger, puis, par oxydation ménagée,
Je jaune vire petit à petit vers une teinte brunâtre. Il est curieux de constater que les auteurs ayant publié sur
la question du noircissement au soleil se sont uniquement
préoccupés du comportement des cellules mélanophores de la couche basale et ont attribué uniquement le noircissement à la mélanine, ce qui est tout à fait inexact. La vérité est, comme l’a montré Laville, qu’à toute excitation, notre organisme fournit deux réponses physiologiques, dont l’une est de l’ordre aérobie et l’autre de l'ordre anaérobie; la première est rapide, sans puissance et fugace, tandis que la seconde est lente, puissante et durable. Il semble bien que la seconde s’installe à l'abri de la première, celle-ci venant parer au plus pressé. Ainsi en est-il du noircissement au soleil qui comporte normalement deux phases : brunissement de nature dilirubinique, bleuissement foncé de nature mélanique. Le premier disparaît à l’automne, le second peut durer plusieurs mois, voire même plusieurs années.
Pour en terminer très rapidement avec cette question, très grosse de conséquences physiologiques, cliniques, thérapeutiques, mais qui risquerait de nous entraîner hors du cadre que nous nous sommes fixé ici, remarquons que Roffo, dans ses études sur les cancers cutanés d'origine solaire a opéré sur des rats blanes. Chez ces animaux, qui présentent un pH cutane franchement dévié vers l’alcalinité, la bilirubine extravasée est dissoute et éliminée ; ainsi se trouve rompu l’équilibre entre l’action antioxygène bilirubinique et l’action oxydasique antagoniste du cholestérol, au profit de cette dernière, D’où naît une exubérance
Ne RE ESA ; Tate \ u fonctionnement cellulaire périphérique et la possibilité ‘apparition des’ néoformations.
. Remarquons enfin que l'existence d’une bilirubine dissimulée, admise par les uns et niée par les autres, f __ trouve son explication dans les lignes précédentes : le QE retard qui peut se manifester dans la réaction de Van le den Rergh est sans doute dû au mélange de pigment frais / . et de pigment en voie d’oxvdation.
4 Signalons, en terminant, que l'ougerat de David de Lastours a étudié une saturation pigmentaire cutanée, s’accompagnant de phénomènes bio-chimico-énergétiques puissants au sein des tissus et stabilisant la Lension sanguine vers 12 em. de Hg pour la maxima et 6 pour la minima ce qui montre tout l'intérêt s’attachant à de telles recherches.
es Fer el foncliün marliale, -- Le fer présent dans le foie provient de deux sources principales : alimentation, d'une part, et dédoublement de l’hématine sanguine en bilirubine et fer, d’autre part. Economie et durée de fonctionnement par récupération des déchets, c'est ce que nous QE trouvons encore ici, complété par un rôle stabilisateur :
de la glande hépatique. L’excédent ferreux est éliminé #4 principalement par la voie intestinale, accessoirement
= ÿ par l'urine. ete
Uréopaièse. — La principale source de l’urée de l'organisme réside dans la lyse des protéines. Lorsque ces substances sont hydrolysées et désaminées, la formation 2 d'hydrates de carbone est complétée par une production ammoniacale qui, en présence d’anhydride carbonique, fournit l’urée par déshydratation. Certains auteurs pensent que des oxydations interviennent dans ce processus ; nous pensons que cela est peu probable et que
vention prématurée, ou trop accusée, de l'oxygène dans
le cycle de désintégration des protéines semblerait, au
contraire, entraver la production normale d’urée et dévier la lyse vers la production d’acide urique : il est remarquable que ce sont les animaux chez lesquels les oxvdations sont maintenues à un taux élevé, les oiseaux, par exemple, qui excrètent normalement de l'acide urique. Et, chez l’homme, —- sans attacher à cette constatation plus d'importance qu’elle n'en mérite, —- il est manifeste que la diathèse urique fait surtout son pparton chez les grands « respiratoires ».
L'urée est un corps stable, éliminé par le rein. Du point de vue électronique, elle est homologue à CO2 x H20 (32 électrons l’un et l’autre) et il se pourrait qu'il existât un nouvel équilibre aéro/anaérobie entre l’émonctoire pulmonaire et l’émonctoire rénal.
L’urée est un produit constant des grands métabolismes cellulaires, en particulier de celui du muscle, On ne peut donc attribuer au foie, ici encore, une fonction spécifique ; tout au plus, doit-on considérer que le foie est un grand producteur d’urée. Sa suppression chez les animaux d'expérience, son insuffisance notoire chez les diabétiques laissent apparaître, en place d'urée, de l’ammoniaque qui est éliminée par les urines, parallèlement à la formation de substances ternaires. Notons d’ailleurs que, dans le dernier cas, l’acidose des patients se trouve compensée dans une certaine mesure par la production ammoniacale.
Rôle de la bile. — De tout ce que nous venons de dire, il résulte nettement que le fait essentiel de la sécrétion biliaire n’est pas sans émonction, tout au moins chez l'homme el les grands mammifères. La bile possède une
la production d’urée est purement anaérobie. L’inter-
M dut nt ARR
= bhez réa ‘animaux dé “expérience à survient dans un délai plus où moins rapide, alors que
nt excrétion de la bile est totale et immédiate, Il est peu
prohable que les réactions de cette dérivation biliaire sur l’assimilation des graisses, sur l’antisepsie Intestinale ou sur la fonction excito-motrice du revêtement interne entérique puissent être rendues responsables des décès constatés. Il est peu probable également que l’action de cette dérivation sur le métabolisme du calcium, action constatée radiographiquement sur l’ossature des sujcts d'expérience, action très marquée mais dont les effets ne peuvent se faire sentir qu’à longue échéance, puisse être mise en cause. Nous ne trouvons donc qu’une réponse à la question posée : trouble profond de l'équilibre aéroanaérobie par surodxydation tissulaire, conséquence de la carence de l’action antioxveène bilirubinique, ce qui tend une fois de plus à mettre en évidence le rôle éminemment régulateur de la grande hépatique et de ses annexes, cholédoque et vésicule biliaire.
Nous ne pouvons terminer sans rappeler ces faits
connus : la section des splanchniques, qui détermine une
vaso-dilatation abdominale et entraîne, de ce fait, une augmentation de la pression porte, conduit à un accroissement de production bhiliaire; l'excitation des splanchniques entraîne l'inverse, par compression porte.
FONCTION ANTITOXIQUE
Les travaux de nombreux auteurs, à la suite de Roger, ont établi et confirmé ceci : c’est dans leur transit porte- -hépatique que les poisons de diverses provenances (autogène, hétérogène, microbienne) sont neutralisées. Sato et l’école japonaise ont isolé et étudié un principe antitoxique,
à fistule biliaire, la vas