LES CLOCHES QUI SONNENT SEULES
vention humaine, comme celles de toutes les églises lors de la translation des reliques de saint Martin et celles de Reuss (Cap Creuss) quand on débarqua celles de saint Abdou et de saint Semnen. Suivant une ancienne croyance avignonnaise, une cloche d’argent placée dans le palais des papes se faisait entendre chaque fois qu’un pape mourait et qu’un autre était élu à sa place Ce prodige figure dans la légende de saint Grégoire: quand il fut choisi comme pape, devant qu’entrer en la cité de Rome) les campanes sonnèrent sans que personne les eût mises en (branle 1 2 ; un conte de la Haute-Bretagne rapporte que les candidats à la papauté passaient sous une cloche, qui se mettait d’elle-même à tinter quand celui qui devait être élu se trouvait au-dessous3. La cloche de l’église Saint-Sauveur carillonna miraculeusement lorsqu'un homme apporta, pour en faire cadeau à son patron, le chandelier qu’il avait dérobé à une dame sauvage qui se peignait avec un peigne d’or4 5. La cloche de Saint-Quay a eu longtemps la réputation de déceler les voleurs ; à Guingamp une cloche sonna toute seule, quand un larron voulut dépouiller N. D. de Rochefort de ses riches ornements 3.
Quelquefois elles se mettaient en branle pour signaler aux fidèles un évènement heureux, ou pour les avertir des entreprises des ennemis. Celle de la chapelle du pont de Serres à Carpentras, qui était ferm ée carillonna la nuit, pendant un quart d'heure, pour annoncer la cessation, de la peste. Une cloche, appelée Marie, placée autrefois dans la tour de Plomb de la cathédrale de Sens, sonna, un jour d’alarme, pour prévenir la population, comme celles de l'église Saint-Sauveur de Rennes qui firent découvrir une mine que les Anglais avaient pratiquée sous les murs. Au moment où le ligueur La Fontenelle allait achever le massacre des habitants de Pont-Croix, les cloches de l'église de N.-D, de Boscudon sonnèrent toutes seules, et La Fontenelle s'adressant à son lieutenant lui dit : « Alla, Boule , ma Mari o facha ! Ah ! la Boule, voilà Marie qui se fâche ! », et il donna le signal du départ 6.
Les cloches ont longtemps passé, et cette croyance n’est pas éteinte, pour posséder la vertu de dissiper les orages ; quelques-unes portent même des inscriptions qui la constatent. Lorsque Janotus de Bragmardo vient haranguer Gargantua pour qu’il restitue celles de Notre- Dame de Paris, il ne manque pas de citer, parmi leurs mérites, cette puissance qui était si grande que « ceulx de Bourdeaux en Brie les
1. Aug. Hock. Croyances du pays de Li'eye , p. 192; Horace Chauvet. Légendes du Roussillon, p. 61 ; L. de Laincel, 1. c. p. 74.
2. J. de Voragine. Légende dorée, t. I, p. 353 ; Le Violier des Histoires romaines
3. Paul Sébillot. Contes de la Haute-Bretagne , t. II, p. 133, 136.