Paul Sébillot. Légendes locales, t. II, p. S
légende se forma, vraisemblablement par besoin d’explication, quelque temps après la découverte. Il est de tradition dans le pays de Plédran que l’enceinte vitrifiée de Pôran fut brûlée, et que 1 incendie dura sept ans ‘.Au XVIIe siècle, on attribuait à une sorte de miracle certaines ruptures d’une célèbre construction romaine : on voit plusieurs grosses pierres de l’Amphithéâtre de Nismes qui sont fendues, et on dit que cela arriva du temps que Notre-Seigneur souffrit la mort pour le salut du Genre humain 2.
Ainsi que les diverses circonstances du monde physique, dont la grandeur ou l'étrangeté sont propres à frapper l’imagination, les débris des monuments antiques sont, à certaines heures, le rendez-vous de personnages surnaturels ou diaboliques, qui y accomplissent des actes, tantôt gracieux, tantôt répugnants ou terribles. Quelquefois l’on n’est pas bien fixé sur leur nature, et il semble qu’on les suppose hantés par des êtres qui appartiennent à toutes les catégories du fantastique ; c’est ainsi que le Touroun dons Mourous, le ballon des Maures, vaste camp maure à Lay-Lamidou, en Béarn, est à la fois le séjour des fées, des sorcières et des loups-garous3. Tous les ans, à la pleine lune de septembre, des fées tiennent une grande foire dans la cité de Limes, dont l’origine gauloise semble démontrée : celui qui la traversant laisse ses yeux se fixer sur les précieuses marchandises qu’elles étalent sur le gazon ne peut plus continuer son chemin ; les belles fées vêtues de belles robes blanches l’entraînent, le caressent, il oublie les heures, et il est peu à peu entraîné à l’autre bout de la cité, au bord de la falaise, d’où la fée perfide le précipite en riant dans la mer4.
Le folk-lore des débris de l’antiquité est sensiblement pareil à celui des constructions plus modernes, inhabitées et ruinées, et les mêmes personnages fantastiques s’y meuventdans des circonstancesanalogues: un souterrain qui part d’un beau fragment romain appelé tour du Haut-Bécherel, va aboutir au bourg de Corseul (Côtes-du-Nord), à un kilomètre de là, suivant d’autres, au château de Montafilant, qui en est beaucoup plus éloigné. En voici la preuve, d'après les gens du pays : il y a quelques années, une bonne femme qui demeurait auprès de la tour, perdit son cochon et le chercha pendant deux jours. Pendant ce temps, les habitants d’une ferme du voisinage étaient très effrayés d’entendre sous leur foyer des grognements sourds ; ils coururent chercher un prêtre pour chasser le lutin ou le diable qui les troublait