Elvire de Cerny, in Rev. des Trad. pop., t. XIV, p
2. Aldus Ledieu. Le Blason pop. de la Picardie , t. I, p. 41-42.
3. C. Fraysse, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 188 ; A. Harou, ibid., t. XIV, p. 114; Paul Sébil Lot . Gargantua, p. 154-155, 50-51 ; cette église a été récemment rebâtie. A. Harou. Le Folk-Lore de Godarville, p. 135.
4. Clément-Janin. Sobriquets de la Côte-d’Or , Dijon, p. 29-30.
LES ÉGLISES
chée à son sein, et de ses doigts s’échappait un fuseau qui dévalait lentement sur la pente ardoisée, et remontait pour redescendre encore ; quelques notes, tantôt lugubres, tantôt gaies arrivaient affaiblies à l’oreille du passant. A Guernesey les vieilles filles sont condamnées à rapetasser éternellement, assisses sur le clocher, les chausses usées des célibataires. Au Crocq dans la Creuse, une flamme bleue qui vacille pendant les orages sur la pointe d’un clocheton est l'âme d’une bonne châtelaine qui revient visiter les habitants du village h
Les oiseaux des clochers ne semblent pas iouer un rôle important dans les récits populaires ; cependant une corneille qui résidait dans la tour de Sainte-Marguerite à Liège allait pondre, la nuit du vendredi saint, un œuf d’or dans le grenier d’un des paroissiens de cette église ; aussi chacun se gardait de fermer cette nuit-là toutes ses fenêtres1 2.
On a relevé au commencement du XIXe siècle de singuliers actes de dévotion en rapport avec les clochers : des pêcheurs en détresse faisaient vœu de monter à la flèche de N.-D. du Folgoat (Finistère) et de se laisser pendre la tête en bas et les bras étendus ; l’ascension toute seule semble avoir été assez souvent pratiquée parles marins bretons sauvés du naufrage 3.
Les cloches sont l’objet d’un baptême, et elles ont un parrain et une marraine qui leur donnent un nom, sous lequel plusieurs sont familièrement désignées. Le peuple ne les regarde pas seulement comme des bronzes sonores destinés à annoncer les diverses manifestations de la vie religieuse; il leur accorde, outre une certainerpuissance, une sorte d'animisme ; ainsi qu’on l’a vu aux divers chapitres de la Mer et des Eaux, il en est qui se précipitent dans l’eau ou qui sonnent d’ellesmêmes. Cette faculté de se faire entendre sans aucun secours humain est attribuée à celles qui sont encore en place. Lorsque mourut à Rome le seigneur picard Simon de Crespy, qui par pénitence s’était fait charbonnier, toutes les cloches sonnèrent spontanément 4 5. Le Propre de l’évêché deVannes, imprimé en 1627, disait que celles de l'ile de Groix se mirent en branle d'elles-mêmes au moment où saint Guenhaël y aborda ; suivant un ancien cantique comtadin, celles de Monteux sonnèrent une nuit que saint Gens y passait avec sa mère 3. Après le trépas de sainte Rolende, celles de Liège tintèrent mélodieusement, sans aucune inter-
1. J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand , t. II, p. 416 ;Mélivier. Dict. franconormand, V° coquet; J. F. Bonnafoux. Légendes delà Creuse, p. 24.