L. Vitet. Histoire de Dieppe , p
LES MONUMENTS ANTIQUES
ainsi. Celui-ci entendit le bruit, et conseilla de creuser une ouverture sous le foyer. Lorsqu’elle eut été faite, on découvrit le cochon de la bonne femme, qui était probablement tombé dans une fissure communiquant avec le souterrain. On n'a pas continué les fouilles ; mais les paysans content qu’entre le Haut-Bécberel et Corseul, il y a une ville souterraine dont les maisons sont en or; elle est habitée par le diable qui y mène joyeuse vie. Un peu plus loin, un endroit s'appelle la Ville-Dé, parce que, dit-on, Dieu avait là jadis une ville à lui. C’est pour lui faire la nique que le démon a bâti sa ville souterraine, d’où partent d’étranges bruits; parfois, on voit des dames blanches qui viennent se baigner à l’étang ou y laver leur linge ; ce sont les « femmes à Satan » qui sortent de sa ville pour venir sur la terre L En Franche- Comté existe aussi la tradition d'une cité appelée la Ville d’Or à Osselles, où des ouvriers trouvèrent, dit-on, dans une cavité, un trésor considérable 1 2.
A la fin du XVIIP siècle on faisait mille contes sur le souterrain de Carhaix, qui n’est autre qu’un ancien aqueduc ; c’était la demeure des démons, et une retraite où les hommes se reliraient à l’approche de l’ennemi. Ceux qui prétendaient l'avoir examiné jadis ou racontaient ce qu’ils tenaient de leurs pères, déclaraient qu’on y voyait de grandes portes de fer 3. L’amphithéâtre romain de Grohan près Angers fut totalement détruit pour y bâtir une église et un couvent, parce qu’on disait qu’il y revenait 4 . Les ruines du Palais Gallien à Bordeaux ont longtemps passé pour être un des rendez-vous diaboliques où les sorciers et les sorcières exécutaient, la nuit, des danses échevelées; au XVIIe siècle, une femme avoua au juge qu'elle allait au sabbat au carrefour du Palais Galienne, qui en était voisin 5 6.
Les excavations pratiquées sous terre à des époques qu’il n’est pas toujours facile de déterminer, mais dont plusieurs semblent fort reculées, portent le nom de Traucs (trous), dans presque toute l'étendue du bassin sous-pyrénéen. Le vulgaire y voit des souterrains destinés à cacher des richesses ou à protéger les personnes en temps de troubles ou de guerres. On raconte que le Trauc de l’Anglès, commune de Villefranche, fut creusé pour échapper aux Anglais, que le premier qui y pénétra rencontra un squelette tenant à la main un vase à boire, et qu’il existait un souterrain aboutissant à la plaine de Villefranche, distante d'environ deux kilomètres0. Le souterrain-refuge de Monbon à