Jean Fleury. Litt. orale de la Basse-Normandie , p
LES ÉGLISES
le trouver pendant qu’il était à table, le terrain qu’il réussirait à délimiter avec son bâton pendant la fin du repas 1 . Lorsque le comte Even eut concédé à saint Goulven autant de terre qu’il pourrait en cernoyer en un jour en marchant, à mesure qu’il s’avançait, la terre s'élevait à ses talons comme un fossé2.
La légende qui suit se rattache plus directement à la délimitation par le simple parcours; elle sert à expliquer les dimensions inégales de plusieurs paroisses des environs de Montfort (Ille-et-Vilaine). Il fut dit à saint Eloi d’Iffendic, à saint Maugan, à saint Uniac, à saint Ouem à saint Méen, à saint Maurice de Montauban : « Votre paroisse sera formée du terrain dont vous ferez le tour dans le même temps. » Saint Eloi qui courait merveilleusement eut la plus grande paroisse 3 4. Clovis ayant accordé à saint Rémi toute l'étendue qu'il aurait réussi à parcourir pendant que le roi ferait sa sieste, le saint se mit en campagne et marqua les limites par des signes ; le roi à son réveil lui garantit tout le pays compris dans le cercle de sa tournée L Saint Arnec fit don à son oncle saint Guinien de tout le terrain qu’il visiterait pendant son sommeil. Le saint prit un cheval, monta sur la tour de l'église de saint Eloi, d’où prenant son essor, il parcourut en l’air tout l'évêché, si bien qu’à son réveil, saint Arnec fut obligé de le céder en entier à saint Guinien5. Le seigneur de Landeleau ayant proposé à saint Teilo, pour sa paroisse, le territoire qu'il pourrait parcourir du coucher du soleil au chant du coq, le bienheureux monta sur un cerf, et eut ainsi une belle étendue de terrain 6. Ces saints bretons semblent avoir usé d'une supercherie que leur bienfaiteur n'avait pas prévue ; mais parfois le donataire est autorisé à se servir d’une monture ; c’est ainsi que Charlemagne aurait concédé à la Vierge, pour l’abbaye de la Grasse (Aude), tout le terrain qu’une mule pourrait circonscrire en un jour7. Lorsque le roi de France, pour remercier saint Léonard d’avoir contribué à l’heureuse délivrance de la reine qui s’était trouvée en mal d'enfant dans la forêt de Limoges, voulut la lui céder, le saint répondit : « Je ne la veux pas toute, mais seulement la partie dont je puis faire le tour, la nuit, monté sur mon âne 8. »
Dans plusieurs légendes étrangères, la concession s'étend aussi loin que porte le son d’un instrument ; elle est fort rare dans celles de